Marc-André Lussier

Vendredi 25 novembre 2016 | Mise en ligne à 9h32 | Commenter Commentaires (37)

Netflix : l’entrée du loup dans la bergerie ?

Divines - Affiche

Divines – directement sur Netflix. Et pas ailleurs.

Dans un éditorial publié sur le site 24 images.ca, la collègue Helen Faradji s’insurge – avec raison – contre le fait que le film français de Houda Benyamina Divines, lauréat de la Caméra d’or au Festival de Cannes cette année, soit lancé seulement sur Netflix.

Les droits d’exploitation du film – pour tous les territoires du monde (à l’exception du territoire français) – ont en effet été vendus au géant du service de visionnage en flux continu. Qui l’offre sur sa plateforme en exclusivité. C’est dire que Divines n’aura jamais droit à une distribution en salles en bonne et due forme. Ni chez nous, ni ailleurs qu’en France.

Une autre tuile vient ainsi de tomber sur le monde de la distribution au Québec. Les distributeurs locaux, déjà fragiles, devront désormais se battre contre ce nouveau concurrent, eux qui avaient déjà dans les pattes des distributeurs américains qui achètent à gros prix des films internationaux. Bien souvent, ces oeuvres sont ensuite « garrochées » n’importe comment.

Comment sera-t-il possible de rivaliser avec une entreprise aussi gigantesque qui, désormais, compte aussi acheter des films internationaux en vue d’une distribution mondiale exclusive sur sa plateforme ? On ne peut évidemment pas blâmer les vendeurs de céder à une telle proposition. Lors de la présentation du nouveau film de Kim Nguyen au Festival de Cannes, le producteur québécois Roger Frappier avait d’ailleurs déclaré ceci :

« Plusieurs distributeurs sont intéressés par Two Lovers and A Bear mais je tiens à choisir ceux qui serviront ce film au mieux. Personnellement, je préfère vendre le film aux distributeurs de chaque pays mais si une entreprise comme Amazon ou Netflix dépose une offre englobant 45 territoires en même temps, c’est certain qu’on y réfléchit. »

Amazon est en effet devenu un « gros » joueur aussi. À la différence que les films Amazon peuvent aussi être distribués en salles. Ce qui n’est pas le cas des films qu’acquiert Netflix. Pour l’instant, du moins.

Aussi, soulignons l’aspect un peu tendancieux de la bande annonce de Divines que Netflix a mise en ligne. On y dit « A Netflix Original Film ». On peut évidemment interpréter cela comme si l’entreprise annonçait fièrement l’acquisition de cette production dans son catalogue. Cette formulation peut cependant aussi laisser croire – de façon mensongère – qu’il s’agirait d’une production de la société. Hum…

Qu’à cela ne tienne, sachez que Divines est disponible sur Netflix depuis vendredi dernier. Et il faut chercher dans le moteur de recherche pour trouver le film de Houda Benyamina.

Nous y reviendrons.

Quelques liens :

Netflix devrait payer de la TPS/TVQ, croit le président du CRTC (Vincent Brousseau-Pouliot)

En avoir (ou pas) (Helen Faradji)

Lien YouTube.

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Lundi 21 novembre 2016 | Mise en ligne à 9h06 | Commenter Commentaires (35)

Ah ! Ces films qui nous horripilent…

Hacksaw Ridge - Affiche

Dans une chronique publiée aujourd’hui dans La Presse +, ma collègue Nathalie Petrowski explique à quel point Elle, le film de Paul Verhoeven dont la vedette est Isabelle Huppert, l’a horripilée. Cette réaction viscérale, tout à fait légitime, va (presque) complètement à l’encontre du sentiment général de la critique envers le film. Personnellement, Elle fait partie de ces œuvres qui, assurément, feront partie de ma liste des 10 films favoris de l’année 2016.

Quand, au Festival de Cannes, j’ai vu le nouveau film du réalisateur de The Fourth Man et de Basic Instinct (dont je ne suis pas toujours fan), j’ai apprécié la manière parfaitement anti-hollywoodienne qu’a empruntée le cinéaste en portant à l’écran un scénario de Dabid Birke, inspiré du roman Oh… de Philippe Djian.

Elle est une œuvre de fiction en forme de thriller, parsemée d’éléments d’humour très noir, qui s’amuse à tester les limites de la moralité, à jouer sur la notion de perversité, à transgresser tous les codes. En vérité, Elle n’a que faire des bons sentiments. Isabelle Huppert est absolument parfaite pour ce rôle.

Mais au-delà du sentiment personnel qu’on peut éprouver envers une œuvre, il est intéressant de constater à quel point, parfois, pas très souvent (heureusement !), certains films provoquent en nous une réaction épidermique, comme s’ils nous atteignaient – nous insultaient – dans notre propre chair. Rien à voir avec tous ces mauvais films desquels on sort habituellement sans trop de « dommage ». Ceux-là se logent très rapidement dans notre corbeille cervicale, comme s’ils n’avaient existé.

Le « cas » Mel…

J’ai aussi éprouvé ce genre de réaction cette année. Une fois. Pour Hacksaw Ridge, le nouveau film de Mel Gibson. La première mondiale du film a eu lieu à la Mostra de Venise. Le réalisateur de La passion du Christ nous refait le même coup, en dix fois pire. Il nous impose notamment une longue – très longue – scène de combat à la guerre, à côté de laquelle celle de Saving Private Ryan semble relever d’un conte de Disney. On ne compte plus les corps déchiquetés, éventrés, montrés en gros plans, parfois même au ralenti. On sent presque la jubilation malsaine du cinéaste derrière sa caméra, son plaisir à filmer de telles scènes d’horreur avec complaisance, pour en faire avant tout du spectacle. Hacksaw Ridge est un film qui, à vrai dire, m’a complètement dégoûté. « À vomir » pour emprunter le titre qui coiffe la chronique de ma collègue aujourd’hui.

Je suis sorti de cette projection complètement choqué, certain qu’à peu près tout le monde dénoncerait ce film abject à mes yeux, qualifié en outre de « catho porn » par Les Inrocks. Et bien, non. La presse festivalière, américaine en particulier, a salué la réhabilitation du cinéaste et a fait du film l’un des candidats sérieux pour la prochaine course aux Oscars. Sur les 157 critiques maintenant recensées sur Rotten Tomatoes, 85 % d’entre elles sont favorables. Chez Metacritic, la cote est de 71 (avec 45 critiques recensées).

Qui a tort ? Qui a raison ? Personne. Quand un film provoque une réaction aussi viscérale chez une personne et pas chez une autre, c’est qu’il n’est pas « neutre ». Et qu’il comporte dans son récit, ou sa manière, des éléments qui mettent sérieusement en péril l’objectivité de celui ou celle qui regarde.

Sachez que Nathalie et moi partageons la même indignation. Mais pas envers le même film.

Quelques liens :

« Elle »… me fait vomir (Nathalie Petrowski)

Le spectacle sanglant de Mel Gibson.

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Vendredi 18 novembre 2016 | Mise en ligne à 11h51 | Commenter Un commentaire

1:54 « millionnaire » : L’arbre qui cache la forêt ?

1-54 - Affiche

1:54, le film de Yan England, a franchi hier la barre du million de dollars de recettes au box-office. Il s’agit du deuxième film québécois « millionnaire » de l’année. Seul Les 3 p’tits cochons 2, une comédie pourtant très ordinaire, a fait mieux, terminant même sa carrière en salle avec des recettes de 2 881 287 dollars. L’an dernier, La guerre des tuques 3D, Le mirage, La passion d’Augustine et Paul à Québec ont fait partie du club sélect. Cette année, l’espoir se tourne maintenant du côté de Votez Bougon !, alors que, dès les 16 décembre, les vedettes de la célèbre série télé rappliquent au grand écran après une absence de 10 ans

On se réjouit, bien sûr, du succès – inattendu – de 1:54. Il prouve ainsi qu’il n’y a absolument aucune recette établie en matière de cinéma. Yan England doit d’autant plus savourer ce succès que son projet fut difficile à monter. Il se serait même fait dire par les institutions que le sujet de son film – l’intimidation en milieu scolaire – n’était plus pertinent…

Il appert pourtant que 1:54 a su attirer de nombreux jeunes spectateurs dans les salles, parmi lesquels, sans doute, peu ont l’habitude d’aller voir un film québécois.

Enjeu social requis ?

Récemment, mon collègue Brendan Kelly, du journal The Gazette, avançait l’hypothèse qu’hormis pour les comédies (et encore !), les spectateurs québécois avaient besoin d’un enjeu social pour être attirés dans les salles. Quand on regarde un peu ce qui se passe du côté du cinéma d’auteur, les chiffres ont tendance à lui donner raison. À part 1:54, tous les longs métrages dramatiques québécois ont fait maigre figure au box-office cette année. Même Juste la fin du monde, qui a attiré plus d’un million de spectateurs en France, n’a généré qu’environ 800 000 dollars de recettes au Québec depuis sa sortie. On est loin du score de Mommy (3,2 millions de dollars) mais cela était quand même prévisible. Dans l’esprit de plusieurs Québécois, Juste la fin du monde est un film français. Et le cinéma français n’est pas au meilleur de sa forme en nos terres.

Cela dit, le succès d’un film ne se mesure désormais plus seulement à sa performance au box-office. Tout le milieu est en questionnement. Récemment, à la demande de Marc Labrèche, qui fut rédacteur en chef de l’un de nos numéros spéciaux, nous avions d’ailleurs eu une discussion là-dessus avec quatre intervenants. Qui, sans en appeler à une refonte totale du système, reconnaissent qu’un coup de barre s’impose. L’ennui, c’est qu’au beau milieu de cette période de transformations technologiques, personne ne connaît encore le point d’arrivée.

Quelques liens :

Quebecers not hot for art films… (Brendan Kelly)

Le cinéma québécois à un tournant

Critique 1:54

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