Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Dimanche 30 août 2009 | Mise en ligne à 7h24 | Commenter Commentaires (7)

    FFM – Jour 4

    Films déjà vus figurant au programme du FFM aujourd’hui. N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions et découvertes (bonnes ou mauvaises!).

    DISTANZ (DISTANCE) (REG)

    Premier long métrage présenté lors du Festival de Berlin, Distance se distingue par une certaine poésie du réel, sa beauté dans l’horreur. Daniel Bauer (troublant Ken Dunken) est un asocial typique : silencieux, étrangement méticuleux et indéniablement renfermé, il cède peu à peu à ses pulsions assassines. Thomas Sieben montre, de façon crue, comment Daniel devient un chasseur urbain ou émule allemand d’un sniper fou. Seules respirations dans cette spirale de violence, la relation naissante entre Daniel et Jana (Franziska Weisz). Là où Gus Van Sant et Denis Villeneuve misaient sur une esthétique onirique, Thomas Sieben se contente d’un dépouillement très réaliste pour les scènes où Daniel est seul. La photographie de René Dame donne aux scènes amoureuses de Daniel et Jana un caractère idyllique, tranchant franchement avec le ton froid adopté par le film. Dépassant la simple mise en scène du tueur fou, Thomas Sieben crée des personnages complexes, et humains après tout. Déstabilisant.

    Anabelle Nicoud

    Distanz (Distance) de Thomas Sieben. 30 août 10 h et à 21 h 40; 31 août 19 h 20 au Quartier latin.

    JE TE MANGERAIS (PRE)

    Marie (Judith Davis), jeune fille de la campagne, emménage dans l’appartement bourgeois de Lyon d’Emma (Isild le Besco). Le contraste entre les deux jeunes filles ne pourrait être plus saisissant : l’une est terrienne et charnelle, l’autre est froide et maigre ; l’une vient d’un milieu modeste, l’autre a tout l’attirail de la jeune fille de bonne famille ; l’une est seule, l’autre pas ; l’une est artiste, l’autre est cérébrale. Dans son premier long métrage, la Française Sophie Laloy réunit tous les ingrédients nécessaires à l’établissement d’une relation malsaine entre Emma, une fille pour le moins contrôlante, et Marie, une fille ingénue (ou du moins le croit-on). C’est l’attirance qui lie les deux filles d’amitié, puis la répulsion qui s’installe. À partir de ce canevas assez classique, en apparence, Sophie Laloy mène la relation entre Marie et Emma vers un dénouement fatal mais non moins inattendu. Ce pourrait être un roman d’apprentissage de la perversion ; un essai poussant à l’extrême les amitiés des jeunes filles. C’est un premier film qui parvient à glacer comme à séduire – grâce notamment au physique très Liv Tyler ou Eva Green, chez Bertolucci, de mademoiselle Davis. Servi par deux actrices redoutables et des seconds rôles tout aussi remarquables (Édith Scob), Je te mangerais est un premier film prometteur.

    Anabelle Nicoud

    Je te mangerais de Sophie Laloy. 30 août 19 h 30; 31 août 19 h 20 au Quartier latin.

    COEUR ANIMAL (CM)

    La réalisatrice Séverine Cornamusaz n’était pas peu fière de souligner le caractère très «francophone» de son premier long métrage Coeur animal, présenté au FFM dans la compétition mondiale. «Je suis Suisse; les deux acteurs principaux sont Français; et j’ai écrit le scénario avec un Québécois. Ne manquerait plus qu’un Belge et la francophonie entière serait représentée!, a-t-elle lancé au cours de sa présentation. Marcel Beaulieu, qui a notamment travaillé avec Léa Pool (Anne Trister, À corps perdu) et Francis Leclerc (Une jeune fille à la fenêtre; Mémoires affectives), cosigne en effet le scénario de ce premier long métrage dont l’intrigue se déroule dans les hauteurs des Alpes suisses. On y fait la rencontre d’un être apparemment dénué de sentiments, qui règne sur son petit monde en maître absolu. Tout, dans la vie de Paul (Olivier Rabourdin), est réglé en fonction du travail à faire sur la ferme. Une vie dure, abrupte, où tout est dicté par le maître des lieux et les rapports de soumission qu’il installe, y compris avec sa femme Rosine (Camille Japy), qu’il traite comme son employée. L’équilibre se fissure le jour où Paul embauche un homme à tout faire d’origine espagnole (Antonio Buil).
    Il y a des images d’une belle âpreté dans ce Cœur animal; d’autant que l’histoire est campée dans un cadre où la nature établit ses propres lois. En revanche, le récit se révèle un peu bancal. Les personnages sont en effet dessinés à trop gros traits pour être crédibles. Le personnage de Paul, en outre, passe trop rapidement du statut de parfait salaud à celui du pauvre gars qui commence à se poser des questions. Les ruptures de ton se font aussi parfois très brusques. La complicité qui se développe entre les deux hommes est trop subite et revêt un caractère artificiel. Dommage.

    Marc-André Lussier

    Coeur animal de Séverine Cornamusaz. 30 août 16h30 au Cinéma Impérial.

    ENEN (CASE UNKNOWN) (CM)

    La projection d’Enen (Case Unknown) n’a pas suscité d’excès d’enthousiasme non plus. Réalisé par le Polonais Feliks Falk, qui cosigne le scénario de son film avec Agnieszka Holland (Europa, Europa), ce drame, très verbeux, est miné par des effets trop appuyés. Campée en 1997, l’intrigue s’attarde à décrire les efforts que met un jeune psychiatre pour dénicher l’histoire personnelle d’un patient – institutionnalisé depuis des années – dont les archives ont été effacées de tous les registres. On suit avec intérêt l’enquête que mène le médecin, laquelle nous ramène à l’époque de la chute du communisme. Malheureusement, cet intérêt s’étiole progressivement au fil d’invraisemblances, de dialogues trop lourds et d’une mise en scène plutôt convenue. Grzegorz Wolf offre une belle composition dans la peau du psychiatrisé, mais le film se révèle plutôt moyen.

    Marc-André Lussier

    Enen (Case Unknown) de Feliks Falk. 30 août 14h au Cinéma Impérial.

    Le CODE A CHANGÉ (HC) 

    J’ai par ailleurs vu Le code a changé il y a plusieurs mois. Il y a tellement longtemps, à vrai dire, qu’il me faudra le revoir avant d’exprimer publiquement une opinion éclairée. Si vous avez aimé Fauteuils d’orchestre, vous devriez en principe y trouver votre compte.

    Le code a changé de Danièle Thompson. 30 août 15h10 au Quartier latin.


    • Bonjour M. Lussier. Félicitations pour votre travail! Juste une suggestion, ce serait bien que vous notiez par étoile les films en compétition mondiale.

    • J’ai vu Coeur animal.
      Monsieur Lussier, dans votre commentaire, vous dites que Paul «traite sa femme comme une employée,» mais Paul traite sa femme comme ses bêtes, NON, il traite ses bêtes mieux que sa femme, il ne les bat pas elles,
      car Rosine il la bat et la viole, n’eut été de «l’Espagne elle serait morte. Ce qui n’est pas un détail…
      Il est vrai cependant que les revirements de situations sont un peu rapides.
      Mais ce n’est pas un mauvais film, je dois dire qu’il m’a marquée suffisamment pour qu’il reste dans mon esprit toute la journée, longtemps après le visionnement, ce qui pour moi est un bon film.
      C’est un fim dur, mais pour ceux que ça intéresse, il y a une représentation aujourd’hui le 30 à l’Impérial à 16H30.
      Je résume le personnage de Paul en ces mots : une brute épaisse… qui se convertit peut-être un peu trop vite , j’en conviens.

    • Ma suggestion de la journée, sachant qu’il rejoue demain lundi, c’est l’efficace RAMIREZ, premier film du réalisateur espagnol Albert Arizza. Tourné avec 3 fois rien, Arizza crée une ambiance peu rassurante et propose un personnage complexe aux motivations mystérieuses. Un réel talent de direction, aucun plan est gratuit, tout est calculé sans que cela se sent. Un jeune réalisateur prometteur.

    • Aujourd’hui j’ai vu RAMIREZ, un navet. Ce film ne mène nulle part, tourne en rond, est répétitif. Si vous avez du temps et de l’argent à perdre, allez-y. Ce n’était pas le délire dans la salle, pas d’applaudissements à la fin, un grand silence.

    • Mon plus grand regret (film manqué) jusqu’ici est Redland dont j’ai entendu le plus grand bien. Avec des délais j’ai asisté au FFM pour la première fois aujourd’hui.

      Meilleur film vu: Twenty de Abdolreza Kahani. Film sans prétention mais attendrissant, comme un petit frère de La Graine Et Le Mulet (mais sans le coté bavard ni scène de danse torride). En fait, on se demande bien au début comment nous allons subir de suivre dans un huis-clos (petite salle pour événements familiaux) les allées et venues de gens s’affairant à des taches très ordinaires (le cinéaste insiste de vous dévoiler tout cela en détail) pendant 1 heure et 30. Mais avec surprise on s’attache à ces gens en découvrant petit à petit les drames que provoquent l’annonce de la prochaine fermeture de la salle. Il y a plusieurs subtilités dans ce film qui nous glissent vers cet attachement ou nous font bien rigoler (comme par example les manies compulsives du propriétaire). L’utilisation de motifs musicaux ou visuels est calculée, et le segment final vous convaincra que ce film mérite votre sympathie. Charmant.

      Je suis allé voir Ibrahim Labyad de Marwan Hamed car j’aime beaucoup l’idée de faire des films de genre en Afrique ou partout ailleurs qu’en Occident. Ce film est un film de gangster, et l’ultra-violence des scènes de bataille au couteau auraient probablement fait élever l’ambiance à Fantasia (je pense que des gens ont quittés la salle à cause de cette violence). C’est un film ambitieux (trop ambitieux?) qui raconte par épisodes la vie d’un homme à l’esprit vengeur et ses liens avec la pègre égyptienne. Hélas, en cherchant à raconter en 2 heures une saga qui aurait demander une télésérie, le scénario pars dans tous les sens et se complexifie inutilement (par moment, je ne comprenais plus quel personnage était de quel coté). Ce n’est pas le City Of God que le commencement laissait suggérer, et le réalisateur aurait intéret à dénouer ses textes et à ne pas trop écraser ses scènes avec de la musique pompiste (les musique plus orientales étaient parfaite). Cela dit, la caméra et la photographie de certaines scènes sont très professionnelles, et je remarque le jeu d’acteur de soutien, ami du protagoniste presqu’invisible au début et qui vole la vedette (à mon avis) dans la deuxième moitié du film. La finale est digne d’un opéra vériste italien, et je serai curieux de voir si le réalisateur corrige ses lacune dans un futur film. Écorché.

      Vortex de Gytis Lukjas s’annonce très bien au début: un film noir et blanc se déroulant dans la campagne lithuanienne et possédant une qualité photographique qui rappelle nos bons vieux classiques d’Europe De l’Est.
      Hélas, cette facture pittoresque ne dure pas puisqu’une bonne partie du film se déroule dans un minuscule apartement, en évoquant davantage l’esthétique de Jean Eustache. Le film fonctionne en “épisodes” (ou chapitres) et raconte simplement la vie affective d’un jeune homme lithuanien, de façon presque minimaliste. L’influence de la situation politique du “soviétisme” sur les choix de cet homme est presqu’imperceptible, même si elle en est le sujet du film. La seconde moitié du film repose beaucoup sur les dialogues, à travers des élans de naivetés et de phrases cinglantes. Vortex n’est pas un film indispensable, mais je ne me suis pas ennuyé. Cachet retro.

    • Je dois choisir aujourd’hui entre Morphia, Devil’s Town et Heaven, Hell…Earth, 3 films don’t j’ai entendu du bien, et qui terminent aujourd’hui.

      Ah misère…

    • J’ai vu plusieurs des films en compétition officielle et je dois dire que pour une rare fois je suis d’accord avec vous M.lussier, Cessez-le-feu est à date le meilleur film de la compétition. J’ai par contre bien aimé Coeur animal. Bien dirigé, bon acteurs direction photo excellente.
      Quoi penser de ” On verra demain ” !!!!! Ouf C’est certain que moi je ne le reverrai pas demain !!!!!! Qu’est ce que fait ce film en compétition officielle?

      Enfin, je ne suis pas d’accord avec votre côte sur Un cargo pour l’afrique.
      Vous avez été extrèmement généreux avec vos 3 étoiles pour ce ”remake” de Bach et Bottine avec un singe en surplus ! Je crois que vous avez eu simplement peur de froisser le récipiendaire du prix hommage et son réalisateur ! La ”ride” interminable de motocyclette a été un moment extrèmement difficile à endurer et quoi penser de la poursuite de motos qui était digne des meilleurs films de Bud Spencer et Terrence Hill !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Un peu de sérieux M. Lussier !

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