Jean-Sébastien Massicotte

Archive du 11 mars 2012

Un décès en montagne en est toujours un de trop. Et chaque fois, l’accident frappe l’imaginaire et rappelle à quel point certains sports d’aventure comportent des risques. Des dangers qu’on finit souvent par repousser au fond de notre esprit sous l’élan de l’adrénaline, au point où on en arrive à croire que les accidents n’arriveront jamais.

Bien des questions restent en suspens concernant les circonstances entourant le décès du grimpeur d’origine française Philippe Eynaudi, samedi dans Charlevoix. Bête malchance, défaillance de l’équipement, témérité, erreur de jugement? Il faudra encore patienter un moment avant de savoir tous les détails de cette funeste aventure.

En attendant, cette mort tragique souligne tristement combien le prix à payer pour s’amuser à défier la gravité peut être grand.

Un accident qui rappelle aussi qu’au moment où les sports de plein air et d’aventure continuent à prendre de l’importance au Québec et que le nombre de pratiquants augmente, la loi de la moyenne nous rattrape.

En effet, alors que les grimpeurs sont plus nombreux sur les sites de la province et qu’ils s’attaquent à des défis toujours plus sérieux, les risques d’accidents augmentent naturellement.

Malheureusement, le décès du sportif de 28 ans n’est pas le premier… et ne sera certainement pas le dernier. Il est question ici d’escalade de glace, mais la même logique s’appliquerait si l’on parlait de kayak de mer ou de canot de rivière. Pour ne nommer que ces activités.

Loin de moi l’idée de me faire prophète de malheur. Seulement, il suffit d’avoir visité quelques endroits d’importance où les grimpeurs aiment se tester pour constater que malheureusement la mort n’est jamais bien loin. Mais il n’y a pas de quoi blâmer la pratique de ce sport pour autant. Comme pour plusieurs autres activités de plein air, la gestion des risques fait simplement partie de l’équation… et du défi.

J’ai encore ce souvenir d’il y a plusieurs années, où en paroi avec des amis dans les Gunks — un site d’escalade dans l’état de New York de réputation mondiale —, une sirène d’ambulance s’était fait entendre. Une fois de retour sur la terre ferme, nous avions appris avec consternation le décès d’un jeune grimpeur américain, après une chute au sol sur une voie à proximité.

Un choc pour nous. Pourtant, rien auquel les responsables de la Mohonk Preserve n’avaient pas déjà été confrontés. Une bête erreur de manipulation de l’équipement avait été la cause de l’accident. Un puissant rappel que la prudence n’est jamais trop grande quand les conséquences d’une bévue sont si importantes.

Selon les informations disponibles, Philippe Eynaudi, était un résidant de Québec et il aurait fait sa chute sur La Pomme d’Or, une voie de glace longue (environ 350 mètres) et difficile (WI 5+) de réputation internationale située dans le parc Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie. Elle a été grimpée pour la première fois en 1980 par les Américains Kurt Winkler et Tim Tierney.

La vidéo ci-haut tournée des airs par l’aventurier Frédéric Dion donne un bon aperçu de l’impressionnante paroi et de son environnement spectaculaire et isolé.

Quand on sait qu’il a fallu une douzaine d’heures avant que les autorités ne soient avisées et qu’un sauvetage s’organise, on peut remettre en question le choix de s’engager dans une telle aventure aussi loin de tout, sans moyen de communication fonctionnel.

Sauf que l’un des charmes qui contribuent au défi d’une telle ascension dans les Hautes-Gorges est justement l’éloignement de la voie et la longueur de l’approche. La Pomme d’Or se mérite!

D’une bonne trentaine de kilomètres, la distance pour atteindre la voie de glace nécessite normalement du camping sur place. Plusieurs faisaient même une partie de l’approche en motoneige par le passé, avant de compléter la section dans le parc en raquettes ou en skis. Une pratique motorisée qui ne serait plus possible depuis quelques saisons.

Est-ce qu’un téléphone satellite ou un appareil de messagerie d’urgence de type SPOT auraient pu changer l’issue de cette funeste sortie? La question se pose logiquement, mais la réalité est que les coûts associés restent encore assez élevés et peu d’aventuriers de fin de semaine en font usage.

Le plan d’urgence des grimpeurs, s’ils en avaient un, a certainement fait défaut samedi. Mais comme la plupart d’entre nous, dans l’excitation d’une nouvelle aventure à vivre, ils étaient évidemment bien loin de se douter qu’ils allaient être plus tard en difficulté.

Une dure leçon qui doit maintenant servir… et faire réfléchir.

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