La mère blogue

Mardi 3 mai 2016 | Mise en ligne à 10h15 | Commenter Commentaires (9)

Victimes collatérales

Karla Homolka vit à Châteauguay avec son conjoint et avec leurs trois enfants.

Quand les médias l’ont retrouvée, ces derniers jours, l’école a dû envoyer une lettre aux parents pour dire que leurs enfants ne risquaient absolument rien.

Les études et les spécialistes disent et redisent qu’il est exceptionnel qu’un meurtrier ayant recouvré sa liberté récidive un jour. Karla Homolka est réputée être aujourd’hui inoffensive. N’empêche, ses crimes gravissimes – lesquels l’ont notamment fait livrer sa propre sœur à Paul Bernardo – ont à ce point marqué les esprits qu’il serait surprenant qu’elle puisse un jour reprendre une vie totalement normale.

Pour ses enfants, le prix à payer est assurément extrêmement élevé.

Melissa Moore en sait quelque chose. Dans un article publié dans le magazine Maclean’s, cette Américaine raconte que les huit meurtres commis par son père – oui, oui, huit – l’ont suivie toute sa vie. Même après avoir changé d’école, raconte-t-elle, elle continuait d’être seule, ostracisée et de manger son lunch toute seule, le midi. «Quand tu es l’enfant d’un meurtrier tristement célèbre, tu le paies cher. Tu ne peux jamais créer ta propre identité. Le plus simple, c’est de se taire.»

Mme Moore a choisi, elle, de parler et de raconter ce qu’elle a vécu dans ses mémoires. Son père, qui ne sortira jamais de prison, lui écrit régulièrement des lettres qu’elle ne lit pas. «Depuis qu’il a tué des gens, je n’ai plus aucune envie d’être en contact avec lui», a-t-elle dit au magazine Maclean’s.

Aux parents qui sont réticents à laisser leurs petits jouer avec les enfants de Karla Homolka, elle dit comprendre leurs appréhensions, mais elle plaide pour que «ces enfants soient traités avec respect. Ils sont innocents, ils n’ont rien à voir avec les crimes commis par leur mère».

C’est là le gros bon sens. Va pour inviter les petits à la maison, mais les laisser jouer dans le sous-sol de Karla Homolka?

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Vendredi 29 avril 2016 | Mise en ligne à 9h39 | Commenter Commentaires (11)

Quand l’accouchement ne se passe pas comme prévu

Il m’arrive parfois de rester accrochée à Toute une histoire, une émission française qui, pendant une heure, traite d’un thème avec des invités appelés à livrer leur témoignage.

La qualité de cette émission est très inégale. Parfois, il n’y a pas grand-chose à en tirer.  «J’ai accouché dans un lieu insolite» ou alors «J’ai craqué pour le fils de mon ami».

Par contre, certaines émissions valent le détour, comme celle où, récemment, des parents expliquaient comment ils ont vu leur garçon tout à fait charmant devenir djihadiste.

L’autre jour, je me suis arrêtée sur l’émission qui portait sur la dépression post-partum. Une femme témoignait de la grosse fatigue qui n’a pas aidé, tandis qu’au détour de la conversation, une autre a expliqué à quel point le fait d’avoir eu une césarienne et de ne pas avoir pu accoucher dans une maison de naissance l’avait troublée.

Comme quoi ici comme en France,  la perspective d’accoucher devant public dans un hôpital universitaire, par exemple, en rebute plusieurs.

Vive les maisons de naissance, d’intervenir l’obstétricienne invitée à l’émission, Amina Yamgnane. Elles ont l’intérêt d’offrir aux femmes plus d’un choix, et c’est tant mieux.

Là où elle n’est pas d’accord, a-t-elle dit, c’est quand ça devient dogmatique ou magnifié en des idées fantasmées.

« Il y a une volonté farouche d’un retour à la nature. On se dit que nos grands-mères l’ont bien fait, alors pourquoi pas nous? Et certes, le plus bel accouchement, c’est celui que les femmes ont anticipé et choisi. Le problème, c’est que beaucoup de femmes arrivent en maison de naissance avec une attitude ” cui-cui les petits oiseaux », a-t-elle dit, évoquant le travail qui est parfois beaucoup plus long que prévu ou le besoin de recourir ultimement dans plusieurs cas à une péridurale ou à une césarienne à l’hôpital.

Une bonne partie des femmes ayant choisi la maison de naissance y accouchent, mais d’autres, a-t-elle poursuivi, devront accepter que les choses ne se passent pas comme prévu.

« La naissance, ce n’est pas un truc facile, de conclure la Dre Yamgnane. Oui, nos grands-mères ont accouché sans péridurale. Sauf qu’à l’époque, les grands-mères, elles mouraient vachement plus souvent que nous et leurs enfants, on n’en parle même pas. »

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Mercredi 27 avril 2016 | Mise en ligne à 13h43 | Commenter Commentaires (16)

Le silence, encore

«Encore un?» «Un autre?»

Sur les réseaux sociaux, les allégations voulant que Jacques Languirand ait été un père incestueux ont créé une onde de choc.

C’est la conjointe de sa fille qui a largué la bombe, hier, alléguant que la révélation faite à la biographe Aline Apostolska a été frappée par un interdit de publication obtenu par la famille.

«Je ne dirai jamais que ce n’est pas vrai. Mais pour des raisons contractuelles, je ne peux pas en parler», a pour sa part dit hier Aline Apostolska, lors d’une entrevue avec ma collègue Stéphanie Vallet.

Sachant que la maladie d’Alzheimer lui ferait perdre progressivement la mémoire, Jacques Languirand avait consenti à une biographie autorisée.

Mme Apostolska explique qu’à un moment donné, la fille de l’ex-animateur de radio lui a dit qu’«on lui disait toujours que ça devait être extraordinaire d’être la fille de Jacques Languirand et qu’elle voulait se tuer chaque fois».

Aux fins de sa chronique intitulée «Secrets de famille» publiée aujourd’hui, Nathalie Petrowski a relu la biographie et en cite des passages. «Quand nous avons entrepris ces entretiens en février 2013, sa fille Martine et lui ne se voyaient plus depuis plusieurs années. Une fracture intime existait entre eux qui semblait impossible à réparer.»

Plus loin : «Il ressent le besoin de présenter ses excuses à ses enfants. De dire sa vérité, quitte à ébranler l’image qu’il a lui-même nourrie, mais qui, ultimement, semble l’enserrer comme une gangue […]»

On parle donc ce matin de «secret de famille», de la «part d’ombre» de Jacques Languirand qui, sachant sa fin s’approcher, dit à sa biographe qu’il veut «dire les choses telles qu’elles sont et les assumer».

«Certains diront qu’il aurait mieux valu que tout cela reste dans la sphère privée», écrit Nathalie Petrowski.

Je dirais, moi, que si sa conscience le tourmentait et qu’il savait qu’il devait s’amender de quelque chose et présenter ses excuses à ses enfants, il aurait fallu qu’il le fasse plus tôt. Dans la biographie, sa fille, qui vient de mourir, dira qu’elle n’a pu évacuer toute sa colère envers son père qu’à 40 ans.

Être en colère jusqu’à 40 ans, c’est long, et d’autant plus long que la fille de Jacques Languirand n’a pas eu beaucoup d’années de sérénité. Elle est morte l’an dernier (une enquête du coroner précisera les causes du décès au début du mois de mai).

Et c’est sans compter sur toutes les victimes collatérales qui, toute leur vie, se reprochent souvent de n’avoir rien fait.

Que ce si douloureux secret de famille soit un inceste ou pas, Jacques Languirand aurait dû parler plus tôt. En ne le faisant pas, c’est une bien vilaine sortie de scène qu’il s’est préparé.

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