Marc-André Lussier

Samedi 24 septembre 2016 | Mise en ligne à 14h40 | Commenter Aucun commentaire

Oscars : Le Canada a-t-il vraiment miné ses chances ?

Téléfilm 2

Nancy Grant et Xavier Dolan
(Photo fournie par Téléfilm Canada)

Il est vrai que les choix des membres de l’Académie sont parfois très différents de ceux des critiques. Mais le fait est qu’au départ, ce sont les critiques qui attirent l’attention des membres de l’Académie en exerçant pour eux – sans le savoir – un premier tri.

Pourquoi le Canada s’est-il éliminé d’office en choisissant le film de Xavier Dolan dans la catégorie de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère ? C’est, en gros, ce que se demande Indiewire dans un article mis en ligne peu de temps après que Téléfilm Canada ait annoncé que Juste la fin du monde allait porter les couleurs canadiennes dans la prochaine course. C’est notamment sur Indiewire que nous avions pu lire les échos des critiques les plus virulentes au moment de la présentation cannoise du film de Xavier Dolan.

Dans une course aux Oscars, il ne faut jamais oublier de se replacer dans un contexte américain. Et dans le contexte actuel, c’est peut-être « plate » à dire, mais Indiewire a probablement raison. On ne peut reprocher au comité de sélection canadien (constitué 23 délégués de différentes associations professionnelles réparties à travers le pays) d’avoir fixé son choix sur Juste la fin du monde. Parce que, quoi qu’en disent les détracteurs, il s’agit d’abord et avant tout d’un film de grande qualité.

Toutefois, force est de reconnaître que les alternatives se faisaient aussi très rares. Pour être pris en considération, un film doit avoir été à l’affiche dans son pays d’origine pendant au moins une semaine et ce, avant le 30 septembre. Voilà qui exclut d’emblée Ceux qui font la révolution à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau (Mathieu Denis et Simon Lavoie), lauréat du meilleur film canadien au TIFF (sortie en salle début 2017). Certains ont aussi avancé que Maliglutit, le nouveau film du réalisateur d’Atarnajuat, Zacharias Kunuk (qui clôturera le Festival du nouveau cinéma de Montréal), aurait pu être retenu. Encore là, ce drame tourné en langue inuktitut a beau avoir été lancé au TIFF, je ne crois pas – sauf erreur – qu’il ait déjà pris l’affiche en programme régulier ailleurs au pays.

Honnêtement, vous auriez vu un autre film que celui de Dolan parmi tous les films canadiens – tournés dans une autre langue que l’anglais – ayant pris l’affiche depuis le début de l’année ? Sans oublier que le choix doit être fait en fonction d’une opération séduction chez les membres de l’Académie ? On cherche. Fort.

Des pairs plutôt que des journalistes

Lors de la conférence de presse tenue par Téléfilm Canada, Xavier Dolan et Nancy Grant (sa coproductrice) reconnaissaient implicitement qu’il y a très loin de la coupe aux lèvres. Ils estiment néanmoins qu’il vaut quand même le coup de mettre toute la gomme et d’aller faire campagne à Los Angeles. Leur argument tient au fait que l’Académie n’est pas constituée de journalistes mais de pairs. Des artistes qui, peut-être, seront plus sensibles à leur démarche et pourront apprécier le film pour ce qu’il est.

Ils comptent aussi miser sur la présence des acteurs, tous déjà connus des professionnels américains. Marion Cotillard a déjà un Oscar en main grâce à La vie en rose. Vincent Cassel a souvent joué dans des productions internationales et américaines (« Cassel ? Il nous met tous dans sa petite poche ! », a déjà déclaré George Clooney) ; Léa Seydoux sort d’un James Bond (Spectre) ; Nathalie Baye a joué dans un Spielberg (Catch Me if You Can), et Gaspard Ulliel, en plus d’être l’image de « Bleu de Chanel » (spot tourné par Martin Scorsese), a déjà été Hannibal…

Cela dit, il est indéniable que le cinéma de Xavier Dolan a du mal à se faire valoir aux États-Unis. Il y a deux ans, plusieurs spécialistes américains pensaient que la sélection de Mommy parmi les cinq finalistes ne serait qu’une simple formalité. Or, il n’a même pas franchi le premier tour. Alors que le film connaissait un très grand succès public auprès du public français (près de 1 200 000 spectateurs) et québécois (371 029 spectateurs), personne (ou presque) n’est allé le voir en salle aux États-Unis, malgré une presse très favorable. Rappelez-vous. Certains médias américains avançaient même qu’Anne Dorval avait peut-être des chances d’être en nomination dans la catégorie de la meilleure actrice !

Un contexte complètement différent

Cette fois, le contexte ne pourrait être plus différent. La presse américaine n’est pas là pour partir le « buzz » à propos de Juste la fin du monde. Il est vrai que les choix des membres de l’Académie sont parfois très différents de ceux des critiques. Mais le fait est qu’au départ, ce sont les critiques qui attirent l’attention des membres de l’Académie en exerçant pour eux – sans le savoir – un premier tri. Et le fait est qu’aux États-Unis, la réputation du film de Dolan est déjà entachée par les mauvais échos que les médias américains ont relayés depuis Cannes. Oui bien, sûr, Juste la fin du monde a obtenu le Grand Prix, le deuxième laurier en importance du festival (et la plus importante récompense jamais remportée par un film québécois sur la Croisette). Savez quoi ? Les Américains se foutent complètement du palmarès du Festival de Cannes. Pour la majorité d’entre eux, cela n’est même pas une référence.

Alors oui, la pente sera difficile à remonter. C’est certain. L’histoire nous a cependant souvent appris que les membres de l’Académie ne ménageaient pas leurs surprises. On verra ça fin décembre ou début janvier, alors que seront annoncés les neuf concurrents qui pourront poursuivre la course.

Les liens :

Why Canada Threw Away Their Foreign-Language Submission… (Indiewire)

La liste des candidats (au 24 septembre)

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Jeudi 8 septembre 2016 | Mise en ligne à 12h46 | Commenter Commentaires (6)

Pour en finir avec la fameuse catégorie « A » !

FFM - Photo 1

(Photo : Robert Skinner, La Presse)

Le plus grave, c’est que la réputation de tous les autres festivals de cinéma de la métropole risque d’être injustement entachée aussi.

Avant d’aller passer quelques jours à la Mostra de Venise, histoire de suivre le parcours de quatre cinéastes québécois dont les films ont été sélectionnés là-bas, j’ai vu une dizaine de longs métrages en lice pour le Grand Prix des Amériques au Festival des films du monde de Montréal. Et, ma foi, la qualité des productions sélectionnées n’avait rien de déshonorant. Il est aussi vrai que, probablement en raison du retrait des salles du Cineplex Forum, le cinéma Impérial a été très fréquenté. Ce qui nous laisse croire que, advenant le cas où le FFM parviendrait à survivre, là résiderait peut-être une solution : réduire la programmation et concentrer toutes les activités à l’Impérial.

Inutile de revenir sur tous les couacs ayant marqué ce désormais célèbre 40e FFM ; tout le monde en a déjà abondamment parlé. Insistons quand même sur l’écueil le plus important à mon avis : l’accueil insultant qu’ont reçu plusieurs cinéastes étrangers. Qui, venus chez nous à leurs frais, n’ont pas été prévenus à temps, n’ont plus eu aucun interlocuteur à qui s’adresser, et qui ont été complètement abandonnés à eux-mêmes. Du jamais vu. Nulle part. Quel genre de réputation feront ces cinéastes, pour la plupart jeunes, une fois de retour au bercail ? Montréal risque d’en prendre pour son rhume. Et le plus grave, c’est que la réputation de tous les autres festivals de cinéma de la métropole risque d’être injustement entachée aussi.

Cela dit, un point sur lequel j’aimerais revenir. Partout dans les médias, on évoque la fameuse catégorie « A », attribuée au FFM par la Fédération internationale des associations de producteurs de films (FIAPF). Normal, remarquez. Serge Losique a toujours beaucoup insisté sur le fait que le FFM est le seul festival de catégorie « A », accrédité par la FIAPF en Amérique du Nord. Le hic, c’est que la Fédération ne catégorise pas les festivals de cette façon. La cote « A » n’existe pas. Quand on se rend sur le site de la FIAPF, on trouve, dans le calendrier 2016, 15 festivals dans la catégorie « Competitive Feature Films Festivals » : Berlin, Cannes, Shanghai, Moscou, Karlovy Vary, Locarno, Montréal, Venise, San Sebastian, Varsovie, Tokyo, Tallin, Le Caire, Mar del Plata, Goa.

Seulement deux festivals sont répertoriés dans la catégorie « Non-competitive Feature Films Festivals » : Toronto et Vienne. En tout (en comptant les festivals compétitifs spécialisés et les festivals consacrés aux documentaires et aux courts métrages), la FIAPF accrédite seulement 47 festivals de cinéma dans le monde.

Est-ce si important ?

Maintenant, est-il vraiment important d’obtenir cette accréditation pour faire sa marque ? Le festival de Sundance n’est pas accrédité par la FIAPF, pas plus que le festival de Telluride ou le festival de New York.

Petit quiz ici. Qui a déjà dit « Chaque année, on paie une cotisation et ça donne quoi en bout de ligne ? Ça ne donne absolument rien (…) La catégorie A, de toute façon, ça ne veut plus rien dire (…) Nous, on s’en est servi comme gimmick publicitaire. »

La réponse ? Danièle Cauchard, alors directrice générale du FFM, dans une entrevue accordée à mon regretté collègue Luc Perreault en mai 2003. Cette année-là, le FFM s’était fait retirer son accréditation par la FIAPF parce que ses dirigeants avaient changé les dates unilatéralement, faisant ainsi empiéter le FFM sur le TIFF pendant quelques jours. Dans le même article, Serge Losique ajoute que « cette catégorie A est une pure invention des journalistes ».

Cela peut-il être plus clair ? Tout ça, c’est du bidon.

Quant à la suite des choses, ceux qui me suivent depuis un petit moment connaissent déjà ma position : à mes yeux, il est impossible de faire renaître à Montréal un grand festival de cinéma à vocation généraliste aux mêmes dates que le FFM. Tout simplement parce que le circuit est déjà hyper saturé. Et aussi que les nombreux festivals « de niche » de la métropole québécoise font aussi très bien leur travail.

En fait, il faudra peut-être maintenant se rendre au bout de la 20 pour trouver le beau festival généraliste que les festivaliers montréalais espèrent. La programmation du Festival de cinéma de la ville de Québec, sans parler des événements qui y sont organisés, semble plus alléchante d’année en année.

Quelques liens :

Le FFM n’est plus de « catégorie A ». (Luc Perreault, 24 mai 2003)

Site officiel de la FIAPF.

Grandeur et misères d’un événement ambitieux.

On ne montre pas la sortie à Losique. (Mario Girard)

Mourir dans la dignité. (Alain Dubuc)

Lettre ouverte de cinéastes indignés. (via Cinetalk)

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En plus d’André Forcier, qui présentera Embrasse-moi comme tu m’aimes jeudi prochain à la soirée d’ouverture du FFM, plusieurs cinéastes québécois offriront leur plus récente offrande en primeur mondiale à la Mostra de Venise ou au Festival de Toronto.

Denis Villeneuve

Le réalisateur d’Incendies, qui fait désormais partie des cinéastes les plus en vue à Hollywood, délaissera momentanément le tournage de la suite de Blade Runner pour aller présenter Arrival à la Mostra de Venise, inscrit en compétition officielle. Visiblement, le studio Paramount mise beaucoup sur cette production de prestige, autour de laquelle circule déjà une rumeur très favorable, en vue de la prochaine saison des récompenses. Quelques jours après sa présentation en primeur mondiale dans la Cité des Doges (le 1 septembre), Arrival mettra sans doute le cap vers le festival de Telluride (2 au 5 septembre) car le TIFF (8 au 18 septembre) annonce maintenant sa projection de gala en «primeur canadienne». En salles le 11 novembre.

Lien YouTube.

Philippe Falardeau

Le réalisateur de Guibord s’en va-t-en guerre lancera The Bleeder, son deuxième film américain, à la Mostra de Venise. Sélectionné hors concours dans la plus prestigieuse catégorie, The Bleeder évoque le parcours de Chuck Wepner, ce boxeur qui, en 1975, a fait sa marque en résistant à Muhammad Ali pendant 15 rounds. Ce personnage a d’ailleurs inspiré Sylvester Stallone pour écrire Rocky. Liev Schreiber, Naomi Watts et Ron Perlman en sont les têtes d’affiche. Le film sera présenté à Venise le 2 septembre et ira aussi au TIFF ensuite. En salle au cours de l’automne. Aucune bande annonce n’est encore disponible pour l’instant.

Fiche du TIFF.

Chloé Robichaud

Née au Festival de Cannes grâce à Chef de meute et Sarah préfère la course, la réalisatrice aurait bien aimé lancer là-bas son deuxième long métrage mais les astres en ont décidé autrement. Qu’à cela ne tienne, Chloé Robichaud aura l’honneur de présenter Pays en primeur mondiale au TIFF, où son film a été sélectionné dans le programme «World Contemporary Cinema». Mettant en vedette Macha Grenon, Emily VanCamp et Nathalie Doummar, et tourné principalement à Terre-Neuve, Pays explore la vie de trois femmes impliquées dans un conflit de nature politique. Il prendra l’affiche en salle au cours de l’automne. Aucune bande annonce n’est encore disponible pour l’instant.

Fiche du TIFF.

Anne Émond

La réalisatrice de Nuit #1 et des Êtres chers aura elle aussi l’occasion de présenter Nelly, son plus récent long métrage, en primeur mondiale au TIFF. Mettant en vedette Mylène Mackay, le film évoque l’existence de la regrettée romancière Nelly Arcan. En salle au cours de l’automne.

Lien YouTube.

Karl Lemieux

Inscrit dans la section «Horizons» de la Mostra de Venise, une section qui fait partie de la sélection officielle (un peu l’équivalent d’Un certain regard à Cannes), Maudite poutine, le premier long métrage de Karl Lemieux, met notamment en vedette Jean-Simon Leduc, Martin Dubreuil, Marie Brassard, Francis La Haye et Robin Aubert. En salle le 27 janvier 2017. Aucune bande annonce n’est encore disponible.

Page Facebook.

Vincent Biron

On dit de Prank qu’il s’agit d’une comédie irrévérencieuse. Vincent Biron, qui signe ici un premier long métrage, a écrit son scénario en compagnie d’Alexandre Auger, Éric K. Boulianne et Marc-Antoine Rioux. Prank a l’honneur d’une sélection à la Semaine de la critique de la Mostra de Venise, une section parallèle dans laquelle sept longs métrages sont retenus. Il sera aussi présenté ensuite au TIFF dans la section «Discovery». En salle le 28 octobre.

Lien YouTube.

Mathieu Denis et Simon Lavoie

Le tandem de Laurentie refait équipe et explore cette fois les lendemains désenchantés du printemps érable à travers quelques personnages fictifs. Cinq ans plus tard, que sont devenus ces étudiants, très militants à l’époque ? Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau est inscrit dans la section «Platform», seule section compétitive du TIFF. Le film prendra l’affiche à l’automne ou au printemps prochain.

Lien YouTube.

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