Marc-André Lussier

Archive du 21 mai 2010

Vendredi 21 mai 2010 | Mise en ligne à 0h48 | Commenter Commentaires (6)

Hors la loi : scandale en vue?

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Hors La Loi-1

Jamel Debbouze, Sami Bouajila et Roschdy Zem dans Hors la loi de Rachid Bouchareb

NOTE:
Chaque entrée quotidienne sera bonifiée au fil des reportages et des conférences de presse. Des hyperliens s’ajouteront au fur et à mesure. Si un film vous intéresse particulièrement, je vous suggérerais de revenir jeter un coup d’oeil de temps à autre. Veuillez aussi me pardonner les erreurs d’orthographe et autres coquilles qui pourraient se glisser parfois. Les ajouts sont souvent faits à la course, entre les projections et les rendez-vous.

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C’est aujourd’hui que Hors la loi fait enfin son entrée en scène, après avoir suscité une vive polémique au sein de la classe politique française, avant même qu’une seule image ne soit projetée.

Synopsis
Chassés de leur terre algérienne, trois frères et leur mère sont séparés. Messaoud s’engage en Indochine. A Paris, Abdelkader prend la tête du mouvement pour l’Indépendance de l’Algérie et Said fait fortune dans les bouges et les clubs de boxe de Pigalle. Leur destin, scellé autour de l’amour d’une mère, se mêlera inexorablement à celui d’une nation en lutte pour sa liberté.

Bouchareb tente de calmer le jeu.


 

Pour vous, lecteurs de ce blogue, une primeur. Voici le texte que publiera La Presse demain:

Beaucoup de bruit pour rien

À Cannes, les journalistes ont l’habitude d’être fouillés dès qu’ils font leur entrée dans une salle de cinéma. Hier matin, pour la toute première projection de Hors la loi à 8h30, ils ont exceptionnellement du passer par deux points de sécurité. Ils se sont même fait confisquer leur… précieuse bouteille d’eau! Surnommé habituellement le «bunker», le Palais des festivals, presque en état de siège, portait bien son surnom hier. Renforcement policier, mesures de sécurité accrues, bref, la totale. La raison de tout ce brouhaha? La polémique – ridicule – qui a secoué le monde politique à cause d’un film que personne n’avait évidemment encore vu. Inconsciente ou franchement bête, la mairie de Cannes appelait même ses citoyens à participer ce matin, en contrepoint des projections de Hors la loi, à une «cérémonie du souvenir», manifestation où l’on attendait des rapatriés, des anciens combattants, des harkis, des élus de droite, et autres insatisfaits de toute nature. Lesquels avaient entendu dire que le film de Bouchareb était «anti-français».     

Les autorités policières craignaient des débordements. Ou des contre-manifestations. D’où ce dispositif de sécurité très serré. Au moment de notre heure de tombée, aucun incident déplorable n’était survenu.

Rachid Bouchareb, qui revient à Cannes quatre ans après Indigènes, est un peu dépassé par les événements. D’autant qu’on a dû lui coller aux baskets une équipe de sécurité digne de celle d’un président.

«Je savais que le sujet reste sensible, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. La question du passé colonial de la France n’a pas encore été vraiment débattue, ni réglée. Les relations entre l’Algérie et la France restent toujours aussi tendues.  Mais là, franchement, c’est exagéré. D’autant plus que ce film est beaucoup plus destiné à ouvrir le débat qu’à susciter un affrontement. Il faut discuter de ces choses pour que la page se tourne enfin. Il n’y a aucune raison que ce malaise se perpétue au fil des prochaines générations.»

Il n’y a pourtant pas vraiment de quoi faire tout un plat avec Hors la loi. Bien sûr, le récit emprunte le regard des colonisés plutôt que celui des colonisateurs. Mais Bouchareb offre néanmoins une vision plutôt nuancée des choses, en tout cas pas aussi manichéenne que nous aurions pu le croire au départ. Évidemment, les répressions brutales dont ont été victimes les Algériens en France à une certaine époque sont évoquées. Mais pas seulement. Les militants du FLN n’ont pas le beau rôle non plus. Telle est d’ailleurs peut-être la raison expliquant l’absence de lien empathique avec le spectateur. Contrairement à Indigènes, l’émotion n’est pas au rendez-vous, malgré toutes les astuces qu’utilise l’auteur cinéaste pour la créer. Ayant délibérément voulu utiliser les codes du film de gangsters à la Coppola ou à la Scorsese, Bouchareb propose un drame un peu bancal, dont l’impact, une fois les poussières polémiques tombées, ne sera pas très fort. Les trajectoires de ces trois frères algériens (Roschdy Zem, Sami Bouajila, Jamel Debbouze) qui, chassés de leur terre, se sont installés en France avec leur mère sont intégrées au récit de façon artificielle, plaquées pour servir une démonstration. Le personnage qu’incarne Debbouze, qui fait fortune à Pigalle, frôle la caricature.

«Quand j’ai vu Le coup de Sirocco d’Alexandre Arcady, qui racontait l’Algérie du point de vue des pieds noirs, j’ai vraiment été ému, indique le cinéaste. Maintenant, chacun a son histoire dans la grande Histoire. Il y a de la place pour tout le monde dans mon film. Parce que ce n’est pas du tout un film «contre».

«Oui mais quand les producteurs nous voient arriver, ils ont l’impression de voir Al- Qaida cinéma quand même!», conclut Jamel Debbouze.

Des manifestants à Cannes.

La conférence de presse.

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L’autre film présenté en compétition officielle aujourd’hui est très attendu d’une certaine partie des cinéphiles. Oncle Boonmee – Celui qui se souvient de ses vies antérieures est la nouvelle offrande du nouvel enfant-chéri du circuit festivalier, le cinéaste thailandais Apichatpong Weerasethakul. 

 Lung Boonmee Raluek Chat-2

Synopsis
Oncle Boonmee souffre d’une insuffisance rénale aigüe et décide de finir ses jours auprès des siens à la campagne. Étrangement, les fantômes de sa femme décédée et de son fils disparu lui apparaissent et le prennent sous leurs ailes. Méditant sur les raisons de sa maladie, Boonmee va traverser la jungle avec sa famille jusqu’à une grotte au sommet d’une colline – le lieu de naissance de sa première vie…

 La conférence de presse.

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