J’entendais mon collègue Martin Bégin, ce matin au bulletin de nouvelles radio de Radio-Canada, dire que Marc Garneau, le dernier candidat à se lancer dans la course à la direction du Parti libéral du Canada, n’est pas un personnage aussi polarisant que certains autres (pensons à Justin Trudeau, notamment) et qu’il ne s’est pas fait d’ennemis à Ottawa depuis qu’il y siège.
Vrai, je ne connais personne qui déteste Marc Garneau, mais cet ancien astronaute est tout de même considéré par plusieurs de ses collègues comme un drôle d’oiseau dans la grande volière politique.
Ce héros de l’histoire aérospatiale canadienne, qui a voyagé dans les navettes spatiales de la NASA, devenant le premier canadien à aller dans l’espace, tient parfois des propos étonnants, teintés d’une candeur inhabituelle dans le milieu très contrôlé de la politique.
Cette personnalité a même sérieusement compliqué son arrivée en politique. Il a été battu par Meili Faille du Bloc québécois dans Vaudreuil-Soulanges en 2006. Il aurait voulu ensuite se présenter dans Outremont, mais le chef d’alors du PLC, Stéphane Dion, lui avait bloqué la route. Il s’est finalement fait élire dans Westmount-Ville-Marie en 2008. En toute justice, il faut dire que M. Garneau a mangé ses croûtes depuis ses premiers pas laborieux en politique. Il a patiemment et loyalement milité au sein du PLC, où il a défendu, entre choses, la reconnaissance de la nation québécoise, et il a contribué à l’élaboration de certaines politiques, notamment en science. Il est, par ailleurs, un des derniers défenseurs du PLC au Québec et un loyal soldat libéral à la Chambre des Communes.
En janvier 2006, lors d’une de ses premières entrevues politiques, il m’avait expliqué qu’il n’hésiterait pas une seconde à quitter le Québec si jamais le OUI devait l’emporter dans un nouveau référendum. Cette déclaration lui avait valu les critiques de ses propres collègues et les railleries de ses adversaires souverainistes. Loin de se rétracter, il avait expliquer quelques jours plus tard qu’il voudrait amener Gilles Duceppe et André Boisclair dans l’espace, convaincu que la vision lointaine de la Terre leur passerait leurs velléités souverainistes…
Voici comment il expliquait les effets de l’espace, ici, dans cet extrait sonore.
Mon premier contact avec l’astronaute devenu politicien est résumé dans cette chronique, publiée dans La Presse le 4 janvier 2006.
Les épouvantails sont fatigués
Marissal, Vincent
Excusez le jeu de mots un peu facile, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que l’atterrissage de Marc Garneau dans le merveilleux monde politique est plutôt difficile.
Non parce que l’ex-astronaute regrette avoir quitté son poste à l’Agence spatiale canadienne pour se présenter sous la bannière libérale dans Vaudreuil-Soulanges, mais il prend conscience avec émotion qu’il est plus prestigieux de porter le drapeau canadien dans une navette de la NASA que dans les villages francophones du Québec.
En fait, M. Garneau constate la même chose que plusieurs de ses collègues depuis l’éclosion du scandale des commandites: il est bien difficile de ” vendre ” le Canada aux Québécois. Même pour un héros de l’espace, qui a la feuille d’érable tatouée sur le coeur, au point où il avoue sans détour qu’il ne pourrait supporter de vivre dans un Québec indépendant.
” Je quitterais le Québec, c’est certain, a-t-il lancé hier matin au cours d’un entretien dans un café du Vieux-Montréal. Pourquoi je resterais? J’en serais incapable, je me suis battu contre l’indépendance toute ma vie. Je suis canadien, j’ai servi mon pays dans la marine, puis dans l’aérospatiale. “
Chose certaine, on ne pourra jamais douter de l’attachement de Marc Garneau pour le Canada. Ni de sa candeur. Même Jean Chrétien, qui ne pourra jamais être soupçonné de quelque sympathie envers le mouvement souverainiste, a déjà dit qu’il continuerait d’habiter sa grande maison de Lac-des-Piles si le Québec devenait indépendant.
Mais Marc Garneau fait partie de ces fédéralistes québécois convaincus que l’accession du Québec à la souveraineté serait une catastrophe pour les Québécois. ” Ils le regretteraient amèrement après quelques années seulement “, dit le candidat libéral. Notez le ” Ils “, puisque lui ne veut pas être de l’aventure.
Pour un fédéraliste convaincu comme Marc Garneau, le moment est mal choisi pour entreprendre une carrière politique au Québec. Surtout qu’il a la mission difficile de reconquérir une circonscription perdue aux élections de 2004. Toujours considérée comme une forteresse libérale, notamment à cause de ses 25 % d’anglophones et d’allophones, Vaudreuil-Soulanges a élu la bloquiste Melli Faille il y a 18 mois.
Le candidat-vedette trouve évidemment difficile de se faire traiter de voleur dans ses tournées électorales (après tout, il n’a rien, strictement rien, à voir avec le scandale des commandites), mais il dit être capable d’en prendre. Ce qu’il trouve le plus frustrant, c’est ce sentiment d’impuissance à partager sa passion pour le Canada. Là encore, M. Garneau constate ce que bien de ses collègues ont constaté depuis des années: sur le terrain des symboles et des émotions, les souverainistes sont durs à battre.
” J’ai l’impression que je n’arrive pas à vendre ma vision du Canada, alors que les souverainistes peuvent dire n’importe quoi, se désole M. Garneau. Quand Gilles Duceppe, par exemple, dit que son parti a voté dans 82 % des occasions avec le gouvernement libéral parce que c’était dans l’intérêt du Québec, on oublie de dire que c’est parce que dans 82 % des occasions, c’est le gouvernement libéral qui a proposé ce qui était bon pour le Québec. “
Mais au message positif- ” le gouvernement libéral propose ce qui est bon pour le Québec “- s’ajoute le pendant négatif: le spectre du référendum et des marasmes post-souveraineté.
” Je ne peux pas parler du Canada et de la valeur du fédéralisme sans parler aussi des dangers et des conséquences de la souveraineté “, expliqueMarc Garneau.
Le problème de M. Garneau, c’est que les ” dangers ” de la souveraineté inquiètent beaucoup moins les Québécois qu’auparavant. Cela ne veut pas dire qu’ils voteront majoritairement Oui au prochain référendum, mais ils se sont habitués, tranquillement, à vivre avec l’idée de la souveraineté.
Bref, l’épouvantail de la ” séparation ” est fatigué. Mais ça, les libéraux fédéraux, à commencer par leur chef qui ne cesse de parler d’une élection référendaire, ne l’ont pas encore tout à fait compris. Voilà qui explique en grande partie les problèmes de Marc Garneau dans Vaudreuil-Soulanges. Et des libéraux un peu partout au Québec.
Reste à voir si les électeurs ontariens, qui détiennent encore la clé des prochaines élections, s’émouvront, eux, des périls référendaires. Paul Martin mise encore là-dessus: convaincre les Canadiens que seul son parti peut maintenir l’unité nationale. Et certainement pas, en tout cas, un gouvernement minoritaire conservateur n’ayant aucune base au Québec et devant céder la balance du pouvoir aux ” séparatistes ” du Bloc québécois.
Cet argument peut encore résonner, mais celui voulant que Stephen Harper soit une dangereuse créature de droite ne semble pas vouloir prendre cette fois. Voilà un autre épouvantail fatigué dans l’arsenal électoral libéral.
Mais Paul Martin essaye encore de taper sur ce clou. Sentant le souffle chaud de son adversaire conservateur, M. Martin a affirmé lundi que Stephen Harper, s’il prend le pouvoir, nommera dans son cabinet d’ex-membres du gouvernement de Mike Harris, encore plus à droite que l’ancien premier ministre ontarien. Tiens, Mike Harris… Il y avait longtemps que l’on n’avait entendu ce nom. Les libéraux doivent vraiment sentir que ça chauffe.
L’usure du pouvoir finira peut-être par rattraper les libéraux, ce qui serait normal, après tout, après plus de 12 ans au pouvoir. Ce qui n’est pas normal, c’est que les électeurs n’aient pas de solution de rechange valable sous la main pendant si longtemps. Stephen Harper, avec une très bonne campagne, leur aura donné à ce jour l’impression que, pour la première fois, cette solution existe peut-être. Mais ne tenez pas les libéraux pour battus. Ces gens-là sont comme des chats, ils retombent presque toujours sur leurs pattes.
Ils nous réservent apparemment des surprises dans les prochains jours, surtout après les derniers débats, la semaine prochaine, au moment de la présentation de leur programme électoral. Et ce, même si Paul Martin a dit lui-même avant les Fêtes qu’il n’avait pas besoin de faire des promesses parce que son excellent bilan suffit pour mener campagne.
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seb.b
28 novembre 2012
11h08
Je ne comprendrai jamais un gars qui essaye de défendre un pays qui a imposé sa constitution au peuple québécois sans son accord. C’est le texte le plus important de n’importe quel pays du monde mais les québécois devraient accepter de s’être fait rouler dans la farine sur un sujet aussi fondamental? Franchement…
atchoum
28 novembre 2012
11h25
« Il est, par ailleurs, un des derniers défenseurs du PLC au Québec et un loyal soldat libéral à la Chambre des Communes. »
.
Il défend quoi au juste? La Constitution de laquelle est exclue le Qc? Le scandale des commandites où la fin a justifié les moyens? Ou le droit d’être élu à vie dans une circonscription ne reconnaissant qu’une couleur?
raman
28 novembre 2012
11h54
Étrangement, son voyage dans l’espaces ne semble pas l’avoir convaincu que le Canada devrait fusionner avec les États-Unis…
philgra
28 novembre 2012
11h56
Avec de tels candidats à la chefferie, il n’est pas très risqué de prédire la fin du PLC… du moins tel qu’on le connait.
guardian
28 novembre 2012
12h31
C’est pas aussi lui qui disait que vu de l’espace, il était évident que le Canada était indivisible ou quelque chose du genre. Le pauvre astronaute a dû manquer d’air au cerveau dans ses voyages spatiales.
dkca
28 novembre 2012
12h44
Garneau, une autre ( formidable ) non-menace pour Harper.
C’est grand dommage ; pendant ce temps, le Canada et ses valeurs ( dont un sondage récent indique que les Canadiens, déjà, ne s’y retrouvent plus ! … ) se fait démantelé.
Harper serait un agent des USA qu’il ne ferait pas mieux .
M’enfin …. Il me, et nous, sera loisible de se rabattre sur mon futur, et alors plus que nécessaire, État, le Québec.
mendell
28 novembre 2012
12h54
Moi je le déteste. Voilà vous connaissez une personne.
Ce n’est pas de la candeur, c’est un manque d’intelligence “politique”. Il n’est pas bête, mais dis des sottises quand il ouvre la bouche.
gillesfpelletier
28 novembre 2012
12h57
Marc Garneau doit être pris au sérieux politiquement parlant. Comme astronaute, c’est un brillant candidat et il a fait ses preuves dans sa profession. Au plan politique, il ne nageait pas comme un poisson dans l’eau, mais jusqu’à maintenant, il semble qu’il ait fait ses classes et je crois que tout compte fait, il va dépasser le candidat Trudeau qui n’a absolument rien pour être considéré comme un candidat sérieux, brillant et surtout suffisamment adulte pour occuper le poste de Chef des Libéraux fédéraux et entrevoir la possibilité de battre Harper aux prochaines élections. Garneau, va être un candidat à surveiller de très près . . . il a beaucoup de potentiel tant pour francophones que pour les anglophones.
Gilles Pelletier, Québec
pogz
28 novembre 2012
13h23
Correction: “qui a voyagé dans les navettes spatiales de la NASA”
Une seule d’après ce que je sais. Elle a d’ailleurs explosé deux ans plus tard…
journalistetudis
28 novembre 2012
16h27
Ce type est comique oui,ces arguments federaliste aussi,ce n est pas Garneau le commentateur sportif c est celui qui est dans la lune, ouin…….. le prochain chef du PLC c est lui ou Justin,ouin…….bon bin,bonne journee la……….SONT FOU CES CANADIANS…….Alain Legault
jippece
28 novembre 2012
16h35
Il ferait un chef dans la même lignée que S. Dion, en plus direct sur la lune et dans la lune.
jpcantin
28 novembre 2012
17h00
Quand je l’entends, j’ai l’impression que mon cerveau entre en apesanteur.
Excusez-la…
Je voudrais bien savoir qui, de ses collègues, l’appuient. Et pourquoi.
Sûrement pas pour son charisme…
gordonsawyer
28 novembre 2012
19h22
Euh… C’est parce que Marc Garneau est un homme de science, (et non exclusivement un ”astronaute”), M’sieur Marissal.
Pour lui, les dogmes, peu importe leur matrice idéologique respective, demeurent une absurdité, et ce, au sens propre du terme.
Que ceux-ci soient bleu, rouge, jaune, violet, pourpre, ou autres.
La pensée universaliste, quoi.
Ne tentez pas de le rabaisser, jeune homme. Puisque comme le disait Hubert Reeves, avec force justesse :
” L’Univers est une machine à faire de la conscience ”
Gordon Sawyer
Montréal
alexandrine55
28 novembre 2012
20h09
Dans le monde actuel, nous n’avons pas besoin d’un rêveur mais d’un dirigeant qui a les qualifications pour assumer le rôle d’un premier ministre, la tête sur les épaules avec le sens de l’administration. Il a un beau parcours dans l’aérospatial, sans doute en bonne forme physique pour un homme de son âge, mais je crois qu’il vit encore dans l’espace intergalactique… Alors je ne voterais pas pour un rêveur, ce n’est pas ce dont les Canadiens ont besoin…
F Vézina
gerarlam
28 novembre 2012
22h54
Marc Garneau est un grand québécois, le premier canadien dans l’espace, mais , selon son parcours,il ne sera jamais un homme d’intrigues.
Comme le disait Gilles Vigneault, pour être en politique il faut pratiquer l’art des intrigues et des compromis.
Comme astronaute, la rigueur la discipline , l’esprit de corps , la totale coopération et la confiance envers ses co-équipiers et l’équipement qu’il a dû déployée n’en feront jamais un homme qui doit dire ce qu’il ne pense pas et penser ce qu’il ne dit pas.
Ronald_Weinberg
29 novembre 2012
02h47
Que pensez-vous du retour de Mario Dumont dans la politique et cette fois-çi chez les conservateurs ?
chip
29 novembre 2012
09h11
Marc Garneau? Trop “spaced out” pour aspirer à devenir PM.
pierrebrunelle
29 novembre 2012
10h41
c est pas complique, le choix est le suivant:
cv (Marc Garneau) vs adn (Trudeau)
johnbull
9 décembre 2012
07h25
Bonjour,
Politicien atypique ou peut être politicien en service commandé pour au moins avoir une course à la chefferie du Parti Libéral du Canada, the only Natural Governing Party. Merci beaucoup, John Bull.