Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Jeudi 4 décembre 2008 | Mise en ligne à 18h50 | Commenter Commentaires (6)

    Kate Winslet à fleur de peau

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     Kate Winslet dans The Reader

    Je crois que tout le monde reconnaît le talent exceptionnel de Kate Winslet. Elle fait partie de ces interprètes qui se mettent entièrement au service d’un personnage, et qui ne craignent pas s’attaquer à des thèmes parfois plus délicats. Elle travaille, elle fouille, elle fera tout ce qu’elle pourra pour que le personnage atteigne sa propre vérité.
    En compagnie de quelques autres journalistes, j’ai rencontré Kate Winslet ce matin à l’occasion d’une rencontre de presse organisée à New York en vue de la sortie prochaine de The Reader (Le liseur), le nouveau film de Stephen Daldry (The Hours).


    Habituellement, ce genre d’exercice est assez prévisible. Pas ce matin. Il est même survenu quelque chose d’assez rare.
    D’abord, précisons que The Reader est l’adaptation d’un roman de Bernhard Schlink, extrêmement connu et apprécié en Allemagne. Winslet y interprète le rôle d’Hannah Schmitz, une femme qui, au tournant des années 60, s’engage dans une liaison sentimentale avec Michael Berg, un jeune homme âgé de 15 ans (campé par l’excellent jeune acteur allemand David Kross). Or, il appert que cette femme, qui fut le premier – et très marquant – premier amour de l’adolescent, a un passé pour le moins trouble. Après une rupture qu’il ne s’est jamais expliquée, Michael – qui étudie le droit – revoit Hannah huit ans plus tard dans une cour de justice. Elle est accusée de crimes nazis. À travers cette relation, qui hantera l’homme toute sa vie (Ralph Fiennes prête ses traits à Berg devenu adulte), le récit explore la complexité des rapports intergénérationnels entre les Allemands nés après la guerre qui, un jour, ont découvert les monstruosités commises par leurs parents.

    Mais revenons à Kate.

    L’actrice britannique est la tête d’affiche de deux films importants, dont les sorties sont quasi simultanées: À Montréal, nous verrons d’abord The Reader le 25 décembre. Et, deux semaines plus tard (le 9 janvier), Revolutionary Road prendra l’affiche. Réalisé par son mari Sam Mendes (American Beauty), Revolutionary Road marque évidemment les retrouvailles à l’écran de Kate Winslet avec Leonardo Di Caprio.

    «Je tiens à soutenir les deux films aussi vigoureusement l’un que l’autre car ils me sont précieux, a-t-elle dit. Pas évident sur le plan de la promotion, cela dit.» Avant aujourd’hui, Kate Winslet n’avait pas encore eu l’occasion de parler de The Reader. Radieuse, elle a répondu aux inévitables questions, notamment sur son rapport à la nudité et à la représentation de scènes plus intimes à l’écran.
    Puis est venu le sujet de la vulnérabilité émotionnelle. «Et ça, c’est beaucoup plus difficile que les scènes de nudité physique, croyez-moi.»

    Et elle a fondu en larmes.

    En tentant de reprendre ses esprits, elle a raconté comment, en tournant à Berlin la scène de procès devant tous ces acteurs allemands – dont certains ont été impliqués dans les vrais procès de nazis – elle s’était sentie mourir un peu. «Je n’avais rien de commun avec la femme que j’interprétais, rien en moi que j’aurais pu utiliser pour la nourrir. Et elle avait des répliques terribles à livrer. En même temps, je lui devais ma compréhension, il fallait que je la défende…»
    Elle a pris une pause, s’est levée quelques secondes en évoquant un urgent besoin de fumer, s’est rassise et s’est roulée une cigarette avec une expertise étonnante.

    «Je ne sais pas ce qui m’arrive, a-t-elle dit en s’excusant. Tout est revenu dans mon esprit de façon tellement concrète et subite que j’ai ressenti cette émotion comme si on venait tout juste de tourner la scène. C’est la première fois que ce genre de truc m’arrive dans une rencontre de presse. Putain ce ne sera pas facile de parler de ce film!»
    Stephen Daldry, qui se tient toujours très près des acteurs qu’il choisit, fait valoir de son côté que Kate Winslet dispose d’un incroyable registre émotionnel, auquel elle peut avoir accès très facilement.

    «En tant que cinéaste, il faut être très conscient de sa responsabilité quand on travaille avec une actrice (ou un acteur) de cette trempe. Parce que le revers de cet accès «facile» à l’émotion s’accompagne forcément de moments de grande vulnérabilité. Il faut être prêt à bien soutenir ces êtres extraordinairement sensibles.»

    Inutile de dire que Kate Winslet livre encore une fois une performance remarquable dans The Reader. Voyez la bande annonce:


    • Monsieur Lussier, vous êtes un sacré chanceux, je vous envie d’avoir partagé un petit moment d’intimité avec cette superbe actrice qui ressemble à une vraie femme et non pas à une poupée.

      L’histoire de The Reader me fait penser, avec les rôles inversés à l’histoire passionnelle de Martin Heidegger et de Hannah Arendt.

      Je rappelle brièvement, Hannah Arendt, jeune étudiante juive, est tombée follement amoureuse en 1924 de son professeur de philosophie, Heidegger. Ils ont vécu une relation d’autant plus passionnelle qu’elle était également basée sur des rapports intellectuels très poussés.

      Cette relation a duré 4 ans, Arendt est partie aux États-Unis, les nazis ont pris le pouvoir et ont dit s’inspirer de la philosophie de Heidegger. Celui-ci a continué à enseigner dans les universités allemandes pendant la guerre. On ne sait pas vraiment bien s’il était pro-nazi ou pas, mais les nazis disaient qu’ils étaient pro-Heidegger, même s’ils se méfiaient de l’individu et l’ont laissé de côté.

      À la victoire alliée, Heidegger a été emprisonné et jugé comme nazi. Il me semble qu’Hannah a même témoigné en sa faveur.

      Une relation passionnelle et trouble, puisqu’ils sont restés amis jusqu’à la mort de cette dernière. La rencontre de deux grands cerveaux, en quelque sorte, puisqu’elle-même est devenue une philosophe reconnue mondialement.

    • Kate Winslet est vraiment une actrice complète et j’envie beaucoup Marc-André Lussier pour avoir eu la chance de faire un brin de causette avec elle.

      J’ai adoré tous les rôles qu’elle a joués à la suite du succès Titanic.

      Je trouve cependant dommage que peu de gens connaissent cette actrice uniquement à cause de ce dernier film.

      Life of David Gale était vraiment bien tout comme le fantastique Eternal sunshine of spotless mind,..à découvrir pour ceux qui ne n’ont jamais vu.

      Après 5 nominations aux Oscars à quand la statuette pour Kate ?

    • Kate Winslet est une actrice de grand talent, peut-être sous estimée à Hollywood ? Elle joue d’une manière vraie, je pense aussi qu’elle mériterait une statuette…j’ai hâte de voir ses nouveaux films ! Titanic, Raison et sentiments (charmant), La vie de David Gale (percutant) sont des films que j’ai beaucoup appréciés et que j’ai visionnés plus d’une fois !

    • Elle était également splendide dans Little Children. Un autre excellent film qui est passé sous les radars.

    • Hmmmm…

      Je ne connaissais pas cet aspect de Kate Winslet.
      Mais après avoir vu ces vidéos sur YouTube…

      Intéressant,
      Merci.

    • Vous avez su passer le message qu’il fallait, non seulement pour présenter l’exceptionnel moment que vous avez vécu, et de plus, avec pudeur et retenue – par rapport à vous (ce qui est rare de nos jours),

      Avec vos mots, j’ai pu connaître un aspect inconnu de KW.

      Merci.

      Votre blog n’est pas dans la page principale du site de CyberPresse. Il le devrait, car vous (vos mots) êtes vrai, et c’est de quoi qui est de plus en plus difficile à trouver.

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