
La Marche pour la Vie hier à Ottawa. Photo Canadian Press.
L’ancien chef de cabinet de Brian Mulroney, Norman Spector, a tenté de me rassurer ce matin sur Twitter en affirmant ” Il n’y a pas de loi et il n’y aura pas de loi.” Reste que je suis inquiète pour la liberté en matière d’accès à l’avortement quand j’apprends que des députés fédéraux conservateurs travaillent assidument, petit à petit, à rouvrir le débat sur cette question.

La nouvelle était à la une du Post ce matin. Dans le Globe aussi. Une trentaine de députés et sénateurs ont participé hier à la marche contre la liberté en matière d’avortement qui se tenait à Ottawa. Leur but cette année: alerter l’opinion publique à l’avortement de foetus féminins, pratique totalement marginale au Canada mais répandue en Asie, notamment en Inde.
Comme ce gouvernement sait comment fonctionner discrètement, sous les radars, sans déclencher de grands éclats, l’approche à petit pas que semblent préconiser les militants dits pro-vie a de quoi semer le doute. Ce n’est pas le gouvernement qui manoeuvre. Mais ses députés d’arrière-banc. Les élèves pourraient-ils dépasser le maître ?
Les militants pro-choix ont raison d’être sur le qui-vive.
Mais quel gâchis.
Quel gâchis parce qu’il y a de vraies questions pointues troublantes touchant les avortements dont on devrait pouvoir parler et donc on ne parle pas et dont on ne parlera pas tant que les soit-disants Pro-Vie seront aussi braqués, immuables dans leurs positions, menaçants. Les avortements systématiques de foetus féminins ? Les avortements ultra-tardifs ? Pas des questions inintéressantes.
Même la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville Dechêne, pro-choix s’il en est une, admet qu’il y a de microzones de questionnements. (Bien qu’au Québec, il y ait moins de 200 avortements tardifs — quand les mères sont enceintes de plus de deux trimestres — et que les études qui semblent indiquer qu’il y ait un problème d’avortements destinés à éliminer les filles sont minuscules et donc statistiquement peu fiables. )
Mais comment avoir une discussion sérieuse, songée, équilibrée, sereine, avec des intégristes ? Laisser entrer le loup dans le poulailler ? Jamais de la vie.
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