Marc-André Lussier

Archive, juillet 2009

Vendredi 31 juillet 2009 | Mise en ligne à 15h41 | Commenter Commentaires (2)

Francis Coppola et le dernier âge d’or

coppola-3.jpg

 Francis Ford Coppola sur le tournage de Youth Without Youth

Oui je sais. J’ai négligé un peu ce blogue au cours des derniers jours. Une semaine de fou, ponctuée de nombreux visionnements.

Entre autres choses, j’ai parlé à Francis Ford Coppola! Quand on m’a appris que le légendaire cinéaste consentait à accorder quelques entrevues téléphoniques aux médias, j’avoue avoir éprouvé un petit frisson. Bien entendu, il n’était pas là seulement pour nos beaux yeux. Ayant produit son nouveau film Tetro de façon entièrement indépendante, Coppola tient évidemment à ce que sa nouvelle offrande ait un certain écho.

Personnellement, j’ai été déçu par son film. Nous en avions d’ailleurs discuté lors de sa présentation à Cannes. Tetro ouvrait alors la Quinzaine des réalisateurs, Coppola ayant refusé la présentation «hors concours» que lui offrait le comité de sélection officielle du Festival.

Déception ou pas, il reste que Coppola reste quand même un géant du cinéma américain.

Je compose le numéro. C’est lui-même qui répond.
Ce genre de chose m’étonne toujours un peu car il faut habituellement trouver son chemin dans  un labyrinthe avant même d’atteindre des stars de troisième zone.  Pas de consigne, sinon celle de la durée (20 minutes de conversation). Pas d’assistant non plus sur la ligne, ni de relationniste pour «gérer le temps». Je me souviendrai toujours d’une interview téléphonique que j’avais faite avec Polanski il y a quelques années, organisée par un distributeur américain. En faisant fi de la relationniste désignée pour «gérer» notre conversation, nous sommes immédiatement passés au français en se moquant un peu de notre «taupe». À la fin, la relationniste m’avait dit qu’elle n’avait rien compris de ce que Polanski et moi avions dit mais qu’elle avait senti une belle complicité se développer entre nous. Ben oui, toi…

Mais revenons à Coppola. Je ne dévoilerai évidemment pas ici tout le contenu d’un article à paraître bientôt, mais il y a un quand même un aspect dont nous pourrions discuter ensemble.

On dit souvent que les années 70 constituent le dernier âge d’or du cinéma américain. J’ai voulu savoir ce que l’un de ses principaux artisans – The Godfather, The Conversation, Apocalypse Now – en pensait.

D’abord, Coppola ne carbure pas du tout à la nostalgie. Il rappelle aussi que The Godfather et Apocalypse Now étaient des projets déjà existants pour lesquels il fut embauché.

«Mais il est bien certain que les studios ne peuvent plus mettre ce genre de projets de l’avant aujourd’hui. Cela ne veut toutefois pas dire qu’il ne se fait plus de bon cinéma en Amérique. Mais il est plutôt produit à l’extérieur du système. Il y a un foisonnement d’auteurs extrêmement intéressants – Solondz, Haynes, et j’en passe – qui parviennent malgré tout à s’imposer.
Évidemment, quand je vois ce que Hollywood nous propose semaine après semaine, c’est sûr que ce n’est pas très stimulant. Mais il y a – et il y aura toujours je pense – des cinéastes dont les voix originales arrivent à se faire entendre, et qui nous redonnent foi en cet art que nous aimons tant.    
Et puis, les moyens de diffusion sont aussi en train de changer. Et ne sont plus seulement l’apanage des grands studios. À mon avis, le salut passe par un cinéma produit de façon indépendante. C’est là que passe le mien en tout cas!
Années 70 dernier âge d’or? Non, je ne crois pas. Vous savez, chaque époque a ses défis. Il n’y avait rien d’évident au moment où j’ai réalisé The Godfather ou Apocalypse Now, croyez-moi!»

Tetro prend l’affiche à Montréal le 14 août.

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Dimanche 26 juillet 2009 | Mise en ligne à 15h58 | Commenter Commentaires (61)

Un (autre) sujet délicat…

Fantasia tire à sa fin. Le festival montréalais clôturera mercredi sa 13e édition avec le plus beau coup de son existence, soit la présentation en première nord-américaine d’Inglourious Basterds, le nouveau film de Quentin Tarantino. L’ami Cassivi en a fait le sujet de sa chronique du week-end.

Tout le monde reconnaît l’excellence du boulot accompli par l’équipe de Fantasia. L’appui indéfectible que lui donnent ses fidèles spectateurs en témoigne.

Loin de moi l’idée de polémiquer, mais il y a quand même un truc qui me «turlupine» l’esprit un peu. Au-delà du fait que plusieurs admirateurs sont d’emblée prêts à lui octroyer le titre de «festival de cinéma le plus important de Montréal» (je reviendrai là-dessus un peu plus tard cette semaine), il reste que Fantasia est un festival de cinéma pratiquement non accessible aux francophones.

Sur les quelques 120 longs métrages inscrits cette année dans la programmation, on en trouve à peine une douzaine – en incluant les moyens métrages – présentés en français (parce qu’issus de pays francophones). Tous les films étrangers, à une ou deux exceptions près, sont projetés avec des sous-titres en anglais. En se forçant un peu, on arrive à peine à dépasser la barre de 10% de longs métrages accessibles à un public franco.

On pousse généralement les hauts cris pendant le FFM et le FNC, mais jamais n’entend-on la moindre plainte de cette nature pendant Fantasia. Pourquoi?

Oui je sais. On me dira que les jeunes générations – dont font principalement partie les spectateurs de Fantasia – sont en majorité parfaitement bilingues (sinon polyglotes) et que nous sommes à l’ère de la grande mondialisation. On dira aussi que, qu’on le veuille ou non, la langue internationale est l’anglais. Et qu’il vaudra toujours mieux avoir accès à un film dans la langue de Shakespeare que pas du tout. Et puis, nous n’avons pas ici le même poids démographique que les Français. Qui peuvent évidemment exiger – et obtenir – de la part des producteurs des copies sous-titrées dans la langue de Molière dans leurs festivals de cinéma. Soit.

Qu’on me comprenne bien. Je ne suis pas du tout anglophobe, au contraire. La maîtrise de l’anglais est d’ailleurs essentielle à mon sens pour avoir une meilleure compréhension du monde dans lequel on vit.

Seulement, l’indifférence avec laquelle nous accueillons les signes de plus en plus apparents d’un glissement progressif vers une anglicisation accrue à Montréal me semble préoccupante. Mais peut-être est-ce simplement une question de perception…

Une manifestation culturelle – qui plus est un festival de cinéma – ne constitue-t-elle pas la vitrine d’une ville et des habitants qui l’habitent?

Je vous pose la question. En toute civilité.

Voici le compte-rendu vidéo de la 14e journée, largement consacré à la présentation de Black (Pierre Laffargue), l’un des rares films francos de la programmation (présenté avec sous-titres anglais):

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Vendredi 24 juillet 2009 | Mise en ligne à 8h18 | Commenter Commentaires (10)

Bons tubes pour films poches…

Un petit exercice amusant pour meubler notre week-end, inspiré d’un «post» lu sur le site d’Entertainment Weekly, intitulé Great songs from crappy movies

Dans son article, Mandi Bierly répertorie quelques chansons à succès, tirées de très mauvais films, pour la plupart tombés dans l’oubli depuis longtemps. Qui se souvient que Bryan Adams a écrit Heaven pour A Night in Heaven, un film dans lequel Christopher Atkins, teen idol il y a 25 ans, incarnait un danseur «érotique»? Ou que Prince a créé Kiss pour Under the Cherry Moon, sa première réalisation au cinéma?

Au début des années 80, Bette Midler avait bien fait rire l’auditoire de la soirée des Oscars en donnant la liste des titres en lice pour l’oscar de la meilleure chanson: «Endless Love, from the endless movie Endless Love!, avait-elle lancé.

De mon côté, je choisis The Million Dollar Hotel comme meilleure trame musicale tirée d’un film poche. Le pauvre Wim Wenders en arrache depuis plusieurs années sur le plan cinématographique mais il peut toujours compter sur ses potes – Bono, Lanois et compagnie – pour lui concocter de remarquables moments musicaux.
Voici ce que le collègue Alain Brunet avait écrit au moment de la sortie de cet album:

The Million Dollar Hotel, nouveau film de Wim Wenders qui n’est pas encore présenté au Québec, sera d’abord connu pour sa trame sonore et le band qui l’a mis en oeuvre. Sous la gouverne de Bono et de l’excellent réalisateur américain Hal Wilner, ce soundtrack regroupe des artistes de premier plan, genre de famille élargie de U2 – dont ce n’est pas le nouvel album, tenez-vous le pour dit; U2 signe trois chansons en tant que groupe, dont une reprise, The First Time. Daniel Lanois et Brian Eno travaillent de nouveau avec Bono, le recherché (…) Salman Rushdie y écrit quelques rimes (The Ground Beneath Her Feet), Milla Jovovich y interprète un classique de Lou Reed (Satellite of Love), l’aérien Jon Hassell y trompète, le prodige Brad Mehldau y pianote (très peu), l’iconoclaste Bill Frisell et Greg Cohen (Masada, John Zorn…) y piquent et grattent les cordes, Adam Dorn y manipule des machines, le sensible Brian Blade y bat la mesure, on en passe. De ce name dropping aurait pu résulter une balloune artificiellement gonflée, il n’en est rien.
****

The Ground Beneath Her Feet, une chanson de U2. À vous maintenant.

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