Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Samedi 25 octobre 2008 | Mise en ligne à 9h45 | Commenter Commentaires (13)

    Du cinéma en français, est-ce si important?

    rachel-getting-married.jpg

    Avant toute chose, je tiens à annoncer aux quelques cinéphiles qui nous ont fait part de leur mécontentement qu’une copie sous-titrée en français de Rachel Getting Married prendra l’affiche au cinéma Ex-Centris de Montréal le 7 novembre. L’excellent film de Jonathan Demme est à l’affiche chez nous depuis la semaine dernière en version originale anglaise seulement. On applaudit évidemment l’initiative.

    Cela dit, cette petite nouvelle m’inspire une réflexion plus large sur la distribution de copies disponibles en langue française. Une lectrice, qui déplorait l’absence d’une copie sous-titrée de Rachel Getting Married, nous écrivait récemment pour s’interroger sur le caractère légal de l’exploitation de films en anglais seulement.

    Pour répondre à la question, oui, c’est tout à fait légal. Depuis très longtemps, la Loi sur le cinéma stipule qu’un distributeur peut obtenir un visa temporaire de 45 jours pour exploiter une copie dans une langue autre que le français. Il doit toutefois retirer le film de l’affiche si, au bout de ces 45 jours d’exploitation, aucune copie doublée ou sous-titrée en français du même film n’est proposée.

    Voici, en clair, la disposition de la Loi sur le cinéma du Québec:

    Règles de délivrance.

    83.  La Régie ne délivre de visa, pour la présentation en public d’une version autre qu’en français d’un film, que selon les règles suivantes:

     1° il peut être délivré au maximum, pour des copies de cette version, le même nombre de visas que le requérant en demande pour des copies d’une version doublée en français du film, à la condition que ces dernières soient rendues disponibles pour les exploitants de lieux de présentation de film en public en même temps que les premières;

     2° un visa peut être délivré pour toute copie sous-titrée en français;

     3° un visa peut être délivré pour autant de copies qu’il en est demandé, à la condition que le requérant dépose à la Régie avec la demande un contrat assurant, dans un délai que celle-ci juge raisonnable, le doublage en français du film au Québec de même que la preuve de la remise des éléments requis pour l’exécution de ce contrat à la personne qui en est chargée;

     4° un visa temporaire peut être délivré, s’il n’existe aucune version doublée en français du film au moment du dépôt de la demande.

    Durée du visa temporaire.

    La durée du visa temporaire est de 45 jours à compter de la date de la première présentation du film en public pour des fins commerciales et il peut être délivré pour autant de copies qu’il en est demandé, à moins que le gouvernement, par règlement, ne fixe une durée moindre ou qu’il ne détermine le nombre maximum de copies pour lequel il peut être délivré.

    Restriction.

    Il ne peut être délivré de visa en vertu du paragraphe 3° du premier alinéa pour une copie d’un film à l’égard duquel un visa temporaire a été délivré.

    Restriction.

    Après l’expiration de visas temporaires, il ne peut être délivré de visa que pour une copie du film, à moins d’obtenir un visa en vertu des paragraphes 1° ou 2° du premier alinéa.

    1983, c. 37, a. 83; 1991, c. 21, a. 14.

    Prolongation de délai.

    83.1.  La Régie peut, à la demande du titulaire d’un visa temporaire, en prolonger la durée d’au plus 15 jours s’il est établi que le doublage en français du film, bien que requis avec diligence, ne peut, en raison d’un empêchement sérieux, imprévu et indépendant de la volonté de ce titulaire, être exécuté avant la date originaire d’expiration du visa.

    Restriction.

    La Régie ne peut toutefois accorder une telle prolongation au titulaire d’un permis de distributeur pour plus de deux films par période de 12 mois.

    1991, c. 21, a. 14.

    Dans la réalité d’aujourd’hui, cette disposition est bien entendu bancale. Les carrières des films en salle sont devenues tellement courtes qu’un distributeur a tout le loisir d’exploiter comme bon lui semble une copie non accessible au public francophone.

    Même si je n’ai pas de statistiques précises à vous offrir à cet égard, il est clair qu’on semble assister depuis quelques mois à une recrudescence de films projetés en anglais seulement.

    Ceux qui me connaissent depuis un petit moment savent que j’ai toujours été très pointilleux sur l’accessibilité des films au public francophone, même si je suis un adepte fervent des versions originales. Juste au moment où j’étais en train de me demander si ma préoccupation ne relevait pas d’un combat d’arrière-garde (après tout, les Montréalais – les jeunes Montréalais surtout -  sont largement bilingues), voilà que le politologue Christian Dufour relance le débat linguistique avec son essai Les Québécois et l’anglais, le retour du mouton. Il s’inquiète du fait qu’à son avis, nous contribuons présentement nous-mêmes à notre affaiblissement identitaire en faisant du bilinguisme une norme. Dufour a parlé de son livre hier chez Christiane Charrette.

    Le français perd-il vraiment du terrain? La disposition de la Loi sur le cinéma devrait-elle être resserrée? Ou, au contraire, se révèle-t-elle inutile dans un contexte de mondialisation? Trouvez-vous irritant le fait que certains films ne prennent l’affiche qu’en anglais?

    Please, discuss


    • Oui, c’est irritant, parce que le message qui nous est ainsi envoyé en est un de totale indifférence envers ce qui constitue le coeur de notre identité, la langue française. Présenterait-on un film uniquement en anglais en Espagne ? En Italie ? En Chine ? Présenterait-on un film uniquement en suédois en Thaïlande ? Uniquement en allemand au Sénégal ? Etc. En passant : je suis bilingue et il m’arrive de regarder des films en anglais. Là n’est pas la question ici, on parle du principe en cause.

    • Je suis tout à fait d’accord pour des films sous titrés (au besoin)et 100% contre des versions doublées qui nous offrent des multi performances de commédiens jouant souvent par très beaucoup en dessous de l’actuer original. Je me rappelle encore d’une scène particulièrement horrible qui aurait dû m’émouvoir au plus haut point dans Philadelphia où Bernard Fortin jouait pas mal autre chose que ce que Tom Hanks nous livrais à l’image sur un air d’Opéra . Ce jour là marqua la mort des versions doublée pour moi.
      Je ne crois pas du tout la langue française en danger. Je sais toutefois l’apprentissage de la langue anglaise en net recul et ça c’est beaucoup plus dommage. C’est choisir de rester ignare dans un esprit de clocher dans un monde tourné vers la mondialisation.
      Une film en anglais sous-titré restera toujours un merveilleux apprentissage d’une langue facile tout en respectant l’oeuvre originale.

    • Les sous-titres, c’est un gros minimum.

      “après tout, les Montréalais – les jeunes Montréalais surtout – sont largement bilingues)” C’est vrai, mais il y a des cinémas ailleurs qu’à Montréal…

      Les dvd permettent de savourer les versions originales, les cinémas doivent présenter les films en français, ou sous-titrés. Présenter un film en anglais seulement, c’est un statement, ça veux dire: “we don’t fu%ing care about you, stupid frog, just speak white like everybody.” C’est aussi une forme de discrimination, car il y a plein de gens qui ne parlent pas du tout anglais, et ils en ont le droit. Et nous autre, comme des caves, on opine du bonnet.

      Moi, j’aime les versions originales, mais je les écoute chez moi en DVD, après avoir vu la version traduite. Et puis, franchement, le doublage au Québec est quand même pas si pire, c’est mieux qu’en France disons…

    • @ tengen :

      Ne me dites pas que vous ne faites pas de différence entre un film en salle et en DVD !

      Je suis à Québec et il n’y a ici qu’un nombre minimal de films anglophones présentés en version originale. Je suis prêt à faire les 30 km qui me séparent d’un des seuls cinémas qui offrent le choix entre les versions. Et je suis tout à fait pro-sous-titres, mêmes pour les langues que je ne maîtrise pas comme l’allemand ou l’espagnol.

    • “Et nous autre, comme des caves, on opine du bonnet” …Il n’y a rien de cave à apprendre une langue qui nous ouvre des portes partout dans le monde. Ce qui est tout à fait cave par contre c’est d’être terrorisé par la langue de l’autre et de se sentir menacé chaque fois qu’on entend un mot en anglais.
      Ça c’est cave.

    • De grâce, plus de sous-titres, moins de doublage!

      Je ne comprends pas que les cinéphiles québécois soit autant friands de doublage. Partout ailleurs, les sous-titres sont la norme. Il est extrêmement difficile de voir un film au cinéma à l’extérieur de Montréal qui ne soit pas doublé. Comment peut-on apprécier la performance des acteurs?

    • Le plus ridicule c’est quand on entend une promo d’un film à la radio, et on annonce mettant en vedette Brad Pitt et on entend la voix du type qui double Pitt.

      Je suis anti-doublage, oui souvent les sous-titres sont nuls mais au moins on préserve l’intégrité du film.

      Quant à la règle qu’un film ne devrait sortir qu’une fois que la version française existe, me semble que le choix est déja suffisament limité au niveau des films offerts faudrait pas mettre de bâtons dans les roues de la diversité.

    • @kratylos

      Personellement je trouve qu’on perd ENORMÉMENT du plaisir de l’expérience cinématographique lorsqu’on doit ajouter la lecture des sous-titres à toutes les activités d’analyses de la composition de l’image, de l’éclairage, du jeu d’acteur, du montage sonore et visuel, de la direction artistique, des costumes et des maquillages qui occupent notre esprit lors de l’activité spectatoriale. Le fait de devoir constamment regarder au bas de l’image pour lire nous fais perdre cet effet d’immersion totale que ces images travaillées sont supposé communiquer à travers un montage soigné. On brise un peu le rythme du film parce qu’on assimile pas les informations directement (comme lorsqu’on entend des informations dans une langue que l’on utilise quotidiennement depuis des dizaines d’années”). Pour ces raisons je n’ai AUCUN OBJECTION a aller voir des films traduits en francais. Si le film est si bon que ça , alors je vais le revoir en anglais eventuellement de toute façon alors je ne vois pas la nécéssité de m’imposer des barrières.

    • @kratylos
      Au fond c’est surtout par rapport au jeu d’acteur que ca derange les gens en général. C’est vrai qu’on prend les films de Heath Ledger par exemple (lui qui élaborait soigneusement des accents et des tons de voix pour chacun de ses personnages) et on en perd beaucoup. Mais comme je souligne, je pense quand meme qu’on en gagne sur le reste des aspect de la cinématographie. Certains films sont basés sur les performance d’acteurs et ne peuvent que s’apprecier pleinement qu’a la seconde ecoute.

    • Je pense que si on a une identité assez forte, on peut très bien être bilingue, écouter les versions originales, etc…. sans pour autant compromettre notre langue. Cette ouverture étant essentielle pour garder une langue vivante.

    • Je vais toujours voir les films en version originale,mais je préfère quand meme ,si j’ai pas le choix, un film bien doublé que des sous titre, c’est fatiguant toujours regarder en bas de l’écran, parfois en plus le sous titre passe tellement vite que t’a pas le temps de lire comme du monde.

    • “Je ne comprends pas que les cinéphiles québécois soit autant friands de doublage. Partout ailleurs, les sous-titres sont la norme.”
      Moi aussi je préfère le sous-tire. Sauf qu’au Québec il y a 40% d’analphabètes fonctionnels, d’après les dernières statistiques. Et ça permet de supposer que, parmi les autres, il doit y en avoir pas mal qui ne lise pas vite, vite.
      Ça fait beaucoup de monde quin epeuvent pas utiliser les sous-titres.
      Et les chaînes de cinéma ne sont pas des OSBL à mission éducative. Ils doivent présenter des films pour “le plus grand nombre.”
      Bref : faut vivre avec.

    • Je suis pour les sous-titres. C’est ce que je préfère. Je suis pour le doublage. Non seulement un besoin de la population est-il comblé mais cette mesure fait vivre une branche de l’industrie du cinéma d’ici. En ce qui concerne la soi-disant ouverture d’esprit nécessaire pour apprécier un film présenté uniquement dans dans la langue anglaise, on en discutera quand des films de langue française seront présentés dans l’ouest de l’île et autres ghettos anglos. À bon entendeur.

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