Aujourd’hui, notre père invité est Martin Chamberland, photographe à La Presse depuis 13 ans, père d’une fillette de deux ans, et grand amateur de vélo de route depuis … 23 ans.
Courir pour courir
MARTIN CHAMBERLAND
Isabelle m’a demandé de parler de mon expérience en tant que jeune père et en tant que grand passionné pour les sports et l’entraînement en général. Cette chronique n’a pour but d’apporter des trucs d’entraînement, il y a tous ces magazines et sites web pour cela, sans oublier les “coachs” personnels et les gyms. J’aime bien l’idée de partager une portion de mon expérience et d’apprendre de l’expérience des autres, soit pour le simple but de comprendre comment les autres font et peut-être en bout de ligne aider ne serait-ce qu’au moins une personne en ce bas monde. J’ai souvent parlé à mes amis du manque de temps d’entraînement lorsque l’on devient parent et j’ai compris que je n’étais pas seul.
Je pratique plusieurs sports depuis un très jeune âge. Le sport fait partie de ma vie… je suis comme les modèles d’auto 2010 versus l’air climatisé, avec moi, les sports ça vient “avec”, c’est inclus dans le prix. Lorsque j’ai décidé de finalement faire le grand saut et d’avoir un enfant, je savais très bien que la pratique de la plupart de ces sports allait diminuer grandement pour une certaine période. Cette période dépend de tellement de facteurs que la chose varie d’une famille à l’autre. Puis ce n’est que petit à petit qu’il est possible de retourner à un volume d’entraînement intéressant. Dans mon cas, ce fut environ de 5 à 6 mois. Mais ce volume reste encore à ce jour qu’une fraction de ce que jadis je pouvais me permettre de faire. En ce qui me concerne, il est primordial de pouvoir me remettre à l’entraînement car le sport fait partie de ma vie. Quitte à m’entraîner dans un état de fatigue relatif, c’est une question pour moi de respecter qui je suis. Mais je dois dire que tout n’est pas rose, j’ai même souvent mijoté sur la question; devrais-je tout arrêter, car je sens que je vais virer fou.
Je m’explique. Après une journée de travail, j’arrive à la maison et comme tout le monde je dois: faire le souper, faire manger la petite, laver la vaisselle, donner le bain à la petite, plier la pile de linge qui ne cesse de grossir, raconter une histoire à la petite, endormir la petite, faire encore du ménage, faire un lavage, préparer mes choses pour le lendemain, etc. Bien entendu moi et ma copine partageons ces tâches, mais il n’en reste pas moins que même à deux, nos soirées sont remplies à pleine capacité. Puis c’est généralement à la fin de toutes ces belles choses palpitantes que s’offre à moi l’incroyable opportunité d’aller m’entraîner… l’horloge indique qu’il est 20h42 et j’ai juste assez d’énergie, watt pour watt (faut pas sous-estimer les 13 marches jusqu’à la chambre à coucher tout de même!), pour aller poser ma fichue carcasse contre cette surface molle qu’est mon lit.
Inévitablement, il y a une certaine frustration qui s’installe. De cette situation j’ai longtemps cherché et j’ai fini par trouver certaines solutions. J’ai trouvé un autre moment pour m’entraîner, soit le matin. Puis j’ai même entrepris un nouveau sport, le sport des papas pressés, la course à pied. Après avoir déposé la petite à la garderie, je me précipite au gym durant les mois d’hiver sinon le reste de l’année je me précipite à l’extérieur pour aller courir, car je ne dispose généralement pas plus d’une heure pour compléter un entraînement incluant la douche et le changement de vêtements. Puis je me précipite au travail, presque bien peigné. J’ai souvent dû bâcler mes entraînements, faute de temps, parfois à cause de la météo, certains matins le trafic m’empêchait carrément d’aller au gym. Il m’est même arrivé de devoir rebrousser chemin après avoir enfourché le vélo stationnaire du gym car ce matin-là, le patron a décidé de m’appeler une heure plus tôt, puis une autre fois ce fut les douches du gym qui avaient décidé de flancher. Bref, toutes des situations qui font accumuler la frustration. Puis au milieu de toute cette course folle, lorsque je cherche en panique la paire de chaussettes au fond du foutu tiroir, la bouteille dans le lave-vaisselle, les shorts, le t-shirt qui est encore dans la sécheuse tandis que la petite m’attend au bas de l’escalier en scandant un paaaaappppppaaaaaaaaaaa bien senti, à ce moment précis se pointe en moi cette incertitude qui me fait douter du bien-fondé de toute cette course insensée. Je me demande souvent pourquoi je fais tout cela, puis si j’ai le goût de continuer ce cirque encore longtemps.
Puis en bout de ligne je me résigne. Je sais que de toute façon je n’ai pas le choix. Je suis un “addict” du feeling post entraînement, ce feeling de relaxation, de bien-être. Puis lorsque je regarde la “colonne des pour” contre la “colonne des contre”, la preuve est là, je dois donc continuer. Continuer à courir pour courir.