Marc-André Lussier

Archive du 4 mai 2010

Mardi 4 mai 2010 | Mise en ligne à 10h20 | Commenter Commentaires (7)

Des films de Ken Loach en accès gratuit sur YouTube

 Ken Loach-1

Six longs métrages de Ken Loach, l’un  des plus grands cinéastes de notre époque, ont été mis en ligne sur YouTube en accès gratuit. Au programme: Cathy Come Home (1966); Poor Cow (1967); Kes (1970); Hidden Agenda (1990); Riff-Raff (1991); et Ae Fond Kiss (Just a Kiss – 2004). Un document, Carry on Ken, complète le programme.

Su le compte de Sixteen Films, on mentionne qu’un nouveau titre devrait s’ajouter toutes les semaines. Le prochain: The Navigators (2001).

CLIQUEZ ICI pour accéder au programme.

Rappelons que Ken Loach a obtenu la Palme d’or du Festival de Cannes il y a quatre ans grâce à The Wind that Skahes the Barley (Le vent se lève). J’avais eu le plaisir de rencontrer le cinéaste à Londres dans un café quelques jours avant la sortie du film à Montréal. Cette interview n’étant plus disponible sur ce site, je la reproduis à la fin de ce billet.*

Son plus récent film, Looking for Eric, présenté en compétition officielle l’an dernier à Cannes, est toujours inédit chez nous.

La bande annonce de Looking for Eric. En intégralité sur YouTube bientôt?

 

* Interview publiée le 10 mars 2007 dans La Presse :

Ken Loach

Cinéma de résistance

Lussier, Marc-André

Londres – Figure emblématique du cinéma «engagé», Ken Loach a suscité de vives discussions chez lui avec The Wind that Shakes the Barley, qui s’attarde à la guerre civile irlandaise.

Dans un contexte normal, un cinéaste qui vient de décrocher la plus haute distinction du plus prestigieux festival de cinéma du monde est habituellement porté en triomphe quand il rentre chez lui. Quand le Britannique Ken Loach a regagné Londres après avoir reçu l’an dernier la Palme d’or du Festival de Cannes, remise à l’unanimité par le jury présidé par Wong Kar-wai, l’accueil fut pourtant tout autre.

The Wind that Shakes the Barley (Le vent se lève, en version française), un film dont l’intrigue est campée en Irlande au moment où éclate la guerre civile au début des années 20, fut en effet taxé de tous les noms par une presse de droite déchaînée qui, à mots plus ou moins couverts, traitait carrément Loach de traître à la nation.

Il suffit, en effet, de relire quelques articles publiés à l’époque pour constater à quel point le passé impérialiste de la Grande-Bretagne est, dans certains milieux, un thème délicat auquel on ne peut impunément s’attaquer. Même aujourd’hui. «Un columnist du Times, a écrit Chris Tookey dans le Daily Mail de Londres, a récemment comparé Ken Loach à Leni Riefenstahl, la cinéaste préférée d’Hitler. Je trouve cette comparaison très dure. Riefenstahl était beaucoup plus talentueuse!»

Plusieurs articles du même ton ont aussi été publiés au moment de la sortie du film en Angleterre. Certains mots clés revenaient régulièrement dans les papiers: propagande, fanatisme, révisionnisme, mauvaise foi, pro-IRA (l’Armée républicaine irlandaise), antibritannique, et quoi encore.

Quelques mois plus tard, dans un café de Soho, Ken Loach, un homme éminemment modeste et poli, disait être un peu surpris par la violence des commentaires que son film a suscitée chez lui. Mais il ne s’en étonnait guère. Il est plutôt enclin à relativiser les choses, la presse anglaise étant déjà très polarisée sur le plan idéologique. Plusieurs de ses compatriotes, tient-il à préciser, se sont d’ailleurs portés à la défense du long métrage.

«La version de l’histoire que nous présentons dans le film est bien connue des Irlandais, mais très peu des Anglais, explique le cinéaste. Quand vous remettez en cause les préceptes de l’histoire officielle, cela suscite forcément des réactions, principalement auprès de ceux qui font partie de l’establishment. Plusieurs Britanniques ne connaissent rien du passé impérial de la Grande-Bretagne parce qu’il n’est tout simplement pas enseigné. C’est évidemment regrettable.»

Tourné vers l’Europe

Malgré la controverse (ou probablement à cause de celle-ci), The Wind that Shakes the Barley fut le plus grand succès public qu’a obtenu le cinéaste en Angleterre depuis le début de sa carrière il y a 40 ans. Preuve qu’encore là, tout est relatif. «Il est difficile d’imposer dans ce pays des oeuvres produites ailleurs qu’à Hollywood, regrette Loach. Ici, la reconnaissance se mesure à l’aune du succès qu’un film obtient en Amérique. Tout est orienté vers les États-Unis.»

Loach, lui, préfère plutôt regarder du côté de l’Europe. Alors que The Wind that Shakes the Barley prenait l’affiche dans un réseau d’une quarantaine de salles en Grande-Bretagne, le film en occupait 350 en France. «Mon cinéma ne pourrait probablement pas exister sans l’apport du continent, reconnaît-il. C’est d’ailleurs en grande partie grâce aux programmes de financement européens que je peux continuer à faire des films.»

Pour Ken Loach, la crise évoquée dans Le vent se lève est campée à une période charnière dans les relations entre l’Angleterre et l’Irlande. «Il ne faut pas oublier qu’avant cette guerre, l’Irlande était une colonie, explique-t-il. Les problèmes qui perdurent aujourd’hui découlent directement de cet abus de pouvoir. Le conflit actuel en Irlande du Nord n’est d’ailleurs jamais mis en contexte dans les médias. On évoque en tout cas rarement son origine. Les histoires de peuples qui réclament leur indépendance se répètent toujours, avec les mêmes douleurs, les mêmes blessures.»

Confronter l’histoire

Aussi, le cinéaste n’hésite-t-il pas à tracer un parallèle avec d’autres guerres «impériales», beaucoup trop actuelles celles-là. Au Festival de Cannes, Loach avait déclaré que le Royaume-Uni possédait toujours des forces d’occupation qui faisaient encore beaucoup de dommages. «La guerre en Irak est illégale, avait-il alors tranché. Elle brise toutes les conventions et les règles internationales, et elle est indéfendable. C’est une tache horrible sur la feuille de route de notre gouvernement.»

Encore là, certains insulaires l’ont très mal pris.

«J’assume tout à fait ce que j’ai déclaré à l’époque, dit Loach. Plus que jamais, j’estime qu’il faut révéler la vérité à propos de notre passé pour mieux chercher la vérité du présent. Que ça nous plaise ou non, il faudra bien un jour confronter honnêtement notre histoire.»

Quand on lui demande si, dans le contexte où évolue le cinéma présentement, il se considère comme un «résistant», le cinéaste sourit doucement en répétant le mot à la française. «Oui, j’aime bien l’idée de la résistance, de ne pas me soumettre aux lois du marché. Je n’ai pas grand mérite, remarquez. On m’offrirait de tourner un film hollywoodien que je refuserais. Non seulement les films qui sortent de là-bas ne correspondent pas du tout à mes envies, mais je ne saurais tout simplement pas comment les faire!»

Fidèle à sa démarche, le cinéaste, maintenant âgé de 70 ans, termine un film qui s’articule autour de la problématique des immigrants illégaux. «On ne me changera pas à mon âge!», conclut Ken Loach.

Encadré :

Cinq essentiels Ken Loach

Hidden Agenda (1990)

Tout comme The Wind that Shakes the Barley, Hidden Agenda aborde le conflit irlandais. Une certaine partie de l’establishment anglais a conspué ce thriller politique fictif, inspiré toutefois de faits réels. Prix spécial du jury au Festival de Cannes.

Raining Stones (1993)

Cette évocation de la misère ordinaire à travers le parcours d’une famille de Manchester dont le père est au chômage depuis de trop longs mois est remarquable de justesse. Prix du jury au Festival de Cannes.

Land and Freedom (1995)

À travers l’histoire d’un vieil homme que sa petite fille enterre à Liverpool, Loach sort cette fois des frontières du Royaume-Uni et de l’Irlande pour plonger au coeur de la guerre civile qui a déchiré l’Espagne à la fin des années 30. Loach au sommet de son art.

My Name is Joe (1998)

Une histoire d’amour entre un ancien alcoolique, entraîneur de la plus mauvaise équipe de football de Glasgow, et une assistante sociale. Tourné en Écosse, ce film marque la consolidation du travail avec le scénariste Paul Laverty, qui écrira les scénarios de tous les autres films subséquents de Ken Loach. Peter Mullan a par ailleurs obtenu le prix d’interprétation masculine du Festival de Cannes.

Sweet Sixteen (2002)

L’un des films les plus touchants de Loach. L’histoire d’un adolescent écossais qui veut par tous les moyens rendre la vie plus facile à sa mère qui doit bientôt sortir de prison. Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes.

La Presse, 10 mars 2007

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