

(photo: Reuters)
Pour compléter l’article publié aujourd’hui dans La Presse, voici l’intégralité des questions / réponses échangées par courriel avec Thierry Frémaux.
Le Festival de Cannes trône toujours au sommet des plus grands événements cinématographiques du monde. Alors qu’il s’apprête à réunir les cinéphiles pour une 65e fois, comment expliquez-vous sa longévité et sa réputation?
Doit-on tenter de l’expliquer ? Cannes relève d’une alchimie permanente, dont la composition magique est inconnue, sauf parfois de nous. Parfois, parce qu’il m’arrive moi-même d’être épaté ! Dans l’équipe on a toujours à l’esprit l’idée suivante : «Ne pensons jamais que Cannes est le plus grand festival du monde, mais faisons tout pour qu’il le reste».
On remarque cette année une forte présence du cinéma d’auteur américain dans la sélection. Quelles sont les raisons de cette effervescence d’après-vous?
Il y a une question de tempo : ces films-là étaient prêts et forment en effet quelque chose de cohérent dans ce «nouveau cinéma d’auteur américain». Il y aura d’autres beaux films américains de même nature, à l’automne prochain. Il y a aussi une question de production : de nouveaux opérateurs interviennent et on en voit les effets. Enfin, il y a peut-être l’augure d’un nouveau cycle pour le cinéma américain qui viendra combler le fossé qui sépare le «petit» cinéma indépendant et le «gros» cinéma de blockbusters des studios.
Est-il désormais plus difficile de construire la programmation à l’heure des médias sociaux, où pullulent rumeurs et spéculations en tous genres?
Pour nous, non. Pour ceux qui veulent croire quelques unes des sornettes qui circulent, oui. Je suis un grand adepte d’internet et je ne vois pas en lui un monstre incontrôlable. Il s’agit que chacun là où il est contribue à en faire un espace où les idées et les informations circulent normalement. La rumeur est constitutive de la légende cannoise, donc internet va la faire évoluer. Après, j’espère que les «twitters fous» respecteront les films et n’écriront pas de façon intempestive pendant les projections.
Au cours des 20 dernières années, deux longs métrages québécois ont eu l’honneur de concourir pour la Palme d’or (Léolo en 1992; Les invasions barbares en 2003). Or, le cinéma québécois n’a pratiquement jamais autant rayonné sur la scène internationale (deux nominations consécutives aux Oscars notamment). Entre 1972 et 1980, pas moins de sept longs métrages québécois ont été retenus pour la compétition à Cannes. Comment expliquez-vous notre présence plus rare dans la section phare du Festival depuis deux décennies?
Là encore, question de tempo, question d’opportunité. Nous aimons le cinéma québécois. Un mauvais concours de circonstances ne nous a pas permis de montrer «Incendies», le beau film de Denis Villeneuve, ce que je regrette, mais sinon, je crois que nous avons fait au mieux. Entre les sections parallèles et la Sélection officielle, les bons films du Québec qui nous sont présentés sont en général montrés à Cannes. Mais peut-être que ce n’est pas assez aux yeux des Québécois !
Lors de la conférence de presse annonçant la sélection, vous avez précisé qu’à l’âge de 23 ans, Xavier Dolan a encore beaucoup de temps devant lui et qu’il aura sans doute l’occasion de revenir à Cannes en compétition. Est-ce que l’âge du cinéaste a été un critère dans votre décision de sélectionner Laurence Anyways à Un certain regard plutôt qu’en compétition officielle?
Non, pas du tout. J’ai juste été questionné sur le film de Xavier Dolan et la raison pour laquelle il n’était pas en compétition. Question étrange. S’il n’y est pas, c’est qu’il n’y est pas, comme beaucoup de films sur les 1779 que nous avons vus. Il est au Certain Regard, en très belle compagnie, avec de grands cinéastes très fiers d’y figurer. Dans les conférences de presse, quelques journalistes ne s’intéressent qu’aux cinéastes de leur pays, autre étrangeté à mes yeux. J’ai évoqué l’âge de Xavier Dolan pour dire que c’est un cinéaste brillant et qu’il est évident qu’à l’avenir il sera en compétition. S’il avait eu plus de 100 ans comme Oliveira, j’aurais moins été en mesure de parler de lui au futur.
Le site officiel du Festival de Cannes.
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