La mère blogue

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  • Louise Leduc


    La Mère blogue s’adresse à tous ceux qui s'intéressent aux enfants et aux adolescents, et qui cherchent toujours le mode d'emploi. C'est le cas de La Mère blogue, qui se pose tous les jours plus de questions que la veille sur l'éducation de sa fille et qui s'emploiera donc à chercher quelques réponses avec vous.
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    Vendredi 26 février 2010 | Mise en ligne à 19h47 | Commenter Aucun commentaire

    Semaine de relax

    Isabelle Audet

    C’est la relâche scolaire pour la plupart des enfants du primaire et du secondaire au Québec. On en profite et on s’éclipse une semaine!

    Vous cherchez des suggestions d’activités à faire pendant le congé? Les collègues de Vacances/Voyage y vont ici de plusieurs idées d’escapades au Québec.

    Mais enfin, au risque de se répéter, nous, les congés, on aime ça très très peu planifiés. Ou enfin, si: on planifie de grandes plages vides dans l’horaire.

    À ce sujet, on vous laisse sur ce texte écrit il y a cinq ans par notre collègue Sylvie Saint-Jacques. Cet article lui a valu, à l’époque, un prix du Conseil québécois du loisir. Nous le copions intégralement ici, puisqu’il n’est plus dans nos archives sur Cyberpresse.

    Bonne lecture, et bon congé à ceux qui ont pu se libérer!

    **

    SEMAINE DE RELAX

    St-Jacques, Sylvie
    NOUS VIVONS UNE ÉPOQUE FORMIDABLE OÙ LE “MULTITÂCHE” EST UNE NORME QUE L’ON APPLIQUE SANS TROP Y RÉFLÉCHIR AU BOULOT, AU GYM, À LA CUISINE, DANS NOS LOISIRS ET MÊME DANS L’ÉDUCATION DES ENFANTS. POUR LES PLUS AMBITIEUX DES PARENTS, LA RELÂCHE SCOLAIRE QUI S’AMORCE SOUS PEU SERA REMPLIE D’ACTIVITÉS STIMULANTES ET DIVERTISSANTES, PARCE QU’IL SERAIT SACRILÈGE DE NE PAS MAXIMISER CHAQUE SECONDE DE TOUT CE TEMPS LIBRE. L’ULTIME SUBVERSION: RÉHABILITER L’ENNUI, UN LUXE PORTEUR D’UNE GRANDE RICHESSE, LA CRÉATIVITÉ.

    “On a peur de l’ennui, dans notre société hyper stimulée. S’ennuyer est perçu comme un échec; ça envoie le message que vous êtes un perdant, incapable d’occuper votre temps de façon productive”, affirme le journaliste Carl Honore, père de deux enfants et auteur du best-seller In Praise of Slow (qui sera publié en version française en septembre 2005).

    Qu’allons-nous faire pendant ce congé? On ira skier. Vous irez patiner. Nous irons glisser. Ils participeront à des ateliers de bricolage au musée. Ils visiteront le Centre des sciences, iront voir Winnie L’Ourson au cinéma, assisteront à une pièce de théâtre “jeune public” et étrenneront tous les nouveaux jeux vidéo qu’ils n’ont pas eu le temps de déballer pendant les Fêtes. Tout ça, en plus de leur habituel agenda parascolaire qui donnerait des complexes à l’astronaute Julie Payette. À l’issue de ce phénoménal programme, ils auront goûté à tout sauf à l’ennui. Mais ce manque de temps mort, suggèrent plusieurs spécialistes et parents en réaction, prive les enfants de l’acquisition d’un outil précieux: la créativité.

    “Que ce soit à la garderie ou à l’école, ils sont constamment poussés à faire des choses; ils sont toujours dans la performance”, observe Louise Poliquin, qui pendant plusieurs années, a animé des ateliers d’art pour les enfants. “Toujours stimulés, ils sont dans un espèce de papillonnage.

    On leur inculque la notion qu’il ne faut surtout pas être inactif. Alors qu’au contraire, le silence, la contemplation amènent la montée du désir. Il faut retrouver le plaisir de simplement jouer avec un petit camion, un ballon, sans énervement”, explique celle qui vient de publier Voies et voix de la créativité, un ouvrage qui traite de la nécessité de la fonction créatrice, tant chez les enfants que chez les adultes.

    L’art de l’ennui

    C’est pourtant simple de s’ennuyer. Et ça ne coûte à peu près rien. Un après-midi de tempête de neige, on s’encabane avec comme seules ressources les livres dans la bibliothèque, les jeux de société et les casse-tête, des crayons de couleur, du papier et notre imagination. Pas de Baby Einstein, pas de DVD, pas de chasse aux trésors, pas d’Internet ou de télé, aucun atelier de bricolage dirigé au programme.

    “L’idée n’est pas de faire sentir à l’enfant qu’on veut se débarrasser de lui, mais bien de démontrer qu’il n’est pas désagréable de ne rien faire, de temps en temps. Pendant 15 minutes, on peut lui proposer de juste relaxer et regarder le plafond, par exemple. Ensuite, on lui demande ce qui lui est passé par la tête pendant ce moment. Ça devient un jeu”, propose l’ergothérapeute Francine Ferland, auteure de Et si on jouait? Le jeu chez l’enfant de la naissance à six ans.

    Voyage au bout de l’ennui

    Mais il n’est pas donné à tous les enfants de transformer l’ennui – aspect pourtant naturel et important de la vie – en oasis de créativité. C’est ce que note Carl Honore qui, dans son quartier “bobo” de Londres, est entouré d’”hyper parents” qui ne sauraient envisager l’éducation de leurs enfants autrement que par un programme éducatif poussé grâce auquel ceux-ci, avant d’être “diplômés” de la garderie, maîtriseront le cantonnais, le violoncelle, le tennis et les paradigmes des philosophes de l’École de Francfort.

    “Tout est dans la définition que l’on fait de l’ennui, nuance-t-il. Un temps mort peut être positif et constructif, s’il est un tremplin pour la créativité et l’imagination.” Le défi, selon lui, est d’amener des enfants aux programmes chargés à tirer bénéfice de l’ennui. “Les enfants qui reçoivent une tonne de stimulation pour chaque minute de leur vie ne savent pas comment composer avec l’ennui, continue M. Honore. Ils paniquent, ils deviennent mal dans leur peau et agressifs. Mais un enfant qui est éduqué autrement, habitué à vivre des moments non structurés, est capable d’aller au-delà de l’ennui en inventant des jeux, des histoires.”

    “Intégrer l’ennui dans la vie d’un enfant qui a grandi avec des horaires surchargés, c’est comme apprendre la méditation à un adulte nerveux. C’est un sain défi!” affirme en entrevue Kathy Hirsh-Pasek, professeure de psychologie à l’Université Temple à Philadelphie.

    “Les esprits créatifs de demain sont les enfants qui ont appris à surmonter l’ennui. Pour eux, un sofa peut être perçu comme une fourchette, une boîte peut se transformer en voiture de taxi”, illustre la psychologue.

    Le psychiatre Alvin Rosenfeld, lui-même père de trois enfants, est de ceux qui revendiquent un peu d’ennui dans le tourbillon d’activités stimulantes à haute teneur en vertus éducatives. L’auteur de Hyperparenting : Are You Hurting Your Child by Trying Too Hard? et The Overscheduled Child : How To Avoid the HyperParent Trap, dénonce l’organisation des temps libres des enfants par une surcharge de projets à vocation éducative, divertissante ou formatrice.

    “Nous sommes une génération de parents profondément concernés par le succès de nos enfants, explique-t-il lors d’un entretien téléphonique. En voulant leur apporter ce qu’il y a de mieux, nous remplissons le temps d’activités éducatives afin d’enrichir chaque iota de leur potentiel.”

    Mais Alvin Rosenfeld souligne que ce réflexe qui découle d’une bonne volonté, témoigne plutôt d’un malaise existentiel inquiétant. C’est que pour avoir des enfants aptes à surmonter l’ennui, il faut d’abord donner l’exemple comme parents. “En tant qu’adultes et parents, nous devons aussi nous demander pourquoi nous avons autant de mal à vivre l’ennui. Parce qu’à moins d’être un cocaïnomane, la vie n’est pas toujours excitante! Il faudrait réapprendre à apprécier la vie, même lorsqu’il ne se passe rien. Parce que si vous avez un constant besoin d’être diverti, vous êtes aussi bien de devenir accro à la cocaïne!”, ironise le psychiatre.

    S’ennuyer aujourd’hui, créer demain

    Dans un ouvrage, qu’elle a coécrit, intitulé Einstein Never Used Flash Cards: How Our Children Really Learn- and Why They Need to Play More and Memorize Less, Kathy Hirsh-Pasek évoque les bienfaits insoupçonnés de l’ennui et démontre, preuves et observations à l’appui, qu’une stimulation hâtive et intense de l’enfant n’est pas aussi bénéfique que veulent le croire bien des parents.

    “Des évidences scientifiques démontrent que nous avons besoin de plus d’ennui dans nos vies. L’industrie du jouet, qui conçoit des jeux qui crachent des réponses toutes faites ou proposent des “flash cards”, est en train d’entraîner les enfants à devenir des petites abeilles butineuses.

    Si on leur bourre le crâne de faits, si on leur enlève toute autonomie en les empêchant d’utiliser leur temps de façon créative, comment pouvons-nous espérer que nos enfants deviennent des adultes capables de résoudre des problèmes de façon créative?” Voilà une affirmation qui peut être difficile à avaler pour des parents consciencieux fuyant l’ennui, précisément parce qu’ils veulent tout faire pour que leurs enfants réalisent leur plein potentiel. Mais l’idée, poursuit Kathy Hirsh-Pasek, n’est pas de vouer un culte à l’ennui, mais plutôt de reprendre possession de nos facultés créatives. En cette ère technologique, précise la psychologue, le défi est de taille. Les DVD éducatifs, la télévision, Internet sont évidemment des outils d’apprentissage formidables.

    Mais il faut aussi savoir s’en distancier pour redonner à nos enfants le droit d’explorer leur propre imaginaire. “Avec Internet, toutes les réponses sont au bout de nos doigts. Au lieu d’accumuler et de mémoriser tous ces faits, nous devons amener les enfants à utiliser ces connaissances d’une façon nouvelle et innovatrice.”

    S’ennuyer seul dans son île

    “Nous vivons dans une société qui s’accomplit dans le “faire”, dans l’action. Comme ils ne voient pas beaucoup leurs enfants pendant la semaine, les parents veulent donner beaucoup pendant qu’ils sont avec eux. Ils ne leur laissent pas le temps de simplement vivre et être dans le moment présent”, dit Louise Poliquin. Il faut donc une certaine dose d’audace pour accepter et même favoriser quelques plages d’ennui dans la vie familiale.

    “Les enfants sont jugés et évalués à un âge de plus en plus jeune. Il existe désormais une série mondiale pour les ligues de baseball d’enfants. À 12 ans, ceux-ci sont considérés comme des joueurs professionnels même si aux États-Unis, le travail des enfants a été aboli depuis belle lurette!” s’insurge Alvin Rosenfeld.

    Le psychiatre, qui se définit comme un “hyper parent” en rémission, suggère de s’allier avec d’autres parents qui partagent un désir de ralentir la cadence, pour le mieux-être des enfants. “Les parents sont terrifiés à l’idée que leur enfant deviendra un loser, s’ils ne sont pas en perpétuelle situation d’apprentissage. La pression sociale est grande. Mais la résistance, je crois, s’organise de plus en plus.”

    “Certains parents pensent que s’ils laissent leur enfant vivre une vie d’enfant, il finira chez McDonald’s à faire des hamburgers, affirme Carl Honore. Alors que c’est tout le contraire: des enfants qui auront appris à être créatifs deviendront des étudiants universitaires intéressants.

    TROIS MYTHES À PROPOS DE L’ENNUI

    Kathy Hirsh-Pasek et Carl Honore déboulonnent trois mythes à propos de l’éducation des enfants.

    MYTHE # 1

    Les enfants deviendront plus intelligents si, très jeunes, ils reçoivent des enseignements didactiques.

    Au contraire, dit Kathy Hirsh-Pasek, c’est en les laissant jouer et découvrir par eux-mêmes la réalité les entourant qu’on éduque des enfants heureux et épanouis. “Les parents ont besoin de comprendre qu’un enfant heureux a le droit de jouer et s’amuser. Il apprendra mieux les maths au magasin de crème glacée quand il constatera que son frère a un cornet à deux boules alors que lui en a une seule. Et la meilleure façon de découvrir la biologie, c’est en jouant dans le gazon, au parc.”

    MYTHE #2

    Chaque moment compte

    “Chaque moment ne compte pas!” lance Kathy Hirsh-Pasek. “Sans période morte, les moments importants, justement, perdent de leur signification.”

    MYTHE # 3

    Les enfants sont des vaisseaux vides à remplir

    En fait, selon Carl Honore, c’est plutôt le contraire. “Les bébés naissent curieux et avides d’explorer le monde à leur propre rythme. Ils n’ont pas besoin d’être pressés par leurs parents et encore moins de vidéos de Baby Einstein.”


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