
Tobias Moretti (Marian) et Moritz Bleibtreu (Goebbels)
À Cannes, les journalistes et professionnels assistant aux différentes projections ne se gênent pas pour exprimer haut et fort leur mécontentement – si mécontentement il y a - dès la montée du générique.
À Berlin, le public est généralement beaucoup plus réservé. Les applaudissements demeurent toujours dans le registre de la politesse plutôt que celui du véritable enthousiasme. Et les signes extérieurs de désapprobation sont rares.
C’est ma quatrième Berlinale. J’ai entendu le public huer un film pour une toute première fois aujourd’hui. Le film? Jew Süss – Rise and Fall, une superproduction très attendue en Allemagne, réalisée par Oskar Roehler (Les particules élémentaires).
Le film relate les dessous d’une histoire véridique survenue pendant la guerre. En commandant une adaptation cinématographique d’une œuvre de propagande nazie, Juif Süss, le ministre Joseph Goebbels a en effet souhaité produire un Cuirassé Potemkine allemand. Le récit aborde surtout la condition de l’artiste – le contexte est extrêmement particulier – à travers le parcours de l’acteur Ferdinand Marian (Tobias Moretti), élevé au rang de star par le régime nazi. Des thèmes similaires ayant déjà été abordés maintes fois – et en mieux – dans des films comme Le dernier métro, Laissez-passer ou même, d’une certaine façon, La vie des autres, on peut comprendre qu’une partie du public allemand ait été heurté par le traitement lourd et très caricatural que privilégie Roehler. Des journalistes en colère ont par ailleurs mitraillé de questions le cinéaste et son scénariste à la conférence de presse en raison des libertés prises avec l’histoire. Surtout, Roehler a dû se défendre d’avoir dépeint Marian comme une «victime» alors que le comédien a tourné de nombreux autres films de propagande après Juif Süss. «Tous les propos tenus par des personnages historiques sont conformes à la vérité», a soutenu le réalisateur de façon peu convaincante.
Lisez le compte-rendu de l’AFP.
Selon cet article publié sur le site Le Post, le réalisateur aurait fait preuve de témérité, sinon d’arrogance:
«Le réalisateur, Oskar Roehler, avoue l’année dernière dans un entretien à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, avoir prémédité son coup. Il faut de nos jours avoir tourné un film sur le IIIème Reich ou les juifs pour être à même de décrocher un Oscar, de son point de vue… L’affaire a bien sûr déjà fait scandale, et l’idée d’un nouveau « Juif Süss — Film dépourvu de Morale », est très mal perçue en Allemagne, toujours aux prises avec ses vieux démons.»
Cette histoire d’Oscar doit circuler depuis un moment car un «buzz» est parti – avant même la présentation du film – à l’effet que Jud Süss – Film Ohne Gewissen représenterait l’Allemagne l’an prochain dans la catégorie du meilleur film de langue étrangère. La rumeur n’est plus très solide maintenant…
Films Séville avait déjà acquis les droits du film pour notre territoire avant même qu’il ne soit terminé. Ouch.
Il n’y a pas de bande annonce disponible encore sur le web.
* AJOUT : Un lecteur porte à mon attention une information intéressante, malheuseusement à peine abordée dans le film d’Oskar Roehler. Au départ, Le juif Süss est un roman historique (écrit par Lion Feuchtwanger) dénué de tout antisémitisme. Le régime nazi a détourné l’oeuvre de l’écrivain pour en faire un film de propagande. La première du Juif Süss a eu lieu au Festival de Venise en 1940. Cet événement est d’ailleurs reconstitué dans le film présenté cette semaine à berlin. Pour en savoir plus, lisez cet article publié dans Le Point.
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