Marc-André Lussier

Archive, septembre 2009

Mercredi 30 septembre 2009 | Mise en ligne à 10h34 | Commenter Commentaires (144)

Polanski: mise au point (ajout)

roman-polanski-1.jpg

Face à la déferlante que suscite «l’affaire Polanski», il convient, je crois, de relever quelques points. 

Tout le monde s’entend pour dire que le viol d’une mineure est un crime odieux. Il faudrait être vraiment malade pour affirmer le contraire. Polanski s’en est reconnu coupable* (voir ajout). Il a fui les États-Unis il y a 31 ans dans les circonstances que l’on sait.

Je le répète, il vaut vraiment la peine de voir le document Wanted and Desired car le film de Marina Zenovich – c’est ce qu’on expliquait notamment hier à CNN dans un débat modéré par Campbell Brown – aurait piqué au vif les procureurs de Los Angeles. Qui tenteraient de trouver une manière honorable de classer une affaire dans laquelle le système judiciaire américain n’a pas trop bien paru il y a 30 ans…

Cela étant, a-t-on quand même le droit de déplorer les circonstances – je dis bien les CIRCONSTANCES – dans lesquelles cette arrestation s’est produite en Suisse? Non, personne n’est au-dessus des lois. Mais de profiter de la tenue d’une manifestation culturelle comme un festival de cinéma à vocation internationale pour envoyer au cachot un artiste qu’on s’apprête à honorer a quelque chose de choquant sur le plan symbolique. Parce qu’un précédent est créé. C’est ce que dénonce la communauté artistique en général, et les ténors des festivals de cinéma internationaux en particulier, parmi lesquels Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, de même que Dieter Kosslick, le directeur du Festival de Berlin. Pour arrêter Polanski, les autorités suisses auraient pu s’y prendre bien autrement.

L’affaire avait évidemment refait surface il y a six ans, alors que Polanski est revenu sur le devant de la scène avec The Pianist. Puisque le film avait obtenu plusieurs nominations aux Oscars, un certain suspense avait régné à l’époque – viendra? viendra pas? -  sur le retour présumé du cinéaste en terre américaine.

La victime, Samantha Geimer, avait publiquement pris position en 2003 dans un article publié par le Los Angeles Times. Voici comment l’Agence France Presse avait décrit cette sortie à l’époque:

Le cinéaste Roman Polanski, qui encourt une condamnation aux Etats-Unis pour détournement de mineure en 1977, devrait pouvoir y retourner pour la cérémonie des Oscars, estime sa victime dans une tribune publiée dimanche par le quotidien Los Angeles Times.
Dans cette tribune, Samantha Geimer, âgée de 13 ans au moment des faits, affirme que le réalisateur, dont le film “Le Pianiste” a reçu sept nominations aux Oscars, devrait pouvoir assister à la cérémonie le 23 mars.
“Je n’ai pas vraiment de rancune envers lui ni de sympathie. C’est un étranger pour moi”, écrit-elle au sujet de M. Polanski, qui avait été accusé d’avoir violé l’adolescente après lui avoir fait consommer de l’alcool et de la drogue.
“Mais je pense que M. Polanski et son film devraient être récompensés selon la qualité de l’oeuvre”, dit-elle. “Je pense que les membres du jury devraient voter pour les films dont ils estiment qu’ils le méritent. Pas pour les gens qu’ils estiment populaires”, poursuit Mlle Geimer.
M. Polanski, cinéaste français d’origine polonaise de 69 ans, avait reconnu des relations sexuelles illégales avec l’adolescente, et l’accusation de viol avait été abandonnée. Mais il avait fui les Etats-Unis en 1978, et y est toujours considéré comme un fugitif.
Il pourrait ainsi être arrêté à son arrivée sur le territoire américain.
“Et devrait-il revenir? (…) Personnellement, je voudrais que cela arrive. Il n’aurait jamais dû se trouver dans la situation qui l’a conduit à fuir”, estime Mlle Geimer, affirmant comprendre sa décision face à une possible condamnation à 50 ans de prison après que le juge fut revenu sur un accord à l’amiable.
Les avocats de la victime, l’accusation et le juge s’étaient initialement entendus sur une condamnation équivalente à la durée de détention préventive déjà purgée, mais le juge avait changé d’avis avant le verdict.
Roman Polanski a triomphé au dernier festival de Cannes, où “Le pianiste” a obtenu la Palme d’Or, et aux Césars samedi, où il a raflé sept trophées, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Au même moment, les détails plus sordides de l’affaire sur les actes présumés, commis ce fameux jour de 1977 dans la maison de Jack Nicholson, ont été révélés par le site web The Smoking Gun. Mon collègue Hugo Dumas y avait fait écho dans un article:
 

Il semble bien que le cinéaste Roman Polanski, 69 ans, exilé en France depuis 1977, compte encore beaucoup beaucoup d’ennemis aux États-Unis. Et que plusieurs d’entre eux font des pieds et des mains pour saboter son “grand retour dramatique” à la prochaine cérémonie des Oscars. Cette semaine, le site Web The Smoking Gun a publié, en primeur, certains détails jusque-là encore inconnus de l’agression sexuelle que Polanski a commise sur une jeune fille de 13 ans alors qu’il faisait la fête dans la maison de Jack Nicholson, à Hollywood, en 1977. Polanski a tout d’abord offert du champagne et une pilule de Quaalude à la jeune fille, Samantha Geimer, aujourd’hui mère de trois enfants et âgé de 39 ans. Le réalisateur de Rosemary’s Baby lui a ensuite dit qu’il voulait prendre des photos d’elle pour le Vogue français. “Enlève tes sous-vêtements et va dans le jacuzzi”, aurait ordonné Polanski, qui a lui-même rapidement ôté tout ses vêtements pour rejoindre son sujet dans le bain à remous. Plus tard, Polanski aurait pénétré et sodomisé Samantha Geimer, jusqu’à ce que la conjointe de Jack Nicholson, l’actrice Anjelica Huston, frappe à la porte et demande ce qui se passait. Geimer a confié à un jury californien “avoir dit non à Polanski plusieurs fois” et qu’elle “avait peur de lui”. Polanski s’est toujours défendu en soutenant que Geimer était consentante. Un vrai cas de Répulsion, il va sans dire.

Oui c’est répugnant. Oui ça lève le cœur.

Je comprends mal, toutefois, comment il se fait que personne, en 2003, n’ait écrit la moindre chronique pour réclamer à grands cris l’arrestation de ce «pédophile violeur d’enfant» (l’expression est maintenant consacrée). J’ai beau chercher, fouiller dans toutes les archives, je ne trouve pratiquement rien. En tout cas rien d’aussi violent que ce à quoi nous assistons maintenant dans la blogosphère. Ni aux États-Unis, ni en Grande-Bretagne, ni au Québec. Mais où étaient-ils donc, tous? Quand Polanski a été célébré à Hollywood (en son absence) en 2003, alors qu’il a obtenu l’oscar de la meilleure réalisation, son passé fut bien entendu évoqué, mais la sordide affaire semblait classée dans l’esprit de tout le monde.

Or, voilà que cette affaire suscite maintenant un lynchage collectif, non seulement de l’accusé, mais aussi de tous ceux qui osent remettre en cause les circonstances de son arrestation. Tous des dégénérés forcément complices qui «encouragent» le viol d’enfant. À moins qu’ils ne soient pédophiles eux-mêmes. N’importe quoi.

Si on suit cette logique, on pourrait aussi dire que les millions de cinéphiles qui ont vu au moins un film de Roman Polanski au cours des 31 dernières années militent en faveur de la pédophilie et du viol. Tant qu’à délirer…

Polanski face à la justice américaine, peut-être cette sale affaire sera enfin réglée une fois pour toutes. C’est la grâce que je nous souhaite. À tous. Amen.

*Ajout :

«Un journaliste devrait être capable de faire la différence entre plaider coupable à une relation sexuelle illégale (unlawful sex) — ce dont Polanski s’est reconnu coupable — et plaider coupable à un viol (rape)» (extrait du commentaire de monnomestdejeutilise). 

L’observation de monnomestdejeutilise est sévère mais juste. Polanski a en effet reconnu sa culpabilité à une accusation de «relation sexuelle illégale avec une mineure».

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Mardi 29 septembre 2009 | Mise en ligne à 21h31 | Commenter Commentaires (2)

Hugh Jackman, Daniel Craig, et un téléphone…

Hugh Jackman et Daniel Craig partagent présentement la scène du Gerald Schoenfeld Theatre à Broadway, où ils jouent A Steady Rain de Keith Huff. Les deux vedettes incarnent deux policiers de Chicago. 

Même quand un téléphone sonne…

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Mardi 29 septembre 2009 | Mise en ligne à 8h30 | Commenter Commentaires (2)

L’inédit de la semaine: Inju – La bête dans l’ombre

inju-affiche.jpg

Décevant Schroeder…

Le vétéran cinéaste Barbet Schroeder a toujours fait preuve d’éclectisme. Du trip psychédélique (More) jusqu’au documentaire plus classique (L’avocat du diable), son parcours est jalonné de productions de tous styles, dont les thèmes font souvent écho à la part plus sombre de l’âme humaine (Barfly, Reversal of Fortune).

Fasciné par la culture japonaise, Schroeder propose une adaptation d’un roman nippon d’Edogawa Ranpo dans lequel s’affrontent deux auteurs de romans policiers. Dans Inju, la bête dans l’ombre, inédit en salle au Québec, Benoît Maginel incarne un écrivain français en tournée au Japon afin de promouvoir son dernier ouvrage. Sur place, il espère rencontrer un mystérieux romancier japonais qu’il admire, même si ce dernier cultive le secret. Une joute psychologique s’installe entre les deux auteurs jusqu’à atteindre un point de non retour.

Schroeder tente de s’immiscer avec sa caméra dans un espace mental particulier, en accord avec l’esprit foisonnant de deux êtres à l’imagination fertile. Malheureusement, les trouvailles de mise en scène sont ici mises au service d’une histoire alambiquée, laquelle comporte même parfois des éléments grotesques. De leur côté, les comédiens semblent prisonniers d’une mécanique trop lourde. Dommage pour Magimel. Avec La possibilité d’une île, l’adaptation ratée qu’a faite Michel Houellebecq de son propre roman, et aussi Résolution 8-19, un téléfilm trop didactique sur la guerre en Bosnie (maintenant disponible en DVD aussi), il semble que l’acteur français n’ait pas été très chanceux cette année…    

————————————–
INJU – La bête dans l’ombre de Barbet Schroeder. Avec Benoît Magimel, Lika Minamoto, Shun Sugata. Métropole Films. Sous-titres anglais en option.

**1/2

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