Marc-André Lussier

Vendredi 24 octobre 2014 | Mise en ligne à 18h04 | Commenter Aucun commentaire

Ces acteurs qui réalisent. Ou pas…

Pitt - 1

Brad Pitt dans Fury

On ne compte plus les vedettes qui se tournent vers la réalisation. Les acteurs qui passent derrière la caméra ont toujours été nombreux, mais le phénomène semble s’être accentué depuis quelques années. Hollywood n’aime rien autant. On les adore, on les célèbre. Redford, Costner, Eastwood, Beatty, Clooney et tant d’autres font régulièrement valser les trophées.

Rares sont aujourd’hui les acteurs qui, dans un avenir proche ou lointain, n’entretiennent aucune envie de réalisation. Mais ça se trouve. Brad Pitt par exemple. Même s’il s’implique beaucoup dans la production de films, pas question pour lui de franchir ce pas. Dans une interview accordée au magazine Gala (citée ensuite par Première), la vedette de Fury n’aurait pu être plus catégorique :

«Je n’en ai aucune envie», a-t-il déclaré. Cela exige un temps fou. Je me rends compte de l’implication quotidienne de ma femme quand elle prépare un film et je préfère me consacrer à d’autres projets, parallèlement au cinéma.»

Vrai qu’Angelina Jolie semble de plus en plus se consacrer à son métier de réalisatrice. Alors qu’ Unbroken gagnera les salles à Noël, elle tourne présentement à Malte By the Sea, un film dans lequel elle dirige en outre son amoureux…

«Ma femme est aussi flexible qu’une barre de fer, ce n’est plus un secret, mais je suis extrêmement fier d’elle. Elle ne manque pas d’initiatives et excelle dans ce qu’elle entreprend. Le scénario de By The Sea, sa nouvelle réalisation, m’a impressionné par sa qualité et par l’élégance qui s’en dégage».

Puisqu’il est question de Pitt, je vous suggère par ailleurs de regarder cette capsule hilarante, produite par la bande de Funny or Die. Dans le cadre de la série Between Two Ferns, l’acteur est interviewé par Zach Galifianakis…

Unbroken, une réalisation d’Angelina Jolie (à l’affiche le 25 décembre) :

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Jeudi 23 octobre 2014 | Mise en ligne à 6h26 | Commenter Commentaires (4)

Hommage à Martin Scorsese en 12 minutes

Scorsese - 1

Martin Scorsese (photo AP)

Une vidéo hommage d’une durée de 12 minutes a récemment fait son apparition sur le web. Conçue par Alexandre Gasulla, celle-ci regroupe quelques-unes des meilleures scènes tirées de l’oeuvre du maître.

Voici la description qu’en fait Première sur son site :

S’il est difficile, voire impossible, de résumer l’œuvre scorsésienne à quelques scènes, le monteur Alexandre Gasulla a réussi l’exploit de condenser le meilleur du meilleur du cinéaste new-yorkais en 12 minutes chrono avec des scènes tirées de toute sa filmographie – de Mean Streets au Loup de Wall Street en passant par Taxi Driver, Raging Bull, La dernière tentation du Christ, Les Affranchis (Goodfellas), Le Temps de l’Innocence, Les Nerfs à Vif (Cape Fear), Casino, Aviator ou Les Infiltrés (The Departed). Au-delà d’un bout-à-bout de scènes cultes de l’histoire du cinéma, Gasulla est parvenu à extraire l’essence même de l’univers scorsésien, ses thématiques, ses obsessions et ses névroses pour réunir quatre décennies de créations dans un montage cohérent et brillant.

Signalons que monsieur Gasulla a déjà signé plusieurs autres montages du même genre, consacrés notamment aux oeuvres de Stanley Kubrick, Paul Thomas Anderson, David Fincher et Miyazaki.

Bon visionnement.

Le prochain Scorsese à l’affiche à l’hiver 2015.


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Lundi 20 octobre 2014 | Mise en ligne à 23h07 | Commenter Commentaires (7)

François Truffaut : 30 ans déjà…

Truffaut - 2

François Truffaut

Il y a 30 ans disparaissait François Truffaut. Il est mort le 21 octobre 1984 à l’âge de 52 ans.

La Cinémathèque française consacre présentement au cinéaste une importante exposition. Le magazine Télérama propose sur le web un dossier dans lequel on ajoute quotidiennement des documents. Plus près de nous, la chaîne TFO diffuse un film de Truffaut tous les mardis. Ce soir : Jules et Jim, l’un de ses plus célèbres. Vous trouverez d’ailleurs plus bas tous les liens pertinents.

Il y a cinq ans, je me trouvais à Paris au moment même où l’on commémorait le 25ème anniversaire de sa disparition. J’en avais tiré une chronique. Celle-ci n’étant pas archivée sur le site, certains admirateurs de Truffaut me l’ont réclamée au fil des ans. Je la reproduis ici.

Truffaut le bien-aimé

Il pleuvait à boire debout. Une fraîcheur d’automne à vous transpercer l’âme et le corps. Alors qu’en ce mercredi de fin d’octobre, Paris s’anime sur la place de Clichy, le cimetière de Montmartre, tout juste à côté, reste tristement désert. Même si je fréquente rarement ce genre d’endroit, j’ai ressenti le besoin de m’y rendre aujourd’hui. Pour honorer une dette de reconnaissance.

J’arpente tout fin seul quelques avenues entre les mausolées pour me rendre à la 21e division. Je cherche. Ne trouve rien. Je me rends trop loin. La pluie s’intensifie. Je reviens sur mes pas en observant attentivement chacune des marques. La pierre tombale, noire, est bien là, un peu en retrait, étendue sobrement sur le sol avec, pour unique inscription, « François Truffaut, 1932-1984 ». Je m’approche.

Sur le rebord de la pierre rectangulaire, quelques plantes discrètes, une photo détrempée de Jeanne Moreau à la garçonne (tirée de Jules et Jim), et quelques titres de transport déposés sous de petites roches. Ces billets doivent encore être valides pour le dernier métro, j’imagine…

En ce jour où l’on commémore le 25e anniversaire de la mort prématurée du cinéaste, je n’ai pas croisé le fantôme d’Antoine Doinel, ni le regard de celles – elles en furent toutes éperdument amoureuses – qui ont tant aimé cet homme qui aimait les femmes. « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie », faisait-il dire à Charles Denner dans son célèbre film (L’homme qui aimait les femmes).

Quand Truffaut est mort du cancer le 21 octobre 1984 à l’âge de 52 ans (52 ans! Vous vous rendez compte?), ça m’a touché personnellement. Alors jeune cinéphile, j’avais carrément l’impression d’avoir perdu un proche.

À Truffaut, je dois pratiquement mon amour du cinéma. J’ai aimé ses films bien sûr. Des 400 coups jusqu’à Vivement dimanche avec, au fil du parcours, quelques œuvres fétiches : toutes celles du cycle Doinel, et Tirez sur le pianiste, Jules et Jim, L’enfant sauvage, La nuit américaine, L’histoire d’Adèle H., Le dernier métro, La femme d’à côté… « Ce sont les trois premiers films d’un cinéaste qui sont toujours les plus intéressants, affirmait-il pourtant. Après, on parle plutôt d’une carrière! »

J’ai aussi aimé l’homme. On ne pouvait d’ailleurs pas le dissocier de ses films tellement les deux étaient intimement liés. La vie entière de Truffaut fut vouée au cinéma. « Ce que j’ai toujours aimé chez Renoir et Hitchcock, c’est un de leurs points communs d’être deux artistes qui préféraient leur travail à leur propre personne », a-t-il déjà déclaré dans une interview publiée dans les Cahiers.

Entendre Truffaut parler de cinéma avec l’éloquence, la passion, l’intelligence qui le caractérisaient était par ailleurs un pur bonheur. Brillant polémiste, debout sur la ligne de front, ce grand timide était de tous les combats, fort de ses convictions et de sa manière de les exprimer. Truffaut a lancé la nouvelle vague en réaction contre cette « certaine tendance du cinéma français ». Cinq ans avant la sortie des 400 coups, six avant celle d’À bout de souffle de Godard (dont il a eu l’idée du scénario), il avait rédigé cet article fameux dans lequel il dénonçait la tradition de la « qualité française » de l’après-guerre et les limites d’un cinéma qui s’embourgeoise.

Je ne sais à quoi ressemblerait le cinéma de Truffaut dans le contexte actuel. Avec sa société, les Films du Carrosse, parions que le cinéaste serait parvenu à rester libre de ses choix. Comme le sont toujours aujourd’hui ses collègues de l’époque, notamment Rohmer et Rivette. « Je suis un cinéaste français qui a 30 films à tourner au cours des années à venir, écrivait Truffaut dans le journal de tournage de Fahrenheit 451 (1966). Certains réussiront, d’autres pas. Cela m’est presque égal pourvu que je puisse les faire. »

Le compteur s’est malheureusement arrêté à 21. Vingt et un longs métrages qui, encore aujourd’hui, vivent précieusement dans le cœur de bien des cinéphiles en général, et dans le mien en particulier. De tous les témoignages recueillis au lendemain de la mort du bien-aimé, je retiens celui du cinéaste Pascal Kané (Liberty Belle).

« Ce qui me frappe le plus, au-delà de la tristesse, c’est que cette disparition précipite les choses : il n’y aura peut-être plus d’hommes complets du cinéma. Truffaut est peut-être le dernier à l’avoir été, pleinement et sereinement. Qui d’autre, dorénavant, saura comme lui mener de front plusieurs histoires d’amour avec le cinéma, toutes faites d’intelligence du spectacle, d’attention à l’autre, d’exigences personnelles, de justesse d’évaluation, et de ce qu’il faut de piété. Nous serons, un peu plus encore qu’avant, voués aux jeunes génies qui ne durent pas, aux obsédés de l’image de marque, aux événements médiatiques bidon, aux engouements suspects, lesquels ne rejoignent que rarement, comme nous le savons, les quelques véritables trajectoires transcendantales que nous connaissons. »

Toujours seul sous la pluie battante, je suis perdu depuis 30 minutes dans mes souvenirs de cinéma, l’œil un peu embué. Avec une envie de dire à François, même 25 ans plus tard, un simple merci. Pour tout.

La Presse, 23 octobre 2009.

Les liens :

L’événement François Truffaut (Cinémathèque française)

Un mois totalement Truffaut (Télérama)

Horaire ciné TFO.

Lien YouTube.

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