Marc-André Lussier

Lundi 15 septembre 2014 | Mise en ligne à 13h58 | Commenter Commentaires (4)

No Good Deed et son fameux «secret»…

No Good Deed - Affiche

Certains distributeurs rivalisent désormais d’imagination pour éviter une critique présumée négative…

Il faut croire que la stratégie a bien fonctionné. Le thriller No Good Deed s’est hissé en tête du box-office nord-américain ce week-end.* Vous n’avez pourtant guère eu l’occasion, ceci expliquant peut-être cela, de lire des critiques de ce film au Québec ou ailleurs. Il arrive assez souvent que des films de genre ne soient pas montrés à la presse cinéma. Nous n’en faisons pratiquement plus de cas tellement les exemples se multiplient.

Mais là, le studio Screen Gems a franchi une nouvelle étape.

Habituellement, un distributeur qui veut tenir les journalistes à l’écart n’organise tout simplement pas de visionnement destiné à la presse, ni de soirée d’avant-première. Dans ces circonstances, le (la) critique qui tiendrait à rédiger quand même une recension devra tout simplement aller rattraper le film en salle dès le premier jour de la sortie, soit le vendredi. L’ennui, c’est que la plupart des sections «Cinéma» des principaux journaux sont alors déjà bouclés.

La différence, ici, est que Screen Gems avait organisé des soirées d’avant-premières dans les principales ville d’Amérique du Nord, y compris à Montréal, lesquelles devaient avoir lieu mercredi soir dernier. Mais le studio a tout annulé à moins de 12 heures d’avis en évoquant une raison pour le moins hallucinante : le récit contiendrait «un revirement qu’on ne veut pas révéler par crainte d’altérer l’expérience du public en salle». Wow. C’est dire que dans les officines, on se serait rendu compte de cette «crainte» le matin même !

En plus de 25 ans de carrière, j’ai rarement vu une excuse aussi bidon sortir d’un service de communications. D’autant que les critiques se font habituellement un devoir de ne pas révéler les «punchs» d’une histoire. Gare à celui ou celle qui s’aventurera sur ce terrain. Une volée de bois vert et une flopée de courriels d’insultes l’attendent. Chez les Anglo-saxons, on utilise l’expression «Spoiler Alert» dès qu’il s’agit d’évoquer un élément du récit dont un spectateur non averti préférerait ignorer l’existence.

No Good Deed est à l’affiche depuis vendredi. Si on suit cette logique, le fameux revirement du récit devrait maintenant être connu, non ? Vous en avez entendu parler ? Pas moi.

Tout cela pour dire que certains distributeurs rivalisent désormais d’imagination pour éviter une critique présumée négative. Sur Rotten Tomatoes, 29 critiques de No Good Deed ont été recensées au moment d’écrire ces lignes. La cote critique est de 14 %.

Ceci explique probablement cela aussi.

* Il est toutefois classé au quatrième rang au Québec


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Vendredi 12 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h16 | Commenter Commentaires (49)

Mommy : une exploitante mécontente… (Ajout)*

Mommy - 1

Fanny Robert, copropriétaire du Cinéma Aylmer à Gatineau, a rendu publique aujourd’hui une lettre qu’elle a fait parvenir à Patrick Roy, président des Films Séville. En gros, madame Robert déplore le fait qu’elle ne pourra présenter Mommy dans l’une de ses salles lors de sa sortie, prévue le 19 septembre. Sa missive met en outre en lumière la difficulté qu’ont certains exploitants indépendants.

Suite à la publication de cette lettre, Patrick Roy a fait valoir son point de vue. Je reproduis intégralement les deux missives. Pas facile le monde de la distribution de films au Québec !

Lettre ouverte à Patrick Roy, président des Films Séville

Le cinéma québécois : tout commence par l’accès à la bobine !

Cher Monsieur,

Je vous écris à la veille de la sortie de Mommy, le cinquième film de Xavier Dolan, sur les écrans québécois pour vous faire part de mon désarroi devant votre attitude.

À titre de jeune entrepreneure et de propriétaire du Cinéma Aylmer, j’attendais avec impatience, tout comme mes collègues propriétaires de salles indépendantes, l’annonce de la date de sortie du film, fixée au 19 septembre 2014. Je me faisais une joie et une fierté de présenter à mes clients cinéphiles ce film tant attendu, couronné par le Prix du Jury au plus récent Festival de Cannes. Couvert d’éloges et de prix internationaux prestigieux, ce film qui raconte une histoire proche des gens et qui sort à un moment propice, nous laissait présager que nous aurions un produit de haut calibre à présenter. Mommy s’annonçait comme un rayon de soleil dans une année morose pour notre industrie.

Mais voilà, le rideau est tombé et on m’avise que je ne peux pas avoir de copie! Serait-ce que son distributeur n’a pas assez de disques durs pour nous acheminer le film? Mais non. On me répond que la clientèle de Xavier Dolan se centralise à 80% à Montréal. C’est pourquoi, le film sera principalement présenté dans la région métropolitaine, avec certaines exceptions ailleurs au Québec. Et selon le succès qu’aura le film à Montréal, peut-être que d’autres endroits tels qu’Aylmer, Alma, Val-d’Or ou Magog pourront le présenter deux semaines plus tard, lorsque le film aura sans doute déjà été piraté et que les entrées seront en chute libre. Est-ce ce à quoi je m’attendais de ce film? NON. Est-ce que c’est ce à quoi M. Dolan s’attendait de la part de son distributeur québécois? Sûrement pas…

Aujourd’hui, c’est Mommy, l’an dernier c’était Gabrielle, en 2011 c’était Monsieur Lazhar et en 2010 c’était Incendies et la liste s’allonge… Au final, les grands succès québécois des dernières années n’auront pas été accessibles dans votre cinéma préféré…

De nos jours, en cette ère du numérique et des communications, ce genre de situation ne devrait pas exister. L’accès au contenu devrait être rapide et encore plus flexible! De la même façon que les câblodistributeurs offrent leurs contenus de vidéo sur demande en même temps, et pour tout le monde!!! Malheureusement, le modèle de discrimination/segmentation de marché demeure toujours une pratique courante dans le milieu du cinéma alors que celui-ci doit faire face à une vive concurrence des autres médias de divertissement.

Je me permets d’exposer ici cette réalité vécue par d’autres cinémas de taille modeste du Québec, car, comme eux, je ne pourrai pas présenter ces films québécois à leur sortie. Nous ne sommes pas dans les plans des grands bonzes du septième art qui pontifient au Québec. Alors nous allons devoir retourner notre clientèle chez elle, ou simplement leur expliquer qu’à l’avenir, ceux-ci doivent aller dans un autre cinéma de plus grande taille pour profiter des vraies sorties des films québécois… Ou encore attendre la sortie en vidéo sur demande.

Et on nous reprochera à nous, les propriétaires de salles indépendantes, de ne pas programmer de films québécois. Mais vous le savez maintenant : ce n’est pas faute de bonne volonté de notre part. Nos écrans et nos installations sont pourtant d’aussi bonne qualité que celles des multiplex.

Fanny Robert
Copropriétaire
Cinéma Aylmer

La réplique de Patrick Roy :

Chère Madame Robert,

Je tiens à rectifier certains faits à la suite de la lettre que vous m’avez envoyée aujourd’hui le 12 septembre.

Tout d’abord, il est faux de prétendre que Mommy ne sera présenté que dans la région de Montréal à partir du 19 septembre prochain. En effet, le film pourra être vu dans plus d’une cinquantaine de cinémas répartis dans toutes les régions du Québec. Il s’agit de la plus importante sortie pour un film de Xavier Dolan dont les films précédents avaient été distribués sur un maximum de 25 écrans (pour Laurence Anyways en 2012). De plus, il s’agit d’une sortie initiale beaucoup plus importante que pour les films Incendies (28 écrans), Monsieur Lazhar (28 écrans) ou Gabrielle (32 écrans), trois films que nous avons lancés approximativement à la même date et avec une stratégie de lancement similaire. Je tiens aussi à préciser que les cinéphiles de la région de l’Outaouais seront bien servis puisque Mommy y sera présenté dans deux cinémas.

Pour de nombreux experts du milieu, il s’agit d’une sortie audacieuse puisqu’ils s’attendaient à un nombre d’écrans beaucoup moins élevé lors de la sortie initiale. Nous prenons toutefois le pari de lancer Mommy dans toutes les régions du Québec parce que nous croyons que le film peut rejoindre un large public. En effet, notre campagne qui a débuté à Cannes en mai dernier et qui s’est intensifiée au cours des dernières semaines nous a permis, je pense, de créer un désir de la part du public de découvrir cette grande œuvre de Xavier Dolan.

Pour ma part, je ne reproche jamais aux propriétaires indépendants leur choix de programmation, et ce que les films soient québécois ou américains. Je respecte aussi le fait que les films ne font parfois que rester brièvement sur vos écrans lorsque les recettes ne sont pas à la hauteur de vos attentes ou qu’un nouveau film vous semble plus intéressant. Je vous invite donc à respecter nos stratégies de lancement qui visent essentiellement à lancer nos films sur le nombre adéquat d’écrans afin qu’ils aient une belle et longue carrière et puissent ainsi rejoindre un maximum de cinéphiles. Comme je le dis souvent, le défi pour nous n’est pas de trouver des écrans pour nos films, mais plutôt de les conserver sur une longue période.

Évidemment, à chaque fois que nous optons pour une sortie contrôlée d’un film, nous avons des choix difficiles à faire et vous avez assez d’expérience pour savoir sur quoi sont basées nos décisions. En effet, nous analysons de façon rigoureuse les résultats de films comparables dans tous les cinémas du Québec et nous optons donc pour les salles les plus performantes dans toutes les régions. C’est ce que nous avons fait pour Mommy et c’est la raison qui explique que nous ne vous avons pas offert ce film pour la sortie initiale du 19 septembre. Mais sachez que mon souhait le plus cher est évidemment de voir le public se déplacer en grand nombre pour voir Mommy dès le premier week-end. Nous pourrons alors avec grand plaisir ajouter des copies dès la semaine suivante afin de répondre à la demande.

Patrick Roy
Président
Les Films Séville

*AJOUT : La réaction de Xavier Dolan

Sur Twitter, Xavier Dolan a répondu en neuf tweets – forcément de façon télégraphique – à un abonné qui trouvait la réplique Patrick Roy «floue au mieux et arrogante au pire». Voici ses gazouillis.

Je comprends très mal la méprise autour de cette réponse. Les chiffres parlent…

Le film sort et en fonction de la demande, l’offre augmente. Ca me paraît être le BaBa.

Je ne comprends ni ce qui est flou, ni ce qui est arrogant.

Une propriétaire de salles accuse de façon sensationnaliste un distributeur qui fait sa job.

On ne peut sortir à perte dans l’entièreté des salles québécoises et prétendre que la vie est un rêve.

Les chiffres de cet exploitant de salles sont déficitaires pour ce distributeur, empiriquement parlant.

C’est donc normal qu’il préfère attendre avant d’ouvrir dans cette salle.

Ça ne veut pas dire qu’il favorise la ville au détriment de la région, ni le cash au détriment de l’art.

Ni aucune autre grande conclusion répondant à un besoin stupide de scandale. The end.

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Lundi 8 septembre 2014 | Mise en ligne à 8h04 | Commenter Commentaires (3)

La politique de primeurs du TIFF: une bonne stratégie ?

Wild - 1

Reese Witherspoon dans Wild

«Si on ne fait pas attention, il peut nous arriver ce qui est arrivé à Montréal !»
- Un journaliste torontois

La fameuse règle du «seulement des premières mondiales ou nord-américaines au cours du premier week-end» a pris fin. Instaurée cette année, cette règle donnait aux producteurs l’obligation de faire un choix entre le festival de Telluride et le TIFF. Les productions qui acceptaient l’invitation du petit festival du Colorado (qui ne montre pas plus d’une trentaine de longs métrages) ne pouvaient être alors présentées au TIFF au cours du premier week-end, de loin le plus convoité. Et fréquenté.

Aujourd’hui, les équipes des films ayant été lancés à Telluride commencent à arriver en ville. Au programme : Wild (Jean-Marc Vallée), The Imitation Game (Morten Tyldum), Foxcatcher (Bennett Miller), etc. Tous ces films arrivent précédés d’une rumeur favorable déjà acquise dans les montagnes (de même qu’à Cannes dans le cas de Foxcatcher).

Alors ? Cette stratégie s’est-elle révélée payante pour le TIFF ? Tout dépend à qui vous posez la question. Tous les journalistes torontois à qui j’ai parlé – sans exception – soutiennent cette décision, histoire de riposter contre ce qu’ils considèrent être une concurrence déloyale de la part de Telluride. «Si on ne fait pas attention, il peut nous arriver ce qui est arrivé à Montréal !», m’a même dit l’un d’entre eux.

En revanche, à peu près tous les visiteurs pestent contre cette décision. Qui pourrait avoir l’effet d’un ressac. Des producteurs préféreront toujours aller attirer l’attention à Telluride avant de venir «noyer» leur film parmi les 285 longs métrages que le TIFF présente.

L’enjeu ? La course aux Oscars. Le TIFF tient à sa réputation d’éclaireur à ce chapitre. Or, bien peu de candidats sérieux ont émergé de ce week-end de primeurs mondiales. Du moins, pour l’Oscar du meilleur film. À mon avis, la meilleure primeur présentée ici est Nightcrawler, un film remarquable de Dan Gilroy, dans lequel Jake Gyllenhall compose un personnage saisissant. Étrangement, peu de gens en parlent. Oh well


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