Silvia Galipeau
Des histoires de filles qui accouchent dans les toilettes, affirmant ne jamais s’être doutées qu’elles étaient enceintes, font régulièrement les manchettes. Des cas isolés de pauvres filles, pensez-vous?
Erreur. Les experts évaluent plutôt que ce phénoméne (baptisé «déni de grossesse») touche deux grossesses sur mille par année.
C’est énorme. Et surprise: il ne touche pas que les milieux défavorisés. Toutes les femmes sont visées, avec ou sans enfant, riches ou pauvre, jeunes et vieilles.
Toujours méconnu (d’où la mise sur pied d’un organisme en France: l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse), il pose aussi un sérieux défi pour les médecins. Pensez-y: aucun signe extérieur, pas de ventre, parfois encore des menstruations (si la mère prend toujours la pillule, par exemple), et un déni psychologique total de la part de la principale intéressée.
Comment est-ce possible? Voici comment Gaëlle Guernalec-Lévy, une journaliste au magazine français Parents qui enquête depuis trois ans sur le déni de grossesses, explique le phénomène: «Ces bébés sont comme de petits passagers clandestins qui, ne se sentant pas les bienvenus, joueraient à cache-cache entre les organes de la mère, s’allongeraient le long de la colonne ou se rouleraient en boule, très haut dans la cavité abdominale. »
Troublant. Le corps humain est décidément troublant.