Marie-Claude Lortie

Archive de la catégorie ‘Le monde et les femmes’

Jeudi 19 juin 2014 | Mise en ligne à 15h53 | Commenter Commentaires (204)

La Terre appelle Peter MacKay

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Le ministre Peter MacKay semble bien attaché à son nouveau bébé sur cette photo mais rassurez-vous, il n’est pas assez attaché pour que cela l’empêche de bien jouer son rôle de ministre de la Justice. Photo du compte Twitter de M. MacKay.

Le ministre de la Justice conservateur Peter McKay a trouvé une nouvelle belle explication moderne pour justifier la sous-représentation des femmes chez les juges: elles sont trop attachées à leurs enfants, dit-il. Donc les avocates ne seraient pas portées à lâcher les couches pour aller s’assoir sur le banc pour entendre des causes. (Allô ? Le poste de juge est en fait bien plus souvent apte à la conciliation travail-famille que le job d’avocate en pratique privée)
Et la sous-représentation des minorités ? C’est parce que les juristes issus de ces communautés ne postulent pas assez pour les emplois, dit le ministre.
Une belle analyse sophistiquée et finement ciselée de la situation. (Allô !!! A-t-il jamais lu le moindre rapport de recherche sur les barrières à l’embauche chez les minorités visibles ? Et sur la nécessité de pallier à ces problèmes en faisant des efforts spécifiques pour faire tomber les barrières ?)
Nous sommes sur Terre, M. MacKay, une planète où tout a le malheur d’être pas mal plus complexe que vos analyses simplistes et aveugles.
Le sexisme et la discrimination systémique ça vous dit quelque chose ?
Misère.
Les propos du ministre ont été rapportés dans cet article du Toronto Star.
À ne pas manquer, cet article de Lina Dib de La Presse Canadienne, qui rapporte notamment les réactions gênées des collègues de M. MacKay.

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Mardi 3 juin 2014 | Mise en ligne à 19h26 | Commenter Commentaires (225)

Mariés, pas mariés…

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Après avoir eu un bébé, Kim et Kanye ont choisi de se marier… Combien on parie qu’ils sont passés chez le notaire pour régler les questions financières.

Après des années de discussions sur le sujet, dans la foulée de l’affaire Lola et Éric, et après une analyse méticuleuse du dossier, le Conseil du statut de la femme propose au gouvernement de réformer le droit sur la famille pour que la protection offerte aux conjoints de fait soit la même que celle fournie aux couples mariés. À moins, et le “à moins” ici est très important, que le couple décide de se soustraire à cette protection.
En d’autres termes, le CSF propose qu’au lieu que les couples de fait n’aient aucune des protections légales du mariage (à moins d’aller chercher un acte notarié pour encadrer leurs responsabilités mutuelles comme c’est la nécessité actuellement), ce soit plutôt la protection qui soit accordé aux couples de fait automatiquement, alors que la soustraction aux droits et responsabilités légales du mariage, devrait se faire devant notaire. ( Julie Miville-Dechêne, présidente du CSF, explique tout ça ici)

On renverse les obligations. Le régime par défaut changerait.

Donc on ne retirerait pas aux conjoints de fait leur liberté de ne rien se devoir l’un l’autre, mais on leur dirait que c’est cette liberté qui devrait être notariée et non la responsabilité mutuelle, incluant le partage du patrimoine acquis durant l’union.

Mon avis sur l’avis ? Excellent avis. Comme le conseil, je crois qu’il faut s’enligner sur la jurisprudence de plusieurs autres pays et provinces et considérer que le couple a responsabilités et des droits — parce que être considéré comme “marié” cela ouvre aussi toutes sortes d’accès aux rentes, protections d’assurance, assurances-vie etc. — dès qu’il vit ensemble depuis un certain temps. Le CSF propose deux ans — et s’il y a enfant.

Pourquoi faut-il renverser le cas “par défaut” ? Parce que vivre en union libre est trop peu souvent une décision “éclairée”

« La théorie voulant que la décision de vivre en union libre soit un choix éclairé ne tient pas la route, croit Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme. Il se peut que ce choix soit celui d’un seul des deux partenaires ou encore que le couple manque d’information sur les conséquences financières de leur mode de vie », a souligné la présidente du Conseil, Mme Julie Miville-Dechêne.

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Lundi 19 mai 2014 | Mise en ligne à 23h53 | Commenter Commentaires (56)

Abramson, la suite

Dimanche matin, l’ex-directrice du New York Times, Jill Abramson, dont le congédiement fait couler énormément d’encre depuis mercredi dernier, est finalement apparue en public. Elle était invitée à parler aux nouveaux diplômés de l’université Wake Forest, à Winston-Salem en Caroline du Nord, le fameux “commencement address” typique des cérémonies de remises de diplômes universitaires américaines. Après une ovation monstre, elle a parlé pendant une quinzaine de minutes. A déclaré qu’elle ne se débarrasserait pas de son tatouage en T à l’effigie du Times. “Not a chance”, a-t-elle répondu, réaffirmant son amour pour le journal. Sa fierté. Mais elle en a profité pour noter quand même que sa situation n’était pas facile, bien qu’elle ait toutes les intentions du monde de poursuivre son chemin la tête haute.

“You know the sting of losing, a-t-elle dit aux nouveaux diplômés. When that happens, show what you are made of.” (Vous connaissez la douleur de l’échec, mais quand cela arrive, montrez de quel bois vous vous chauffez.)

La journaliste a rendu hommage à Katharine Graham, l’éditrice du Washington Post à l’époque du Watergate. À Nan Robertson, une des pionnières en reportage politique du Times, auteur de Girls on the Balcony, un livre qui parle de discrimination envers les femmes, à Washington et au New York Times

Depuis mercredi, date de l’annonce, les commentaires, analyses, reportages, blogues et autres textes d’opinions se multiplient au du départ de Mme Abramson. En gros, ce qu’on comprend, c’est que Mme Abramson a perdu la bataille entre elle et Dean Baquet, celui qui prend sa place, qui était tout juste sous elle à la direction des nouvelles et qui n’a jamais digéré qu’elle ait été nommée à sa place à la tête du journal. Apparemment, ces numéros un et deux, qui devaient travailler ensemble, n’ont jamais fait équipe au point où elle a tenté de diluer son autorité en nommant une directrice des nouvelles numériques qui aurait été son vis à vis, sans le consulter. Selon le New Yorker, les autres patrons étaient au courant. D’autres médias disent que non…. Ce qui n’est pas réellement expliqué nulle part c’est pourquoi la compétition entre elle et Baquet ne s’est jamais calmée et jusqu’à quel point les jeux d’alliances internes qui ont découlé de cet affrontement et fini par jouer en la défaveur de Mme Abramson étaient soumis aux vieux réseaux traditionnels du “boys club”.

Il est clair, lorsqu’on écoute le discours de Mme Abramson et lorsqu’on lit les reportages nourris aux sources anonymes visiblement proches d’elle — je pense au New Yorker — qu’elle-même estime avoir été soumise aux embuches qui frappent les femmes oeuvrant dans des milieux traditionnellement masculins. Notamment une réaction outrée du patron quand elle a commencé à demander des explications pour l’écart son salaire et celui de son prédécesseur. (Celui-ci nie que cela a joué un rôle dans son congédiement) Et un jugement généralement assez dur au sujet de sa personnalité et de ses traits de caractère. À noter, les appuis qu’elle a reçus de Tina Brown, ancienne rédactrice en chef de Newsweek, Daily Beast, Vanity Fair, New Yorker… et d’Amanda Wilson, ancien éditrice du Sydney Morning Herald.

Quelques lectures pour comprendre tout cela…

On commence par ce texte de Nathalie Collard dans La Presse + pour une vue d’ensemble et des commentaires québécois.

Ensuite, évidemment, il faut lire David Carr, le journaliste du Times spécialiste des médias, personnage haut en couleur — je l’ai déjà entendu en conférence à South By Southwest, où il avait parlé notamment de son passé de drogué — qui propose ici un texte très personnel sur les événements, vus de la salle de nouvelles du grand journal new-yorkais.

Ensuite, on ne peut passer à côté de
Ken Auletta du New Yorker, spécialiste des médias, qui a écrit plusieurs textes sur la question. Il écrit notamment sur le conflit impliquant Mme Abramson, au sujet de la nomination de la nouvelle co-directrice de l’information pour tout le numérique et aussi sur les questions d’équité salariale évoquées parmi les facteurs ayant mené à son départ.

On peut ensuite poursuivre avec ce texte de Rebecca Traister dans New Republic. Traister s’est fait connaître à Salon comme reporter spécialiste de ce qu’on appelle en anglais le “gender politics”. Son analyse est clairvoyante.

Ce texte d’Emily Bell publié dans les pages d’opinions du Guardian est aussi percutant.

“She broke the clubhouse rules. She never became that mythical female boss who is assertive but not aggressive, nurturing but not mothering, not so strong that it bothers the men, but never weak like a woman.”

Aussi, prédit-elle, malgré tout ce qu’il a fait et dit, Arthur Sulzberger Jr ne lira probablement jamais de portrait de lui où on explique qu’il n’était pas compétent parce qu’il ne tenait pas compte de l’impact émotionnel de ses décisions et de son style de gestion…. Ce qu’on a pourtant reproché à Mme Abramson.

Je recommande aussi la lecture de ce texte d’Amanda Hess, dans Slate.

Je recommande aussi ce témoignage d’Amanda Wilson, seule femme à avoir jamais dirigé le Morning Herald de Sydney.

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