Marc-André Lussier

Dimanche 24 mai 2015 | Mise en ligne à 6h09 | Commenter Commentaires (2)

Cannes : Retour sur l’ensemble de la compétition

Cannes 15 - Bannière blanche

Carol - AfficheMia Madre - Affiche

Carol et Mia Madre : les plus consensuels.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, le jury est confiné dans un endroit secret et délibère pour accoucher du palmarès du 68e Festival de Cannes. Aucun des 19 films présentés da la compétition officielle ne s’est distingué de façon particulière. Aucun n’a suscité non plus une vague d’affection du genre de celle qu’avait provoqué La vie d’Adèle il y a deux ans, ou, oui, disons-le, Mommy l’an dernier.

En revanche, la compétition fut quand même d’assez belle tenue dans l’ensemble. À part The Sea of Trees (Gus Van Sant) et Marguerite et Julien (Valérie Donzelli), qui ont pratiquement fait l’unanimité contre eux, chacun des longs métrages sélectionnés a su attirer des supporteurs. Carol (Todd Haynes) et Mia Madre (Nanni Moretti) ont fait consensus.

Avant l’annonce du palmarès (à 13 h aujourd”hui, heure du Québec), passons rapidement en revue tous les films de cette compétition 2015. À la fin, les choix et pronostics des deux envoyés spéciaux de La Presse.

Notez qu’en cliquant sur chacun des titres, vous accédez à la fiche complète du film, ainsi qu’à tous les documents vidéos (montée des marches, conférences de presse, etc.).

14 mai :
Umimachi Diary (Notre petite sœur) d’Hirokazu Kore-Eda:
Le réalisateur de Tel père, tel fils nous offre encore une fois un drame familial pétri de bons sentiments.

Tale of Tales (Il Racconto dei Racconti) de Matteo Garrone
Le cinéaste italien, reconnu pour Gomorra et Reality, nous offre cette fois un euro-pudding indigeste de langue anglaise, où personne ne s’exprime avec le même accent.

15 mai :
The Lobster de Yorgos Lanthimos
Le premier film anglophone du réalisateur de Dogtooth est une allégorie aussi absurde que jouissive à propos des pressions sociales qui encadrent les rapports sentimentaux et humains. Original, drôle et décapant.

Saul Fia (Le fils de Saul) de László Nemes
Alors que l’on croyait avoir déjà pratiquement tout vu, tout entendu à propos de la Shoah, voici que ce jeune cinéaste, né à Budapest en 1977, arrive avec une approche inédite, d’une rare puissance d’évocation, et un film d’une maîtrise à couper le souffle sur le plan de la réalisation.

16 mai :
Mia Madre (Ma mère) de Nanni Moretti
Le chef de file du cinéma italien contemporain nous offre sa Nuit américaine en confrontant le cinéma aux thèmes fondamentaux de l’existence. À la fois drôle, tendre, délicat et subtil dans la peinture des émotions.

The Sea of Trees de Gus Van Sant
Copieusement hué lors de la première projection, destinée à la presse, ce film – raté il est vrai – ne méritait quand même pas un accueil aussi violent.

17 mai :
Mon roi de Maïwenn
Cette autopsie d’un couple est parsemée de fulgurances, de moments de grâce parfois, mais aussi d’excès en tous genres, particulièrement sur le plan de l’interprétation.

Carol de Todd Haynes
En empruntant la forme d’un mélodrame classique, Todd Haynes magnifie l’époque qu’il décrit sur le plan de la direction artistique. Il offre ainsi un film qui s’inscrit dans la parfaite continuité de Far from Heaven,

18 mai :
La loi du marché de Stéphane Brizé
Un drame social de facture très réaliste, qui pourrait rendre fiers les frères Dardenne tellement l’approche est similaire.

Louder than Bombs de Joachim Trier
Le réalisateur d’Oslo, 31 août traduit bien les dissonances qui surgissent de l’histoire qu’il raconte mais il se dégage néanmoins de l’ensemble une impression d’inaccompli. Comme si Trier n’avait pas poussé son récit assez loin.

19 mai :
Sicario de Denis Villeneuve
Les festivaliers ont en général apprécié ce film pour ce qu’il est : un thriller de qualité supérieure, magnifiquement réalisé, qui n’est toutefois pas du moule dans lequel on coule habituellement l’or d’une Palme.

Marguerite et Julien de Valérie Donzelli
Quand l’histoire de la fabrication d’un film devient plus intéressante que le film en lui-même, voilà qui n’est pas très bon signe. C’est malheureusement le cas du nouveau film de la réalisatrice de La guerre est déclarée.

20 mai :
Youth de Paolo Sorrentino
Drôle et profond, ponctué de scènes oniriques parfois étonnantes, Youth est une réflexion à la fois tendre et lucide sur le temps qui passe. Et parfois cruelle.

Mountains May Depart (Shan He Gu Ren) de Jia Zhang-Ke
Un quart de siècle de la vie d’une famille. Si la peinture chinoise demeure à la hauteur de ce qu’on attend du cinéaste, on ne peut malheureusement en dire autant de la partie australienne…

21 mai :
Dheepan de Jacques Audiard
De façon franche, sans esbroufe, sans dramatisation à outrance non plus, Jacques Audiard propose un portrait saisissant de la réalité dans laquelle sont plongés les réfugiés.

The Assassin (Nie Yinniang) de Hou Hsiao-Hsien
Un film contemplatif, d’une beauté picturale saisissante, qui distille toutefois vite l’ennui. On aurait souhaité davantage qu’un beau livre d’images.

22 mai :
Chronic de Michael Franco
Une ferme volonté de réalisme dans la mise en scène chez cet émule de Michael Haneke. À cet égard, on ne pourrait faire plus dépouillé.Tim Roth offre une composition remarquable.

Valley of Love de Guillaume Nicloux
Un film sur la pérennité de l’amour et le rapport au deuil, marqué par les retrouvailles à l’écran d’Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. Émouvant.

23 mai :
Macbeth de Justin Kurzel
Une vision magnifique, pleine de  fureur et de sang, mais étonnamment classique dans son approche. Interprétation incandescente de Michael Fassbender.

Les choix et pronostics de Marc Cassivi et Marc-André Lussier.

Le tableau du journal spécialisé britannique Screen.

Compte Twitter : @MALussier

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article

 

Jeudi 21 mai 2015 | Mise en ligne à 1h03 | Commenter Un commentaire

Youth : Sorrentino séduit de nouveau

Cannes 15 - Bannière blanche

Youth - Affiche

Le cinéaste italien Paolo Sorrentino s’est amené sur la Croisette avec un film au cœur duquel figure une réflexion sur le temps qui passe, menée brillamment par Michael Caine, Harvey Keitel et Jane Fonda.

«Des enfants de 12 ans m’arrêtent dans la rue parce que je suis le majordome de Batman. Il ne me connaissent pas autrement !»

- Michael Caine

Il est assez remarquable de constater combien sont nombreux les films en anglais tournés par des cinéastes étrangers cette année. Seulement du côté des oeuvres sélectionnées en compétition officielle, on note que le Grec Yorgos Lanthimos (The Lobster), les Italiens Matteo Garrone (Tale of Tales) et Paolo Sorrentino (Youth), le Norvégien Joachim Trier (Louder than Bombs), le Mexicain Michel Franco (Chronic), sans oublier le Québécois Denis Villeneuve (Sicario), proposent leur plus récente offrande dans la langue de Shakespeare. Même Jia Zhangke fait (très mal) parler ses comédiens en anglais dans la dernière partie de son film Mountains May Départ.

Dans les cas de films produits entièrement aux États-Unis (c’est le cas de Sicario) ou dans un autre pays anglo-saxon, l’usage se justifie pleinement. On ne peut toutefois en dire de ces longs métrages produits par des pays européens, dont la langue nationale n’est pas l’anglais. Aussi cette domination linguistique commence-t-elle à inquiéter ici. Assez pour susciter un débat.

Certains parlent d’une simple coïncidence; d’autres y voient une menace à la diversité du cinéma européen. Et mondial. Des cinéastes revendiquent de leur côté la liberté de leurs choix artistiques, tout en précisant, comme l’a fait Yorgos Lanthimos, qu’ils disposent habituellement de meilleures ressources quand ils choisissent de tourner leur film en anglais. «Il faudra attendre de voir s’il s’agira de plus qu’une tendance passagère», a déclaré à l’Agence France Presse Thierry Frémaux, le délégué général du festival.

Une raison : Michael Caine

Avec Youth, Paolo Sorrentino n’en est pas à son premier film anglophone. C’est notamment à lui que l’on doit There Must Be the Place. Mais le cinéaste italien se fait aussi valoir grâce à des films tournés dans la langue de Dante. Il Divo (2008) a obtenu le prix du jury à Cannes. Il y a deux ans, La grande bellezza avait été écarté du palmarès cannois pour ensuite obtenir à peu près tous les autres prix possibles et imaginables au cours de l’année, y compris l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

S’il ne devait y avoir qu’une seule raison pour justifier la langue anglaise dans Youth, présenté hier en compétition, elle pourrait emprunter la forme d’un nom : Michael Caine. Le vétéran est tout simplement magnifique dans ce film  dont le scénario est construit autour de deux vieux amis artistes. L’un est un chef d’orchestre à la retraite (Caine), bien décidé à n’en sortir sous aucun prétexte (fut-il même royal). L’autre (Harvey Keitel) est un cinéaste qui, au contraire, bûche sur le scénario d’un film qu’il souhaiterait livrer en guise de testament artistique.

À la fois drôle et profond, ponctué de scènes oniriques parfois étonnantes, Youth est une réflexion à la fois tendre et lucide sur le temps qui passe. Et parfois cruelle. On notera au passage un morceau de bravoure de Jane Fonda, irrésistible dans la peau d’une vieille star de cinéma, venue en Suisse expressément pour lancer au visage du cinéaste qui l’a révélée ses quatre vérités. Quelques fabuleux traits de mise en scène se distinguent aussi de l’ensemble.

Les trois acteurs furent très applaudis par les journalistes lors de leur arrivée dans la salle où ont lieu les conférences de presse, mais Michael Caine a eu droit à une claque encore plus nourrie. L’acteur britannique, âgé de 82 ans, n’avait pas mis les pieds sur la Croisette depuis… 49 ans !

«J’étais venu avec Alfie, a-t-il raconté délicieusement. Comme on ne m’avait pas donné de prix, j’avais décidé de ne jamais revenir ! Mais je suis ravi d’être là car j’aime vraiment beaucoup ce film. Je veux le soutenir, qu’il ait un prix ou pas !»

Si jamais Youth était primé dimanche, le vétéran estime que la récompense devrait être partagée entre tous les artisans du film.

«À une certaine époque de ma vie, j’ai été soldat, a-t-il expliqué. Si tu t’en sors vivant, c’est grâce aux autres qui étaient là avec toi. Au cinéma, c’est pareil. C’est un travail de collaboration. Si tu survis, c’est grâce à tes partenaires.»

Dédié à Francesco Rosi

Paolo Sorrentino a par ailleurs expliqué ainsi la dédicace au grand cinéaste Francesco Rosi, mort en janvier dernier.

«D’abord, il s’agit d’un très grand cinéaste, qui en a influencé plusieurs autres, notamment Martin Scorsese. Il y a quelques années, je suis allé le voir et il m’a parlé d’une histoire de jeunesse. Ce fut l’élément déclencheur pour l’écriture de ce film.»

Un mot, enfin, sur l’affiche, racoleuse à souhait. On y voit les deux vétérans dans une piscine en train de regarder une superbe jeune femme nue. Or, le récit est beaucoup plus fin que cette affiche, qui pourrait laisser croire à une dérive libidineuse de deux hommes d’âge mûr. Cela dit, cette affiche a beaucoup ému Michael Caine.

«Quand ces deux hommes regardent cette splendide jeune femme, ils contemplent ce à quoi ils n’auront jamais plus accès. Ça m’a rendu triste. Moi j’ai pleuré en regardant cette affiche !»

Conférence de presse.

Compte Twitter : @MALussier

Un commentaire  |  Commenter cet article

 

Jeudi 21 mai 2015 | Mise en ligne à 1h02 | Commenter Aucun commentaire

Mountains May Depart : Jia Zhangke déçoit

Cannes 15 - Bannière

Mountains May Depart - Affiche

Jia Zhangke est l’un des cinéastes les plus estimés sur le circuit festivalier. Son remarquable film Still Life a obtenu le Lion d’or de la Mostra de Venise en 2006. Un prix du meilleur scénario lui a été remis ici même il y a deux ans pour son film précédent, A Touch of Sin.

Le cinéaste, aujourd’hui âgé de 45 ans, capte dans ses films les changements profonds qui s’opèrent chez les individus au fil de l’évolution fulgurante de la société chinoise. Mountains May Depart procède de cette volonté de façon ambitieuse. Ce nouveau film suit un quart de siècle de la vie d’une famille, de 1999 jusqu’en 2025. Ça commence avec petite chorégraphie collective sur le Go West des Pet Shop Boys et ça se termine avec la même petite chorégraphie, moins collective celle-là, au son de la même pièce. Entre les deux, vingt-cinq ans de la vie d’une femme se seront écoulés, et dix-huit de celle d’un fils qu’elle ne voit plus car il vit très loin. Avec un père qui, lui, a choisi de brasser de grosses affaires à Shanghai.

De mauvais acteurs

Il se trouve pourtant que dans cette Chine en profonde mutation, l’Australie fait quand même rêver d’une vie meilleure. Ainsi, père et fils y émigrent. Si la peinture chinoise demeure à la hauteur de ce qu’on attend du cinéaste, on ne peut malheureusement en dire autant de la partie australienne, où naissent des conflits culturels» entre le père et le fils.

Les acteurs étant alors obligés d’utiliser la langue du pays – donc, l’anglais –, ils deviennent, c’est malheureux à dire, atrocement mauvais. Comme s’ils empruntaient le ton d’une mauvaise réclame publicitaire.

De plus, le récit emprunte alors une tournure un peu étrange. Et perd toute espèce de crédibilité.

On a déjà connu Jia Zhangke mieux inspiré.

Conférence de presse.

Compte Twitter : @MALussier

Aucun commentaire  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • publicité

  • Calendrier

    septembre 2012
    L Ma Me J V S D
    « août   oct »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Archives

  • publicité