
Francis Ford Coppola sur le tournage de Youth Without Youth
Oui je sais. J’ai négligé un peu ce blogue au cours des derniers jours. Une semaine de fou, ponctuée de nombreux visionnements.
Entre autres choses, j’ai parlé à Francis Ford Coppola! Quand on m’a appris que le légendaire cinéaste consentait à accorder quelques entrevues téléphoniques aux médias, j’avoue avoir éprouvé un petit frisson. Bien entendu, il n’était pas là seulement pour nos beaux yeux. Ayant produit son nouveau film Tetro de façon entièrement indépendante, Coppola tient évidemment à ce que sa nouvelle offrande ait un certain écho.
Personnellement, j’ai été déçu par son film. Nous en avions d’ailleurs discuté lors de sa présentation à Cannes. Tetro ouvrait alors la Quinzaine des réalisateurs, Coppola ayant refusé la présentation «hors concours» que lui offrait le comité de sélection officielle du Festival.
Déception ou pas, il reste que Coppola reste quand même un géant du cinéma américain.
Je compose le numéro. C’est lui-même qui répond.
Ce genre de chose m’étonne toujours un peu car il faut habituellement trouver son chemin dans un labyrinthe avant même d’atteindre des stars de troisième zone. Pas de consigne, sinon celle de la durée (20 minutes de conversation). Pas d’assistant non plus sur la ligne, ni de relationniste pour «gérer le temps». Je me souviendrai toujours d’une interview téléphonique que j’avais faite avec Polanski il y a quelques années, organisée par un distributeur américain. En faisant fi de la relationniste désignée pour «gérer» notre conversation, nous sommes immédiatement passés au français en se moquant un peu de notre «taupe». À la fin, la relationniste m’avait dit qu’elle n’avait rien compris de ce que Polanski et moi avions dit mais qu’elle avait senti une belle complicité se développer entre nous. Ben oui, toi…
Mais revenons à Coppola. Je ne dévoilerai évidemment pas ici tout le contenu d’un article à paraître bientôt, mais il y a un quand même un aspect dont nous pourrions discuter ensemble.
On dit souvent que les années 70 constituent le dernier âge d’or du cinéma américain. J’ai voulu savoir ce que l’un de ses principaux artisans – The Godfather, The Conversation, Apocalypse Now – en pensait.
D’abord, Coppola ne carbure pas du tout à la nostalgie. Il rappelle aussi que The Godfather et Apocalypse Now étaient des projets déjà existants pour lesquels il fut embauché.
«Mais il est bien certain que les studios ne peuvent plus mettre ce genre de projets de l’avant aujourd’hui. Cela ne veut toutefois pas dire qu’il ne se fait plus de bon cinéma en Amérique. Mais il est plutôt produit à l’extérieur du système. Il y a un foisonnement d’auteurs extrêmement intéressants – Solondz, Haynes, et j’en passe – qui parviennent malgré tout à s’imposer.
Évidemment, quand je vois ce que Hollywood nous propose semaine après semaine, c’est sûr que ce n’est pas très stimulant. Mais il y a – et il y aura toujours je pense – des cinéastes dont les voix originales arrivent à se faire entendre, et qui nous redonnent foi en cet art que nous aimons tant.
Et puis, les moyens de diffusion sont aussi en train de changer. Et ne sont plus seulement l’apanage des grands studios. À mon avis, le salut passe par un cinéma produit de façon indépendante. C’est là que passe le mien en tout cas!
Années 70 dernier âge d’or? Non, je ne crois pas. Vous savez, chaque époque a ses défis. Il n’y avait rien d’évident au moment où j’ai réalisé The Godfather ou Apocalypse Now, croyez-moi!»
Tetro prend l’affiche à Montréal le 14 août.
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