Vincent Marissal

Archive du 10 janvier 2013

Jeudi 10 janvier 2013 | Mise en ligne à 14h15 | Commenter Commentaires (80)

Populaire, mais pas nécessaire

Il y a un an, le député péquiste François Rebello quittait le navire de Pauline Marois pour se joindre à la CAQ de François Legault (Photo: Le Devoir)

Il y a un an, le député péquiste François Rebello quittait le navire de Pauline Marois pour se joindre à la CAQ de François Legault (Photo: Le Devoir)

Selon le ministre Bernard Drainville, «les Québécois en ont plein le pompon» des transfuges en politique, ce pourquoi il veut déposer un projet de loi pour obliger les vire-capots à se faire réélire d’abord avant de changer de parti. Dans les coulisses, on appelle ça, à la blague, la loi Rebello, du nom de l’ancien député péquiste, François Rebello, qui a quitté son parti il y a un an pour joindre la CAQ.

Voilà une mesure populaire auprès de l’électorat, mais néanmoins inutile et coûteuse dans la vraie vie.

M. Drainville a raison de dire que les électeurs n’aiment pas les transfuges, mais sa sortie laisse croire que notre démocratie est minée par un phénomène répandu, voire endémique. Or il n’en est rien.

Voici un extrait d’une chronique que j’ai écrite sur le sujet il y un an, presque jour pour jour:

(…) les transfuges sont une rareté et non une épidémie en politique.

Une compilation faite avec l’aide du bureau de la Chambre des communes démontre que, au cours de la dernière décennie, seulement sept députés ont quitté leur parti pour un autre (on ne peut mettre dans le lot les alliancistes qui se sont joints au nouveau Parti conservateur). De ces sept transfuges, trois ont été battus aux élections suivantes, deux ne se sont pas représentés et un seul a été réélu sous une nouvelle bannière.

À Québec, impossible d’obtenir une telle compilation, mais les transfuges y sont aussi plutôt rares. On observe un mouvement vers la CAQ depuis quelques semaines mais, officiellement, ces députés siègent comme indépendants parce que leur nouveau parti n’est pas reconnu à l’Assemblée nationale.

Je réécrirais exactement la même chose aujourd’hui, ajoutant que les transfuges sont, de toute façon, presque systématiquement battus aux élections suivant leur défection, comme ce fut le cas des anciens péquistes François Rebello et Benoît Charette, devenus caquistes en 2012. Leur collègue transfuge, Daniel Ratthé, a toutefois été réélu sous la bannière de la CAQ, un rare cas de vire-capot survivant.

Les partisans de la nouvelle loi anti-transfuge affirment qu’en changeant de parti, les vire-capots trahissent les électeurs qui les ont élus sous une autre bannière. La nouvelle loi permettrait donc de siéger comme indépendant jusqu’aux prochaines élections, mais pas de changer carrément de couleur pendant le présent mandat. Le résultat, c’est que les transfuges ne risqueront pas de se faire battre dans une partielle et ils siègeront donc officiellement comme indépendants tout en travaillant activement à leur réélection sous leur nouvelle bannière, comme l’ont fait les adéquistes et les péquistes passés à la CAQ.

Je ne vois pas en quoi l’électeur sera moins «trahi»…

Cela dit, certains cas (très rares, heureusement) de transfuges laissent un bien vilain goût dans la bouche. Ce fut le cas, au fédéral, de Belinda Stronach (passée des conservateurs aux libéraux) et de David Emerson (qui a fait le chemin inverse) nommés ministre le jour même de leur changement d’allégeance.

Au Québec, toutefois, aucun cas récent du genre.

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