Jean-Sébastien Massicotte

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    Journaliste sportif au SOLEIL, Jean-Sébastien Massicotte signe la chronique Plein Air de ce quotidien. Quand il ne court pas en vue de son prochain marathon — ou après ses filles à la maison! —, il cherche l'aventure au grand air, aussi bien en montagne sur des skis, qu'au rythme des marées en kayak de mer.

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    Mardi 16 avril 2013 | Mise en ligne à 16h02 | Commenter Aucun commentaire

    Boston: courir pour sa vie

    L’envie de vomir ne s’en va pas. Les images de l’attaque perpétrée lundi près du fil d’arrivée du Marathon de Boston qui tournent en boucle sur les chaînes d’information restent en tête et écoeurent.

    À l’écran, des marathoniens qui lèvent les bras dans les airs, victorieux. Des coureurs qui touchent enfin au but qu’ils s’étaient fixé des mois auparavant. Parfois des années.

    À quelques mètres du prestigieux tapis jaune du fil d’arrivée sur Boylston Street, les célébrations sont de courte durée. Le rêve devient un cauchemar. Le bruit et le souffle de l’explosion fait louvoyer les coureurs qui affluent et fait baisser les bras aux participants qui se mettent alors à courir littéralement pour leur vie.

    Puis il y a l’Américain Bill Iffrig, 78 ans. C’est lui que l’on voit tomber au sol avec la camisole orange dans la vidéo la plus diffusée de l’attaque. Les jambes lourdes après 42 km et des poussières d’efforts, l’homme est soufflé par l’explosion.

    Juste à côté de lui, une bombe «sale» vient de tuer et de blesser des spectateurs innocents qui étaient venus encourager des parents, des amis ou même de purs étrangers. Bill Iffrig passera finalement le fil sain et sauf, mais avec l’aide d’un bénévole.

    La foule dense dégage une énergie intense tout le long du parcours du Marathon de Boston. Cette image est de la présentation de 2009 de la prestigieuse course. Photo Jean-Sebastien Massicotte

    La foule dense dégage une énergie intense tout le long du parcours du Marathon de Boston. Cette image est de la présentation de 2009 de la prestigieuse course. Photo Jean-Sebastien Massicotte

    Je n’ai jamais couru le Marathon de Boston, mais j’y étais en 2009 pour encourager un proche qui vivait son rêve sportif. Alors que je commençais à peine à pratiquer la course à pied de manière sérieuse, sur place, il était impossible de résister à l’ambiance incroyable de l’événement. Au point où c’est avec l’idée de me qualifier un jour pour Boston que j’ai participé depuis à différentes courses, dont deux fois le Marathon d’Ottawa.

    Boston, c’est un long week-end festif où la ville vibre sous les pas d’athlètes de tous les horizons. Des coureurs de l’élite mondiale, mais aussi et surtout des athlètes comme vous et moi, qui sont là pour relever le défi de participer à l’un des événements sportifs les plus prestigieux sur la planète. Pendant quelques heures, tous les marathoniens sur le parcours deviennent des sportifs adulés par un public généreux.

    Car Boston, c’est l’ultime marathon. Pour sa riche histoire notamment. Pour les grands athlètes qui s’y sont illustrés au fil des ans. Pour sa difficulté de s’y qualifier, mais aussi pour celle de son parcours qui défie tous les coureurs qui y participent, sans exception.

    Certes, il n’est pas le plus imposant en terme de participation, mais c’est le plus ancien. Et depuis 1897, la prestigieuse course demeure une destination de premier choix à mettre au palmarès de tout coureur qui se respecte.

    En 2009, j’avais arpenté les derniers kilomètres de l’événement pour prendre des photos et profiter de l’ambiance électrique. La ville et ses citoyens étaient en mode marathon. Les gens accrochaient des banderoles à leur demeures et sortaient dans la rue pour voir passer les athlètes et les encourager.

    Ils étaient là par milliers pour voir les meilleurs au monde, mais aussi pour assister à ce fabuleux défilé d’athlètes plus «ordinaires» — ils étaient près de 27000 lundi. D’après certaines estimation, le public qui assisterait à l’événement aux abords du parcours dépasserait annuellement les 500000 spectateurs.

    Sur le trottoir comme sur le parcours, pratiquement autant d’histoires.

    Des coureurs qui rendent hommage à des proches sur leur chandail. Parfois pour souligner la lutte de ceux-ci contre la maladie, comme le cancer. D’autres fois, ils sont là simplement pour se prouver qu’ils ont la capacité d’être presque surhumains en ayant le meilleur sur les légendaires portions du parcours, comme l’ascension de Heartbreak Hill.

    Mot d'encouragement d'une fille à sa mère durant le Marathon de Boston 2009. Photo Jean-Sébastien Massicotte

    Mot d'encouragement d'une fille à sa mère durant le Marathon de Boston 2009. Photo Jean-Sébastien Massicotte

    Des familles aussi qui sont là pour encourager un fils, une fille, un père, un mère… Des pancartes, des encouragements sentis. Et cette patience en bordure du trottoir en scrutant la masse dense de coureurs qui défile sans arrêt, toujours avec l’espoir d’enfin apercevoir son «héros» ou son «héroïne» en espadrilles.

    Comme pour le petit Martin Richard, huit ans, tragiquement décédé dans l’attentat. Il était là avec des membres de sa famille — sa mère et sa soeur de six ans ont été gravement blessées dans l’explosion — pour voir arriver avec fierté son père. Une tragédie innommable.

    Reste maintenant à espérer que la lumière soit faite sur l’attentat le plus rapidement possible. Tandis que le ou les auteurs de l’attaque souhaitaient une visibilité énorme en ciblant le Marathon de Boston, c’est peut-être cela qui permettra d’élucider le crime. En effet, les autorités cherchent à rassembler le plus de photos et de vidéos possibles prises par le public. En cette ère des téléphones intelligents et des médias sociaux, les éléments de preuve en provenance des spectateurs devraient s’accumuler rapidement.

    Il faut espérer que les grands rassemblements sportifs populaires comme le Marathon de Boston sauront se relever d’une pareille tragédie. Que la terreur ne l’emportera pas. Il est évidemment encore trop tôt pour le savoir, mais j’ai tout de même confiance. Il le faut!

    Pour avoir apprécié sur place la beauté et la magie de l’événement bostonnais, je persiste à croire que la folie meurtrière ne pourra triompher d’une énergie si positive et d’autant de courage en concentré. À preuve, dans les secondes qui ont suivi la tragédie, les gens se sont mobilisés immédiatement pour aider les personnes en difficulté, sans égard aux risques. De nombreuses vies ont été ainsi sauvées.

    C’est ce dévouement qu’il faut retenir. Une préoccupation envers autrui déjà bien présente dans l’univers de la course, qui aidera certainement à surmonter ce terrible cauchemar.

    Geste d'encouragement entre deux inconnus sur le parcours du Marathon de Boston en 2009. Photo Jean-Sébastien Massicotte

    Geste d'encouragement entre deux inconnus sur le parcours du Marathon de Boston en 2009. Photo Jean-Sébastien Massicotte


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