Marc-André Lussier

Vendredi 17 juin 2016 | Mise en ligne à 7h52 | Commenter Aucun commentaire

Pause estivale…

Cannes - plage cinéma 2

(Photo : archives Festival de Cannes)

Un petit mot pour vous signaler que ce blogue fait relâche pour la saison estivale. Il reste toutefois toujours ouvert à vos commentaires. On se retrouve à la rentrée !

Bon été. Et bon cinéma !

M-A.

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Vendredi 3 juin 2016 | Mise en ligne à 9h34 | Commenter Commentaires (9)

Suite du dossier Marguerite : un gâchis !

Marguerite - Affiche US

L’affiche américaine du film de Xavier Giannoli

Preuve numéro 53 602 de l’absurdité du système dans lequel les distributeurs québécois doivent se dépatouiller depuis l’arrivée dans le décor des distributeurs américains qui achètent les films internationaux – y compris français – pour l’ensemble du territoire nord-américain. Le plus récent film à succès de Xavier Giannoli, Marguerite, n’apparaît toujours pas sur le radar québécois. Et il faudra probablement un bon moment avant que ce soit le cas.

Ce cas de figure est, de mémoire, unique. Voilà un film français, de langue française précisons-le, cité aux César onze fois, qui a en outre valu une statuette à Catherine Frot, élue meilleure actrice par les membres de l’Académie. Acheté par Cohen Media Group, un groupe qui, depuis quelques années, est très actif sur le marché des longs métrages internationaux (La tête haute, Mustang, Le client d’Asghar Farhadi, récent lauréat de deux prix à Cannes), Marguerite a pourtant déjà pris l’affiche sur quelques écrans aux États-Unis le 11 mars dernier. Sans surprise, ce fut un bide. À un point où, d’après ce qu’on me raconte, cet échec aurait grandement refroidi les ardeurs des bonzes de Cohen Media Group à l’égard du film. L’aspect inédit de l’affaire réside dans le fait que, sauf erreur, jamais un film français n’était sorti dans les salles aux États-Unis sans être simultanément (ou presque) présenté aussi au Québec. Aucune entente n’est encore conclue en ce sens.

Les droits d’exploitation ayant été vendus par Mémento Films International à Cohen Media Group pour l’ensemble de l’Amérique du Nord, les distributeurs québécois qui seraient intéressés par Marguerite doivent ainsi négocier avec le distributeur américain plutôt qu’avec le vendeur français. Aux yeux des entreprises américaines, qui ne connaissent strictement rien du caractère spécifique de notre marché, le Québec est à peu près placé au même niveau que le Montana. Or, Marguerite fait partie de ces très rares films français qui, chez nous, auraient pu connaître un vrai succès populaire. Mais pour l’instant, c’est l’impasse.

Des exigences irréalistes

Il faut dire qu’assez souvent, dans ce genre de dossier, les vendeurs français n’aident en rien la cause. Aveuglés par la perspective d’un succès potentiel sur le marché américain, et les promesses habituellement non tenues de l’acheteur, ces derniers sont évidemment enclins à céder les droits de leurs films pour tout le continent : États-Unis, Canada et Québec. Les prix exigés au départ sont aussi, bien souvent, irréalistes. De sorte que les distributeurs québécois peuvent difficilement rivaliser avec leurs concurrents américains. Ils ne peuvent non plus investir des sommes colossales pour des titres qui, compte tenu de la faiblesse du marché, pourraient leur faire perdre leur chemise.

Alors, y a-t-il une solution ? Nous nous étions déjà posé la question il n’y a pas si longtemps :

Films internationaux au Québec : comment sortir de l’impasse ?

À cet écueil s’ajoute maintenant une nouvelle donne. Les entreprises de visionnement en flux continu font maintenant partie de ceux qui participent à l’enchère. Lors d’une récente rencontre à Cannes, le producteur Roger Frappier, qui accompagnait sur la Croisette Two Lovers and A Bear, le nouveau film de Kim Nguyen, estimait que l’arrivée de ces nouveaux joueurs provoquait un changement significatif.

« Les acheteurs sont plus prudents car le marché est en profonde transformation, explique-t-il. Des joueurs comme Amazon et Netflix changent la donne car ils font disparaître les zones géographiques. Personne ne sait dans quelle direction tout cela s’en va. Plusieurs distributeurs sont intéressés par Two Lovers and A Bear mais je tiens à choisir ceux qui serviront ce film au mieux. Personnellement, je préfère vendre le film aux distributeurs de chaque pays mais si une entreprise comme Amazon ou Netflix dépose une offre englobant 45 territoires en même temps, c’est certain qu’on y réfléchit. »

En attendant, coincé dans un système dont il fait souvent les frais, le cinéphile québécois y perd souvent au change. Malheureusement.

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Samedi 21 mai 2016 | Mise en ligne à 18h53 | Commenter Commentaires (8)

Cannes : retour sur la compétition

Cannes 16 - Bannière horizontale rouge

Elle - Affiche

Ça y est, les jeux sont maintenant faits. Nous avons vu les 21 longs métrages inscrits dans la compétition officielle. La sélection était très diversifiée cette année. Elle comportait même quelques comédies déjantées. Elle s’est par ailleurs éloignée des sujets politiques délicats, notamment ceux liés au djihadisme. Une conséquence directe de la menace terroriste tangible qui pèse sur le France ? Peut-être.
De très belle tenue au départ, la compétition s’est ensuite un peu détériorée, notamment à cause de la déception créée par certains films très attendus. Si aucune oeuvre ne se détache nettement du lot, plusieurs d’entre elles méritent assurément une place au palmarès. À quelle hauteur ? Seuls le président George Miller et les membres du jury savent pour l’instant. Ils annonceront la composition du palmarès dimanche à 13 h (heure du Québec).
En attendant, un retour sur les 21 films en lice pour la Palme d’or.

Rester vertical (Alain Guiraudie)
Pour sa première entrée en compétition officielle, le réalisateur de L’inconnu du lac propose un film radical dont les images – parfois déstabilisantes – font davantage appel à l’inconscient du spectateur plutôt qu’à son aspect cartésien. Courageux et méritoire.

Sieranevada (Cristian Puiu)
Par sa forme, Sieranevada fait inévitablement penser à 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le film qui, en 2007, a valu la Palme d’or au compatriote Cristian Mungiu. Mais l’humour y est plus mordant. Puiu orchestre en effet une réunion de famille qui tourne au jeu de massacre. Dialogué au cordeau, Sieranevada est un film très verbeux, beaucoup trop long (173 minutes !), mais néanmoins assez jouissif.

Ma Loute (Bruno Dumont)
Poursuivant dans la lignée de l’étonnante série P’tit Quinquin, le réalisateur de L’humanité propose Ma Loute, une comédie burlesque et surréaliste dans laquelle il a demandé à ses acteurs, notamment à Juliette Binoche et Fabrice Luchini, de grossir les traits au maximum. Le pari était risqué. Mais il est gagné.

I, Daniel Blake (Ken Loach)
Un peu comme l’a fait Stéphane Brizé dans La loi du marché, Ken Loach s’attarde à décrire les petites et grandes humiliations que doivent subir des gens fragiles, à qui l’on impute la responsabilité de leur propre malheur. On déplorera un dénouement prévisible et un peu appuyé mais I, Daniel Blake reste un film puissant, d’une grande pertinence. Ken Loach a cette capacité de toujours replacer notre humanisme au bon endroit. Voilà pourquoi son cinéma est essentiel.

The Handmaiden / Mademoiselle (Park Chan-wook)
Même si le réalisateur de Oldboy (Grand Prix à Cannes en 2004), de Thirst, ceci est mon sang (Grand Prix à Cannes en 2009), et de Stoker (son premier film anglophone) arpente ici de nouveaux territoires, il est clair que The Handsmaiden (Mademoiselle) se démarque grâce au style singulier du cinéaste. Park Chan-wook met cette fois sa grande maîtrise technique au service d’un thriller érotique, plus esthétisant que charnel, dans lequel on retrouve aussi ses thèmes de prédilection, notamment sur le plan de la violence et de la perversité.

Toni Erdmann (Maren Ade)
Maren Ade, dont les films précédents sont encore peu connus sur le circuit international (Everyone Else lui a valu le Grand prix du jury à Berlin en 2009, cela dit), a eu droit à un véritable élan d’enthousiasme. La dernière heure de Toni Erdmann est totalement jubilatoire. Et ponctuée d’au moins deux scènes d’anthologie. Pour en arriver là, la montée aura été un peu longue (le film dure 172 minutes) mais la patience du spectateur est ici bien récompensée.

Mal de pierres (Nicole Garcia)
N’hésitant pas à se faire lyrique et plongeant à fond dans la nature romanesque du récit, Nicole Garcia propose ici un film de facture classique, très beau, magnifié par la composition remarquable de marion Cotillard. Le plus beau film de Nicole Garcia à titre de réalisatrice.

American Honey (Andrea Arnold)
C’est un peu comme si l’univers de Gus Van Sant, façon Elephant et Paranoid Park, avait croisé celui du portraitiste Larry Clark. Le plus étonnant dans American Honey, est de constater que ce portrait d’une Amérique pauvre et désoeuvrée – mais battante malgré tout – est dessiné par une Européenne. Rares sont les cinéastes venus de l’étranger ayant réussi à plonger dans l’américanité de façon aussi organique, aussi juste.

Loving (Jeff Nichols)
Révélé à Cannes grâce à Take Shelter et Mud, Jeff Nichols offre ici un film hollywoodien de facture classique, parfaitement calibré pour la prochaine Soirée des Oscars. L’histoire est bien sûr émouvante (la lutte d’un couple mixte pour sa reconnaisance dans la Virginie des années 50), mais Loving est quand même un peu lisse, un peu trop bien placé.

Paterson (Jim Jarmusch)
Lauréat du Grand Prix du jury en 2005 grâce à Broken Flowers, Jim Jarmusch met de l’avant, à sa façon, une semaine de la vie d’un couple apparemment ordinaire, dont le quotidien est toutefois rehaussé par des éléments de fantaisie. Le plaisir du spectateur provient du sens de l’observation très aiguisé du cinéaste, et de l’humour en creux que renferme pratiquement chaque scène.

Julieta (Pedro Almodóvar)
Ce mélo très assumé est d’une grande sobriété sur le plan de la mise en scène. Comme si, cette fois, Almodóvar avait voulu mettre à l’avant-plan les tourments intérieurs des différents personnages, faire écho à leur vraie douleur. Même si Julieta est l’un de ses beaux films, il serait quand même étonnant qu’il emporte la Palme d’or dimanche.

Personal Shopper (Olivier Assayas)
Il est toujours extrêmement délicat d’aborder des thèmes surnaturels dans un drame « sérieux » au cinéma. Ici, le scénario ne tient pas la route. Les effets d’épouvante tombent à plat, et Kristen Stewart ne semble pas du tout à son aise. Quand une bonne partie du récit d’un film consiste en un échange incessant des messages texte, on peut y voir, déjà, un grave problème de… communication !

Aquarius (Kleber Mendonça Filho)
Aquarius est un drame familial et social qui résume assez bien les conflits auxquels font face les sociétés occidentales en général, et brésilienne en particulier.  À travers ce vibrant portrait, le cinéaste dénonce, sans trop marteler le message, les excès d’un système où le citoyen n’a plus véritablement de marge de manœuvre. Remarquable performance de Sonia Braga.

La fille inconnue (Luc et Jean-Pierre Dardenne)
En toute honnêteté, il convient de souligner qu’à cause d’un conflit d’horaire insoluble, je n’ai pu regarder que la première heure de La fille inconnue. Bien difficile de se prononcer sur le nouveau film des frères Dardenne dans les circonstances. Cela dit, l’histoire que décrivent les frangins belges dans leur nouveau film a du mal à captiver le spectateur autant que les précédentes. Aussi, la manière paraît franchement répétitive.

Ma’ Rosa (Brillante Mendoza)
Brutal et violent, Ma’Rosa traduit bien l’agression permanente dont sont victimes les gens qui habitent un quartier malfamé, dont ils ne peuvent s’échapper. Le film se distingue de nouveau sur le plan visuel et sonore, mais on attend encore le jour où Mendoza portera à l’écran un vrai scénario.

Bacalaureat (Cristian Mungiu)
Cette histoire d’un médecin qui souhaite une meilleure vie pour sa fille à l’étranger comporte de multiples ramifications, notamment sur le plan familial, médical et judiciaire. le réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours raconte la société roumaine d’aujourd’hui dans une contrée plus reculée, encore très marquée par la corruption, les magouilles, et autant de vieux vestiges de l’ère communiste. Le cinéaste propose ici un film intéressant, mais la manière est un peu trop classique.

Juste la fin du monde (Xavier Dolan)
La langue de Jean-Luc Lagarce, auteur de la pièce dont ce film est l’adaptation, est très particulière, il est vrai. Elle se matérialise parfois en un flot de paroles que Xavier Dolan, fidèle à son style, transforme en feu d’artifice. Mais au-delà de ces dialogues qui maquillent ce que les personnages n’osent jamais se dire, le cinéaste a le don de faire parler le sous texte de façon encore plus éloquente. Les non-dits s’y révèlent de façon subtile et émouvante. Souvent cadrés en gros plans, les personnages baignent dans un clair-obscur dans lequel les regards sont admirablement filmés.  Juste la fin du monde a été descendu en flammes par la presse américaine, moins par la presse française. Il est clair que le film aura maintenant à surmonter les mauvais échos cannois.

The Last Face (Sean Penn)
On ne sait pas ce qui est arrivé. Sean Penn, dont les films précédents étaient tous dignes d’intérêt, a lancé ici un film offensant à tous points de vue. Jamais n’avions-vu un tel navet en compétition au cours des récentes années. Insultante pour les Africains, cette bluette sentimentale sur fond de massacres, qui ne comporte aucune mise en contexte géopolitique, est risible de bout en bout. Le genre d’accident dont personne ne peut expliquer l’existence. Prédiction : ce film ne sera jamais distribué dans sa forme actuelle. Nulle part.

The Neon Demon (Nicolas Winding Refn)
Sorte de Maps to the Stars hyper branché et trash, à la différence que Winding Refn s’intéresse au monde de la mode. Sur le plan esthétique, The Neon Demon impressionne. En revanche, on a l’impression que le cinéaste se fout complètement de l’aspect narratif de son film. C’est un peu comme s’il avait écrit des scènes après avoir déjà fixé ses images dans son imagination, plutôt que le contraire. Le propos dénonciateur (le monde cruel de la mode et les diktats qui s’y rattachent) est ainsi complètement dilué. À vrai dire, l’ensemble emprunte davantage les allures d’une installation visuelle plutôt que d’un film de cinéma.

Elle (Paul Verhoeven)
Voilà mon film favori. Mais il n’est pas du genre de ceux à qui l’on remet habituellement des palmes. Le réalisateur de Basic Instinct, qui offre son meilleur film depuis des lustres, s’amuse à tester les limites de la moralité, à jouer sur la notion de perversité, à transgresser tous les codes. Elle n’a strictement rien du thriller hollywoodien et n’a que faire des bons sentiments. Un bonheur de tous les instants de voir évoluer Isabelle Huppert dans un rôle qu’aucune autre actrice n’aurait pu jouer de la même façon. Aucune.

Forushande / Le client (Asghar Farhadi)
Fidèle à son habitude, Asghar Farhadi creuse les zones d’ombres de l’âme humaine en prenant comme point de départ un incident inattendu. Sans être à la hauteur d’Une séparation, ni même celle du film Le passé (qui avait valu à Bérénice Bejo le prix d’interprétation il y a trois ans), Forushande se démarque grâce à la qualité d’interprétation d’une distribution impeccable, et, surtout, un dernier acte très puissant sur le plan dramatique.

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