Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Mardi 27 mai 2008 | Mise en ligne à 7h23 | Commenter Commentaires (9)

    Mort de l’un des derniers géants

    Peut-être le savez-vous déjà depuis un petit moment, mais comme je suis encore en France, je n’ai appris que ce matin la mort de Sydney Pollack, à mon avis l’un des derniers géants du cinéma hollywoodien. La nouvelle m’attriste beaucoup, mais elle ne me surprend guère. Nous savions Pollack malade. La mort inattendue de son ami et collègue Anthony Minghella, avec qui il travaillait depuis plus de 15 ans, n’a pas dû arranger les choses non plus.

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    Pour moi, Pollack symbolise le cinéma hollywoodien de qualité, celui qui se pratiquait à une époque où, comme le précisait très justement James Gray (Two Lovers) il y a quelques jours à Cannes, les impératifs économiques ne venaient pas se poser en travers de la création.

    Spontanément, cinq incontournables: They Shoot Horses Don’ t They?, Three Days of the Condor, The Way We Were, Tootsie, et Out of Africa.

    J’ai eu le grand plaisir de discuter seul à seul avec Mister Pollack il y a deux ans. J’en garde un souvenir précieux. Je reproduis ici l’article qui fut publié dans La Presse à cette occasion.

    Par ailleurs, je vous signale que je serai en vacances pour les deux prochaines semaines. Je viendrai quand même faire un tour sur ce blogue de temps à autre. À bientôt.

    ———————————————————————-

    C’est la beauté d’un grand festival de cinéma. Tout le monde est là. Sydney Pollack, par exemple, n’a pas de nouveau film à montrer à Toronto, sinon ceux pour lesquels il agit en tant que producteur, nommément Catch a Fire de Phillip Noyce, un drame sud-africain mettant en vedette Tim Robbins et Derek Luke, et Breaking and Entering d’Anthony Minghella.

    Hier, la bande à Minghella, de laquelle font partie Jude Law, Juliette Binoche et Robin Wright Penn, assuraient justement le «service après-vente» de ce très beau film qui ramène le réalisateur du Patient anglais vers le drame intimiste à la Truly, Madly Deeply. Du coup se présente ainsi la chance de rencontrer en tête à tête le producteur du film, lequel s’adonne aussi à être l’un des derniers géants du cinéma hollywoodien. Pas question de laisser filer pareille occasion.

    Sydney Pollack a en effet meublé quelques-uns de nos plus beaux souvenirs liés au grand cinéma populaire américain. Three Days of the Condor, The Way We Were, Tootsie, Out of Africa… Robert Redford, avec qui il a tourné sept fois, lui doit pratiquement son statut de superstar. Outre Redford, Pollack a magnifié dans ses films quelques-unes des plus grandes vedettes hollywoodiennes, de Jane Fonda à Paul Newman, de Nicole Kidman à Harrison Ford. Dans The Way We Were, il a donné à Barbra Streisand l’un de ses plus beaux personnages au cinéma.

    Le cinéaste n’est pourtant pas du genre à verser dans la nostalgie. Il dit d’ailleurs sans ambages ne jamais revoir ses films. «Les seules fois où les souvenirs des films que j’ai réalisés dans le passé peuvent me traverser l’esprit, c’est quand quelqu’un me dit qu’il a «découvert» l’un d’eux récemment. Et qu’il m’en parle d’une façon qui me donnerait envie de le revoir. Par exemple, j’arrive tout juste du Festival de Deauville où une rétrospective de mes films moins connus a été organisée. Dans un contexte comme celui-là, j’avoue que j’aurais parfois envie de rester dans la salle.»

    Depuis ses débuts dans les années 60, Hollywood a évidemment bien changé. Pollack reconnaît qu’il est plus difficile pour un cinéaste de sa génération – il est âgé de 72 ans – de trouver des projets qui l’allument. «Le public dans les salles est de plus en plus jeune, constate-t-il. Tout est orienté vers eux parce qu’il s’agit avant tout d’une question de gros sous. Il devient ainsi de plus en difficile pour moi de trouver un projet qui correspond à la fois à mes intérêts et à ceux des grands studios. D’ailleurs, toutes les productions auxquelles nous accordons notre soutien à travers notre entreprise sont réalisées à l’extérieur du système.»

    Sydney Pollack a d’ailleurs fondé sa maison de production, Mirage Enterprises, en 1985. «Essentiellement à cause d’un sentiment de culpabilité!, explique-t-il. Je trouvais que je travaillais beaucoup trop lentement, que je perdais du temps sur des projets en développement que j’abandonnais par la suite. Que d’autres reprenaient ensuite en bénéficiant du travail effectué jusque là. J’estimais qu’il valait alors mieux produire moi-même.»
    Près de 30 films plus tard à titre de producteur, Sydney Pollack privilégie notamment la relation professionnelle unique qu’il a établie avec Anthony Minghella, avec qui il est associé depuis cinq ans. «Nous avons une relation professionnelle très féconde depuis 15 ans maintenant. Nous nous consultons régulièrement; je suis les étapes de production de ses films de très près et lui fait de même avec les miens. Je crois qu’il s’agit d’un type de collaboration très rare et je me sens très chanceux.»
     

    Acteur d’occasion

    Depuis sa toute première prestation à l’écran dans l’un de ses propres films (il interprétait l’agent de Tootsie), Sydney Pollack a aussi pris plaisir à faire l’acteur de temps à autre. De Husbands and Wives de Woody Allen jusqu’à Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, en passant par le rôle du père (adorable!) de Will dans la comédie télévisée Will & Grace, le célèbre réalisateur est désormais aussi sollicité pour ses talents dramatiques.

    Nous le verrons notamment, dès la semaine prochaine, dans Fauteuils d’orchestre, le film choral de Danièle Thompson dans lequel il incarne un réalisateur américain de passage à Paris afin d’établir la distribution d’un nouveau film consacré à Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir.

     «Il est difficile de refuser quoi que ce soit à Danièle!, lance Pollack, ravi de son expérience française. Nous nous étions rencontrés il y a une vingtaine d’années alors qu’elle était membre du jury que je présidais au Festival de Cannes et nous sommes devenus alors amis. Fauteuils d’orchestre a quelque chose de très français. Cela me plaît beaucoup. Il y a un aspect magique dans cette façon d’amener discrètement une approche réaliste vers la fantaisie. Il serait d’ailleurs très difficile pour un cinéaste américain d’essayer d’emprunter ce style parce qu’il risquerait alors de tomber dans la guimauve.»


    • Dans toutes les formes d’art, les géants se renouvellent. Sans quoi il ne resterait plus que des êtres minuscules tenant une caméra ou un pinceau.

    • Pollack a débuté sa carrière d’acteur bien avant Tootsie. Allez visiter le sit http://www.imdb.com/name/nm0001628/ où on peut y voir l’ensemble de l’oeuvre de ce géant.

    • Pourquoi GÉANT ?????

      Pensez-vous vraiment qu’il y aura des GÉANTS seulement dans notre période de vie ? Franchement.

      Tant que la terre et les humains existeront, bien il y en aura encore et encore des géants du cinéma. Et qu’a chaque génération il y en aura encore et encore. Et pensez surtout pas que vous êtes unique ni plus “hot” que les autres car au bout du compte nous sommes même pas, pendant notre période de vie, qu’une tête d’épingle dans tout cet univers.

    • @coolerman : prends ça cool…

    • Géant… Tout finit toujours par des mots et aujourd’hui tout le monde a droit à sa définition. Pour moi un géant du cinéma, c’est Bergman, Fellini, Antonioni, Eisenstein, Wellles, des gens qui trouvent de nouveaux moyens de faire parler les images, qui créent des mythes, Todd Browning, Fritz Lang, qui trouvent le moyen de créer ne fussent que des moments fabuleux, Coppola, Herzog, mais Sydney Pollack, que j’aime par ailleurs beaucoup n’est pas personnellement dans ma catégorie géant. C’est un grand artisan, un honnête artisan, comme William Wyler. Mais j’essaie en vain de trouver un moment magique dans les Sydney Pollack, tout efficace qu’il soit.

    • @extra-sirius

      Entièrement d’accord : peu de moments magiques, mais de nombreux moments efficaces. Un exemple : le combat à mains nues entre Robert Redford et un redoutable agent déguisé en facteur dans THREE DAYS OF THE CONDOR ! Le même genre de scène de combat aujourd’hui est souvent filmée et montée de façon si rapide que l’on doit DEVINER ce qui se passe (ex : BOURNE IDENTITY) et son dénouement est souvent prévisible, mais dans CONDOR, cette scène de combat se déroule en temps réel et son dénouement est loin d’être prévisible, ce qui en augmente considérablement l’impact !

    • Il me semble que M.A.- Lussier a écrit que Sydney Pollack faisait parti des derniers géants du cinéma Hollywoodien, non pas du cinéma tout court! Oui Bergman, Antonioni, Fellini, Visconti, Tarkovski et compagnie sont des géants du cinéma. Mais aucun d’eux n’a créé la plupart de ses films à Hollywood avec les contraintes artistico-économiques que cela impliquent, contrairement à Sydney Pollack. Il n’est pas meilleur; ses films n’ont pas la profondeur des autres, mais dans le genre hollywoodien, force est de reconnaître que M.-A. Lussier a raison : Pollack faisait parti des derniers géants d’Hollywood.

    • drakm72 a compris le sens de cette intervention. Il est bien évident que l’oeuvre de Pollack n’est pas à ranger dans la même catégorie que celle des Bergman, Antonioni, Fellini et les autres. Cela dit, Pollack fait partie de la dernière génération de cinéastes à avoir pu construire une oeuvre solide à l’intérieur du système hollywoodien, sans avoir le même pouvoir que les jeunes loups qui l’ont suivi (Coppola, Spielberg, Lucas). Je ne peux guère plus élaborer car j’écris ceci dans un café internet à accès limité… Mais merci à drakm72 d’avoir saisi la nuance.

    • Bonnes vacances M.-A.!

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