Marc-André Lussier

Mercredi 16 mai 2012 | Mise en ligne à 3h30 | Commenter Aucun commentaire

Thierry Frémaux, Cannes, et le cinéma québécois

Bandeau 1

Thierry Frémaux - 2

(photo: Reuters)

Pour compléter l’article publié aujourd’hui dans La Presse, voici l’intégralité des questions / réponses échangées par courriel avec Thierry Frémaux.

Le Festival de Cannes trône toujours au sommet des plus grands événements cinématographiques du monde. Alors qu’il s’apprête à réunir les cinéphiles pour une 65e fois, comment expliquez-vous sa longévité et sa réputation?

Doit-on tenter de l’expliquer ? Cannes relève d’une alchimie permanente, dont la composition magique est inconnue, sauf parfois de nous. Parfois, parce qu’il m’arrive moi-même d’être épaté ! Dans l’équipe on a toujours à l’esprit l’idée suivante : «Ne pensons jamais que Cannes est le plus grand festival du monde, mais faisons tout pour qu’il le reste».

On remarque cette année une forte présence du cinéma d’auteur américain dans la sélection. Quelles sont les raisons de cette effervescence d’après-vous?

Il y a une question de tempo : ces films-là étaient prêts et forment en effet quelque chose de cohérent dans ce «nouveau cinéma d’auteur américain». Il y aura d’autres beaux films américains de même nature, à l’automne prochain. Il y a aussi une question de production : de nouveaux opérateurs interviennent et on en voit les effets. Enfin, il y a peut-être l’augure d’un nouveau cycle pour le cinéma américain qui viendra combler le fossé qui sépare le «petit» cinéma indépendant et le «gros» cinéma de blockbusters des studios.

Est-il désormais plus difficile de construire la programmation à l’heure des médias sociaux, où pullulent rumeurs et spéculations en tous genres?

Pour nous, non. Pour ceux qui veulent croire quelques unes des sornettes qui circulent, oui. Je suis un grand adepte d’internet et je ne vois pas en lui un monstre incontrôlable. Il s’agit que chacun là où il est contribue à en faire un espace où les idées et les informations circulent normalement. La rumeur est constitutive de la légende cannoise, donc internet va la faire évoluer. Après, j’espère que les «twitters fous» respecteront les films et n’écriront pas de façon intempestive pendant les projections.

Au cours des 20 dernières années, deux longs métrages québécois ont eu l’honneur de concourir pour la Palme d’or (Léolo en 1992; Les invasions barbares en 2003). Or, le cinéma québécois n’a pratiquement jamais autant rayonné sur la scène internationale (deux nominations consécutives aux Oscars notamment). Entre 1972 et 1980, pas moins de sept longs métrages québécois ont été retenus pour la compétition à Cannes. Comment expliquez-vous notre présence plus rare dans la section phare du Festival depuis deux décennies?

Là encore, question de tempo, question d’opportunité. Nous aimons le cinéma québécois. Un mauvais concours de circonstances ne nous a pas permis de montrer «Incendies», le beau film de Denis Villeneuve, ce que je regrette, mais sinon, je crois que nous avons fait au mieux. Entre les sections parallèles et la Sélection officielle, les bons films du Québec qui nous sont présentés sont en général montrés à Cannes. Mais peut-être que ce n’est pas assez aux yeux des Québécois !

Lors de la conférence de presse annonçant la sélection, vous avez précisé qu’à l’âge de 23 ans, Xavier Dolan a encore beaucoup de temps devant lui et qu’il aura sans doute l’occasion de revenir à Cannes en compétition. Est-ce que l’âge du cinéaste a été un critère dans votre décision de sélectionner Laurence Anyways à Un certain regard plutôt qu’en compétition officielle?

Non, pas du tout. J’ai juste été questionné sur le film de Xavier Dolan et la raison pour laquelle il n’était pas en compétition. Question étrange. S’il n’y est pas, c’est qu’il n’y est pas, comme beaucoup de films sur les 1779 que nous avons vus. Il est au Certain Regard, en très belle compagnie, avec de grands cinéastes très fiers d’y figurer. Dans les conférences de presse, quelques journalistes ne s’intéressent qu’aux cinéastes de leur pays, autre étrangeté à mes yeux. J’ai évoqué l’âge de Xavier Dolan pour dire que c’est un cinéaste brillant et qu’il est évident qu’à l’avenir il sera en compétition. S’il avait eu plus de 100 ans comme Oliveira, j’aurais moins été en mesure de parler de lui au futur.

Le site officiel du Festival de Cannes.

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Mardi 15 mai 2012 | Mise en ligne à 10h19 | Commenter Aucun commentaire

Les lieux cultes du Festival de Cannes

Image Figaro

(Illustration: Alexandre Efimov pour Le Figaro)

Isabelle Girard, du journal français Le Figaro, a répertorié les douze lieux cultes de Cannes, cette opulente petite ville balnéaire de la Côte d’azur qui, pendant près d’une quinzaine, se transforme en temple du cinéma.

Voici sa description du fameux Palais des festivals, centre névralgique où s’agitent professionnels et journalistes.

Le Palais des Festivals

Ce bunker disgracieux, construit sur l’ancien bâtiment rose bonbon qui servait de décor au film d’Henri Verneuil Mélodie en sous-sol, devient carrosse tous les soirs à 19 heures, pour la montée des marches. Hordes de photographes et de festivaliers : une tradition cannoise ! Les conférences de presse s’y déroulent, on y trouve le bureau du jury, et celui de la sélection Un certain regard, présidée cette année par l’Américain Tim Roth.

J’en profite pour vous signaler que je suis présentement sur la Croisette en compagnie de mon comparse Marc Cassivi. Tous les jours pendant le festival, les deux Marc publieront comptes-rendus, reportages, et chroniques. Nous produirons aussi des capsules vidéos dans lesquelles nous résumerons les activités de la journée. J’essaierai aussi, dans la mesure du possible bien sûr, d’être le plus présent possible sur ce blogue.

Bon Festival!

Cannes : la carte et les territoires (Figaro Madame)

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Dimanche 13 mai 2012 | Mise en ligne à 17h04 | Commenter Aucun commentaire

Cannes : dans les coulisses d’un jury

Kusturica - 1

Emir Kusturica (Photo : Festival de Cannes)

À Paris depuis une semaine pour y réaliser des interviews avec différentes personnalités du cinéma français, j’ai eu l’occasion de m’entretenir la semaine dernière avec le cinéaste Benoît Jacquot. Son plus récent film, Les adieux à la Reine, a ouvert plus tôt cette année le Festival de Berlin. Il prendra l’affiche au Québec le 1 juin.

Le réalisateur de Villa Amalia, qui a déjà présenté des films dans les quatre sections cannoises, m’a raconté son expérience à titre de membre du jury. C’était en 2005, l’année où L’enfant a valu à Luc et Jean-Pierre Dardenne leur deuxième Palme d’or. Le président du jury, cette année-là, était Emir Kusturica.

«La décision d’un jury ne dépend pas vraiment des choix des individus mais plutôt de la dynamique qui se crée à l’intérieur du groupe, précise Jacquot. Personnellement, j’aurais donné la Palme haut la main à A History of Violence de David Cronenberg. Mais tous les autres membres du jury détestaient ce film. De la même manière, Kusturica est arrivé avec l’idée bien arrêtée d’attribuer la Palme à son ami Jim Jarmusch, même s’il n’avait pas encore vu Broken Flowers. J’étais évidemment contre. J’aime bien les films de Jarmusch mais à mon sens, celui-là ne figure pas parmi ses meilleurs.

«Comme tout le monde détestait le film de Cronenberg au sein du jury, à part moi bien sûr, j’ai consacré toutes mes énergies à contrer le plan de Kusturica. Il a d’ailleurs vite compris qu’il n’aurait jamais assez d’appuis. À partir de là, on essaie de sentir le pouls, on discute, on en vient à comprendre que même s’il n’est pas le préféré de tous, un film rallie tout le monde. Ce fut le cas pour L’enfant.

«À la fin, il est de tradition de remettre à chaque membre du jury une affiche sur laquelle chacun des autres membres écrit un petit mot. Celui de Kusturica à mon endroit était : To my best enemy !  Vous savez, les membres d’un jury ne sont pas tous d’accord et ils n’arrivent pas toujours neutres non plus !»

Rappelons que le jury est présidé cette année par Nanni Moretti, dont on dit qu’il a habituellement la main assez lourde. Le délégué général Thierry Frémaux a par ailleurs expliqué au magazine Première son mode d’emploi pour la composition du jury.

Quel est le rôle du président ? Y a-t-il des bons et des mauvais présidents ?

Le Président « anime » le groupe, il est un peu le chef scout ! Ensuite, il imprime sa marque à pas mal d’égards : crédibilité, méthode, souveraineté, amitié, gastronomie, tout peut y passer. Depuis plusieurs années (Tarantino, Kusturica, Wong Kar-wai, Huppert, Penn, Burton, De Niro, Frears), nous n’avons eu que des Présidents fantastiques, et je pèse mes mots. Lynch, en 2002 a dit à la première réunion : “J’écouterai particulièrement celui ou celle qui exprimera une opinion isolée…” (extrait article Première)

Les liens :

Le jury du Festival de Cannes 2005.

La compétition officielle 2005.

Jury cannois : le mode d’emploi de Thierry Frémaux (via Premiere.fr)

Le jury du Festival de Cannes 2012.

La bande annonce du film de Benoît Jacquot Les adieux à la Reine :


Lien YouTube.

Compte Twitter : @MALussier

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