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  • Michel Tassé

    Michel Tassé s'intéresse au sport, à peu près à tous les sports, depuis qu'il est enfant. Autrement dit, ça fait longtemps!
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    Dimanche 30 mars 2014 | Mise en ligne à 5h25 | Commenter Commentaires (11)

    Au baseball avec mon père

    (photo La Presse)

    Le petit Martin (Pierre-Luc Funk) et son père Charles (Patrice Robitaille) dans le film Un été sans point ni coup sûr. Ça aurait pu être mon père et moi... (photo La Presse)

    Vous savez à quel point j’aime le baseball. Mais je n’étais pas au Stade olympique, en fin de semaine, pour assister aux matches opposant les Jays aux Mets.

    J’avais de bonnes raisons. D’abord, ma femme vient d’accoucher de notre troisième garçon, notre quatrième enfant, et ma famille a besoin de moi à la maison. Ensuite, je viens de perdre mon père. Tout ça en l’espace de cinq jours.

    À défaut d’être au grand stade, j’ai vu quelques images à la télé. Et j’ai vu de nombreux pères accompagnés de leur fils.

    La première fois que j’ai assisté à un match des Expos, c’était en 1977. Un match contre les Padres de San Diego. Avec papa, bien sûr. C’était aussi la première fois que j’entrais au Stade olympique. J’avais les yeux grands comme des trente sous!

    Je revois et j’entends encore mon père: «C’est grand, le Stade olympique! Pas mal plus grand que le Forum! On vas-tu se chercher des hot-dogs pis de la liqueur, mon gars?»

    Pendant plusieurs années, mon père m’a amené une couple de fois par année au baseball. Mais papa, je le savais, préférait de loin le hockey. Mais il savait à quel point ça me faisait plaisir quand on embarquait dans l’auto et qu’on traversait le pont Jacques-Cartier pour aller au stade. Il le faisait pour moi, pour son fils.

    Je me rappelle de cette fois où nous avions assisté à un programme double opposant les Expos aux Cubs de Chicago, mon équipe préférée du temps. Il n’y avait pas de toit sur le stade à l’époque et les deux matches avaient été interrompus plusieurs fois par la pluie. La soirée avait commencé à 18h et le deuxième match avait pris fin à… 3h du matin!

    Je le répète, papa n’était pas fou de baseball. Mais on était restés jusqu’à la fin, jusqu’au tout dernier retrait du deuxième match, parce que mon père savait que je voulais tout voir. Il était fatigué, il baillait (il travaillait très fort à cette époque), mais il ne voulait pas qu’on parte. «Ben non, ben non, c’est une bonne game, on partira pas avant que ce soit fini, mon gars!»

    Il le faisait pour moi, pour son fils.

    Fin des années 70, début des années 80, j’ai joué au baseball. Et mon père n’a jamais raté une seule manche de mes matches. Même qu’une année, c’est lui qui coachait mon équipe, bien qu’il n’était pas un expert en matière de balle. Mais il adorait ces soirées avec son gars qui se finissaient toujours, gagne ou perd, que j’aie été bon ou non, par une slush à 75 cents à l’orange au dépanneur du coin.

    Encore une fois, il faisait tout ça pour moi, pour son fils.

    Je ne me souviens pas de la dernière fois où je suis allé au Stade olympique avec lui. Mais toutes ces soirées font partie de mes meilleurs souvenirs avec lui. Si je gagne aujourd’hui ma vie en écrivant sur le sport, c’est en grande partie grâce à mon papa qui, au début de ma carrière, découpait chacun des articles que j’écrivais, qui m’a toujours encouragé dans mon rêve d’être journaliste.

    Il y a deux semaines, alors que j’étais de passage dans ma ville natale de Longueuil pour couvrir un match des Inouk de Granby au Colisée Jean-Béliveau — un autre endroit que j’avais fréquenté avec mon père à l’époque des défunts Chevaliers de la LHJMQ —, j’ai appelé mes parents. Je voulais que papa m’accompagne, qu’on y aille ensemble comme dans le temps. Je voulais aussi qu’il me voit travailler de la galerie de presse, qu’il me suive dans mes entrevues. Il aurait été fier de son gars. Mais il venait de rentrer à l’hôpital. Puisque je devais revenir à Longueuil quelques jours plus tard pour un autre match de hockey, je me disais que nous allions avoir l’occasion de nous reprendre. Mais mon père, à 79 ans, était fatigué, très fatigué à part ça, et nous n’avons pas eu l’occasion de nous reprendre…

    Papa, papi pour mes enfants, vient de nous quitter. Je suis triste. Quand la télé nous montrait des pères avec leur fils, au Stade olympique en fin de semaine, j’avais juste le goût de crier aux garçons: «Profitez-en! Profitez-en, maudit!»

    Bye papa. Je t’aime.

    Ton gars.

    *   *   *

    Suivez-moi sur Twitter: @Michel_Tasse


    • MERCI….

    • Superbe texte! Très touchant.

      Toutes mes sympathies, mon chum.

    • Tres bel hommage. Mes sympathies et mes félicitations. Deux souhaits contradictoires mais une vie s`éteint et une commence comme une suite pour nous aider à comprendre.

      Votre papier me fait réaliser à quel point le baseball est tellement plus proche de nos sentiments . On a beau se dire un peuple de hockey, il reste que les histoires de souvenirs sportifs qui ont une connotation personnelle sont souvent reliées au baseball.
      Peut-être que le retour du baseball à MTL ne serait ce que pour ce week-end,c`était aussi un clin d`oeil de votre papa .Qui sait…

    • Votre texte d’une grande sensibilité est un très bel hommage à votre père !

      Je vous offre mes condoléances et du même coup, félicitation pour votre paternité !

      Je suis convaincu que votre texte fait écho à bien des québécois. Il touche plusieurs générations qui ont vécu la même transmission de passion d’un père à son fils.

      Parce que le baseball c’est aussi ça d’ailleurs ! La passation d’une passion d’une génération à l’autre.

      Mon grand-père a pu voir à l’œuvre Jackie Robinson et Roberto Clemente avec les Royaux. Mon père a eu la chance d’être là à l’âge d’or des Expos, l’époque des Gary Carter et Andre Dawson. Moi, mes idoles étaient Pedro et Vlad.

      Le baseball c’est aussi de prendre son gant et d’aller se lancer la balle avec son père un dimanche après-midi et d’en profiter pour parler de tout et de rien.

    • .
      Mes sympathies M Tassé.

      Je vous invite à lire ce papier en espérant que vous trouviez du réconfort sachant qu’un autre journaliste vit presque les mêmes choses que vous en ce moment…

      http://www.thestar.com/sports/baseball/2014/03/29/tributes_to_a_special_man_and_a_special_expos_baseball_team_griffin.html#

    • Tout d’abord mes sympathies pour votre perte et aussi, vous avez tellement raison… PROFITEZ EN!

      Votre billet me touche énormément car dans mon enfance j’allais aussi souvent (20-30 fois par été) au stade avec mon père. Sauf que le mien aimait autant le baseball que le hockey ! On allait se lancer la balle souvent après le souper et il me montrait les techniques de lancer. Mon père est mort à 57 ans, 1 an avant la fin des Expos, des suites d’une maladie foudroyante. En fin de semaine j’étais la lors des 2 matchs avec des amis avec qui j’ai aussi partager de beaux souvenirs au stade mais je ne pouvais m’empêcher de me dire que j’aurais tellement aimé que mon père soit avec moi pour ces 2 parties ! Comme dans le temps une sortie père-fils.

      Ce ne fut pas le cas, mais c’était un moment pour me rappeler tout ces bons souvenirs. Alors oui, profitez en du temps passé avec vos parents, ce ne sera jamais trop !

    • Aucun sport mais aucun sport n’offre cette dimension humaine, oui humaine, n’enrichit la relation père-fils, ne greffe dans la mémoire filiale des souvenirs tel le baseball ou précisément assister à un match de baseball peut le faire. J’ai 69 printemps – saison du début du calendrier du baseball oblige – et je me souviens encore des fois où mon père m’a amené au Stade Delorimier voir Gino Cimoli, Don Hoak, John Roseboro, … et du jour d’avril 1968 où nous avons assisté au tout 1er match des Expos au Parc Jarry pour voir Ozzie Smith des Cards et Coco Laboy des Expos … et ai par la suite “traîné” à mon tour mon père au Stade Olympique pour espérer un circuit de Carter ou un vol du 2ième coussin par Tim Raines et à mon tour, devenu père “entraîné” mon fils et ma fille avec leur gant de baseball pour attraper une fausse balle de Cliff Floyd ou d’Ellis Valentine. Que de bons moments!

    • Je me rappelle de ce programme double contre les Cubs. J’y étais !

    • Salut Michel,

      Toutes mes condoléances. Merci aussi pour ce beau témoignage du temps passé avec ton père.

      Courage!

      Michel Laliberté

    • JE VOULAIS TE DIRE QUE JE NE SUIS PAS HABITUÉ À PARTICIPER À UN COMMENTAIRE ET JE CROIS QUE ¨CA PARAIT!! jUSTE UN MOT POUR TE DIRE QUE TON ARTICLE M’A VRAIMENT TOUCHÉ. MON PERE EST MORT IL Y A 20 ANS ET TU M’AS VRAIMENT TOUCHÉ CAR JE SENS QUE TU AIMES TON PERE COMME MOI ET QUE TU TE SOUVIENS COMMENT IL A ÉTÉ PRÉCIEUX DANS TA VIE.CROIS-MOI IL EST TOUJOURS AVEC TOI,ET SI TU LUI PARLE IL POURRA TOUJOURS T’AIDER ET TE DONNER DES “cues”

    • C’est bien tardivement que je lis ce texte qui parle de façon sentie l’amour père-fils-père. Je suis très touchée par ce témoignage. Le mien est mort depuis une dizaine d’années et je pense à lui presqu’à chaque jour. Je me suis bien révoltée contre lui quand j’étais adolescente et jeune adulte mais une fois dans la trentaine, j’ai commencé à vraiment l’aimer et le lui dire.

      Merci encore pour ce magnifique texte. Longue vie et bonheur à votre nouveau-né.

      P.S. Papa aussi était fou de baseball. Ah que je le trouvais kétaine dans le temps :-) Je donnerais tout ce que j’ai pour l’entendre aujourd’hui me parler de ses Expos.

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