Marc-André Lussier

Mercredi 18 janvier 2017 | Mise en ligne à 17h35 | Commenter Commentaires (9)

Un nouveau distributeur : oui mais encore ?

logo MK2

« La situation qui prévaut présentement au Québec et au Canada constitue un exemple de ce qu’il faut essayer d’éviter un peu partout ! »
- Nathanaël Karmitz, directeur de MK2

Comme vous le savez sans doute, un nouvel acteur vient de faire son entrée dans le monde de la distribution de films au Québec. MK2 | Mile End est une société dirigée par Charles Tremblay, anciennement de Métropole Films, dans laquelle la société parisienne MK2 s’implique à titre d’actionnaire minoritaire.

Pour les cinéphiles québécois, cela constitue une bonne nouvelle. Dès cette année, l’offre sera en effet enrichie d’une vingtaine de longs métrages étrangers. Le premier film portant la bannière MK2 | Mile End prendra l’affiche le 3 mars. Il s’agit d’Une vie, le plus récent film de Stéphane Brizé (La loi du marché).

Mais le cinéphile verra-t-il une différence au point de vouloir se ruer de nouveau dans les salles de cinéma existantes ? Cela est moins sûr. À mon sens, le vrai test aura lieu le jour où MK2 implantera chez nous son modèle en inaugurant un nouveau complexe multisalles, lequel, selon Charles Tremblay, pourrait voir le jour vers la fin de 2018. L’endroit où sera construit le nouveau cinéma à Montréal est sans doute déjà choisi mais les principaux intervenants refusent de dévoiler le moindre détail à ce propos pour l’instant.

Il convient alors de se demander si la relance du cinéma en salles au Québec passe obligatoirement par l’arrivée d’un nouveau complexe. Pour emprunter la formule normande, on dira peut-être oui, peut-être non. Une chose est certaine, les exploitants français semblent avoir trouvé le moyen de séduire les spectateurs et de les ramener dans leurs salles. Ils ont été 213 millions à fréquenter les cinémas en 2016, soit une augmentation de 3,6 % par rapport à 2015. Il s’agit du deuxième meilleur résultat depuis 50 ans !

Mais nous ne sommes pas en France. Au Québec, la courbe suit plutôt une trajectoire inverse. Sur le plan des recettes, on passe de 182 736 238 $ en 2015 à 173 780 926 $ en 2016, soit une baisse de 4,9 %.

En 2015, une hausse de 6,4 % avait pourtant été enregistrée. Le Québec empruntant le système de calcul nord-américain – les recettes plutôt que le nombre de spectateurs – il devient cependant difficile d’avoir vraiment l’heure juste. D’une certaine façon, les nombreuses variations de tarifs viennent fausser les données.

Une situation très complexe

MK2 réussira-t-il là où tous les autres, ou presque, ont échoué ? Bien sûr, le Cinéma Beaubien porte haut et fort – et magnifiquement – le flambeau du cinéma autre qu’américain. Mais il ne peut tout faire. Un nouveau complexe convivial, accessible (y compris aux banlieusards !), attrayant, situé dans un quartier dynamique sera assurément le bienvenu.

Cela dit, un distributeur ne peut régler à lui seul la situation très complexe dans laquelle est plongé le monde de la distribution, souvent inféodé à celui des États-Unis. Rappelons que le Québec – le Canada entier à vrai dire – fait partie du marché « intérieur » américain. On ne refera pas ici l’exposé pour la énième fois, mais rappelons aussi qu’en vertu d’une disposition de la Loi sur le cinéma, plusieurs grands titres internationaux arrivent chez nous en sous-distribution grâce à une société québécoise ayant pignon sur rue sur notre territoire. En vérité, le distributeur américain tire pratiquement toutes les ficelles quand même.

On peut cependant voir un signe encourageant dans cette volonté qu’ont les patrons de MK2 | Mile End de casser le moule de la sous-distribution, lequel produit parfois de véritables catastrophes. Ce fut notamment le cas du film de Xavier Giannoli, Marguerite, coincé pendant des mois dans un imbroglio avec le distributeur américain. Résultat ? Le film a pris l’affiche au Québec plus d’un an après sa sortie en France. Il a généré chez nous des recettes d’à peine 103 615 dollars. Pour un film de cette envergure, c’est carrément ridicule.

J’espère sincèrement me tromper, mais je crains que Frantz, l’excellent film de François Ozon, ne subisse le même sort. Acquis par la société américaine Music Box, qui le sortira au mois de mars, Frantz ne figure encore sur aucun de nos radars. Lancé à la Mostra de Venise l’an dernier, il sort en Blu-ray / DVD aujourd’hui en France…

On peut aussi s’inquiéter du sort de Voyage à travers le cinéma français, le remarquable documentaire – de plus de trois heures – que Bertrand Tavernier vient de consacrer aux films qui ont marqué son enfance et sa jeunesse. Encore là, un distributeur américain en détient les droits.

Si jamais MK2 | Mile End parvient à avoir assez d’influence auprès des vendeurs français – qui cèdent souvent les droits de leurs films pour l’ensemble du territoire nord-américain – et réussissent à enfin casser ce moule trop contraignant, on ne pourra que s’en réjouir. Croisons-nous les doigts.

Quelques liens :

Un nouvel acteur dans l’industrie du cinéma.

Dossier « Marguerite » : un gâchis.

Lien YouTube.

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Vendredi 16 décembre 2016 | Mise en ligne à 8h23 | Commenter Commentaires (11)

Oscar langue étrangère : par ici les surprises !

Juste la fin du monde - Affiche

Le film de Xavier Dolan est présélectionné

Comme l’a si bien dit ma collègue Émilie Perreault sur les ondes du 98,5 : Dans ta face Indiewire ! On se rappellera que le 23 septembre dernier, au moment où Téléfilm Canada a annoncé que Juste la fin du monde allait représenter le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, Anne Thompson avait signé un article dans lequel elle fustigeait cette décision, estimant que le Canada avait pratiquement bousillé ses chances.

Honnêtement, la présence de Juste la fin du monde parmi les neuf films présélectionnés par l’Académie hier a quand même de quoi surprendre. Il y a deux ans, Mommy, très appuyé par la critique américaine, figurait dans tous les pronostics mais avait été écarté dès le premier tour. Juste la fin du monde, au contraire, a été très malmené par des critiques américains influents lors de sa présentation à Cannes et doit depuis lutter contre ce mauvais «buzz» auprès de la presse anglophone. Personne, ou presque, ne s’attendait à le voir franchir cette deuxième étape aux Oscars. Et pourtant, le voilà !

Ce n’est que le 24 janvier, au moment où seront annoncées l’ensemble des mises en nominations, que nous saurons si le film de Dolan figure parmi les cinq finalistes.

Cela dit, le processus de sélection  - très compliqué dans cette catégorie – a beau être peaufiné, et même être pondéré depuis quelques années par un collège de «grands électeurs», des surprises ont toujours lieu. Parmi les candidats sérieux que l’Académie a d’ores et déjà éliminés, Elle (Paul Verhoeven) est probablement le titre qui suscite le plus d’émoi. Est-ce à dire que les chances pour Isabelle Huppert de décrocher une citation dans la catégorie de la meilleure actrice diminuent d’office ? Pas nécessairement.

On remarque aussi l’absence de Julieta (Pedro Almodóvar), Neruda (Pablo Larraín), de même que celle du magnifique film italien Fuocoammare, lauréat de l’Ours d’or à Berlin. Le documentaire de Gianfraco Rosi est toutefois présélectionné dans la catégorie du meilleur documentaire.

La suite des choses ? Trois comités de 10 personnes, formés de membres différents de ceux qui sont passés à travers les 85 longs métrages soumis à l’Académie, visionneront les neuf longs métrages présélectionnés et détermineront les cinq finalistes.

Les neuf films encore en lice :

Toni Erdmann de Maren Ade (Allemagne)
Tanna de Bentley Dean et Martin Butler (Australie)
Juste la fin du monde de Xavier Dolan (Canada)
Land of Mine de Martin Zandvliet (Danemark)
Le client (The Salesman) d’Asghar Farhadi (Iran)
The King’s Choice d’Eric Poppe (Norvège)
Paradise d’Andrei Konchalovsky (Russie)
A Man Called Ove de Hannes Holm (Suède)
Ma vie de Courgette de Claude Barras (Suisse)

Quelques liens :

Why Canada Threw Away Their Submission on Xavier Dolan (Indiewire)

How the Academy Picks the Foreign Language Shortlist (Indiewire)

Compte Twitter : @MALussier

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Jeudi 8 décembre 2016 | Mise en ligne à 16h24 | Commenter Commentaires (17)

Villeneuve et Dolan rayonnent…

Arrival - Photo

Denis Villeneuve et Amy Adams sur le plateau de Arrival
(Photo : Paramount Pictures)

Denis Villeneuve pourrait-il devenir le premier cinéaste québécois à décrocher une citation pour l’Oscar de la meilleure réalisation ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais il est clair que son film Arrival fait partie des films qui semblent être sur la bonne voie en vue de la saison de remises de prix. Le site spécialisé Indiewire a même inscrit le nom du réalisateur parmi les cinq cinéastes ayant les meilleures chances d’être retenus aux Oscars. Nous serons davantage fixés le 12 janvier, quand la Director’s Guild annoncera les noms des finalistes pour son prestigieux prix.

2017 Oscars Predictions : Best Director (Indiewire)

On peut voir cette interview (en anglais) qu’a récemment accordée Denis Villeneuve à la chaîne DP/30 : The Oral History of Hollywood.

Lien YouTube

Par ailleurs, Xavier Dolan a toujours eu du mal à s’imposer aux États-Unis, hors du cadre des publications spécialisées et branchées. Indiewire, qui l’a toujours soutenu, a même été très sévère à propos de son plus récent film, Juste la fin du monde (comme plusieurs médias influents américains, du reste).

Death and Life - Photo

Xavier Dolan et Kit Harrington
(Photo : Shayne Laverdière pour Sons of Manual)

Il est quand même fascinant de constater que, même si ses films ont encore du mal à se faire valoir là-bas, le cinéaste québécois reste une personnalité qui intéresse grandement les médias américains. CNN lui a récemment consacré un reportage dans le cadre de la série Masters at Work, lequel révèle des images inédites de The Death and Life of John F. Donovan, son premier film anglophone. Variety lui a demandé de s’exprimer sur l’un de ses coups de coeur cinématographiques de l’année (Jackie).

Lien YouTube

On saura bientôt si Juste la fin du monde sera retenu dans la première sélection des neuf films que choisiront les membres de l’Académie pour déterminer les finalistes dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère aux Oscars. Contrairement à Mommy il y a deux ans, le titre ne figure guère dans les pronostics, cela dit. Mais sait-on jamais…

Quelques liens :

Mostra de Venise : La vie intense de Denis Villeneuve

Denis Villeneuve, cinéaste planétaire

The Death and Life of John F. Donovan : confidences d’acteurs

The Death and Life of John F. Donovan : en orbite autour d’une star

Xavier Dolan on Jackie : Directors on Directors (Variety)

Compte Twitter : @MALussier

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