
Photo Robert Skinner, La Presse.
Je reviens du parc Maisonneuve où j’ai couru comme 24 000 autres Montréalais. Suis-je déçue de ma course ? Oui. Comme à chaque fois que ma carcasse me refuse un record personnel. Aurais-je voulu être ailleurs aujourd’hui ? Non. J’avais promis à mes copines de courir un demi-marathon avec elles. Je ne pouvais pas les laisser tomber. On a embarqué toutes nos familles. Je suis contente de ma journée. Mon fils a gagné une médaille. Juste pour cela, ça valait la peine de se lever à 6h30 ce matin, de prendre le métro, de monter Viau en courant pour ne pas manquer le départ.
Vais-je me réinscrire l’an prochain ? Je ne sais pas.
Pourquoi l’ambivalence ? D’une part parce que certains facteurs sont franchement déplaisants et mériteraient, à eux seuls, de délaisser cet événement pour d’autres. D’autre part parce que, comme l’expliquait mon collègue Yves Boisvert dans sa chronique hier l’organisation du marathon et de toutes les courses qui ont lieu dans le même cadre vient d’être achetée en partie par un groupe américain. Ceci signifie peut-être un coup de barre et peut-être que l’an prochain, les corrections nécessaires auront été apportées à l’organisation de l’événement.
Donc je réserve ma décision.
Mais tel quel, il y a trop de “moins” et pas assez de “plus” .
Les plus: On est à Montréal, dans votre ville. Gros gros plus d’encourager un tel événement et tout l’enthousiasme sportif que cela génère dans toute la métropole. Autre plus: il y a beaucoup de courses pour tous les niveaux et tous les âges, donc on peut y aller en gang. Cela devient un vrai happening, un moment rassembleur. Aussi, le temps de l’année est agréable (sauf quand la météo décide de nous servir de l’été en plein automne).
Les moins: Je n’ai jamais couru le marathon de Montréal, mais je peux dire maintenant que le parcours du demi-marathon est franchement déplaisant, peu importe ce qu’en dit le président directeur général Bernard Arsenault. Toute la première partie est en montée, remplie de faux plats. Ensuite, à 10-11 km on a une petite pause, et c’est quand on est vraiment en train de bucher, au 16e km, qu’arrive la rue Pie-IX, avec sa montée encore. J’ai couru un demi à Granby l’an dernier, lui aussi rempli de côtes, et je cours régulièrement sur la montagne. Les pentes, je connais. Mais l’impression d’en grimper sans arrêt pendant 18 km sur 21km, non merci. Ce que je connais aussi ce sont les courses sur terrain plat. Beaucoup mieux. La meilleure distance à Montréal, avec les parcours tels qu’ils sont là, est à mon avis le 10km. La seule où les montées et les descentes sont équilibrées.
Un autre gros moins: l’organisation de la course de 1km. Une course avec des tout-petits, il faut faire ça en boucle. Pas avec un point de départ et un point d’arrivée différents. Sinon, on se perd. Et c’est ce qui est arrivé à des dizaines d’enfants et de parents ce matin.
Vu la foule et ces circonstances, la solution était de courir à côté du plus petit et de ne jamais lui lâcher la main. Mais imaginez une course déjà archi-pleine d’enfants qui se remplie d’autant de parents. Et on fait quoi quand on a plus d’un enfant qui courent à des vitesses différentes ? On amène toute la famille élargie pour que chacun s’occupe d’un enfant ? Ceci ajoute encore plus de monde. L’autre option, c’est de se dire qu’on va tous se retrouver à la fin. Mais c’était extrêmement difficile. J’ai brièvement cherché un de mes enfants — il avait en fait été mis dans une sorte d’enclos pour les gagnants — et d’abord longuement cherché, en vain, quelqu’un qui pouvait m’aider à le retrouver. Ce faisant, j’ai croisé des parents en larmes, en quête de leurs petits. Au moment de la remise des médailles, une mère et un père totalement au bord de la crise de nerf sont venus prendre le micro pour implorer la foule de les aider à retrouver leurs fils et filles, dont un frère et soeur de 3 et 5 ans. C’était horrible. Même quand tout le monde finit par se retrouver, des expériences comme ça sont tellement traumatisantes qu’il faut tout faire pour les éviter. Donc grosses grosses lacunes à corriger. Meilleur parcours, meilleurs systèmes pour diriger les enfants seuls dans un lieu commun à l’arrivée, plus de bénévoles informés avec talkie-walkie. Encourager les enfants à courir ainsi est une excellente initiative. Mais l’événement est rendu tellement gros qu’il faut changer les façons de faire.
Je pourrais continuer avec des commentaires sur le manque de Gatorade ici et là, sur la confusion sur le pont, sur ceci et cela, mais ce sont des détails.
Le marathon a-t-il grossi trop vite, me demandait tout à l’heure le collègue Cassivi sur Twitter ? Peut-être. D’ailleurs il y a de sérieuses questions collectives et personnelles à se poser sur l’hécatombe des deux derniers kilomètres. Un mort, 25 blessés transportés à l’hôpital, 40 interventions. Je n’avais jamais vu ça. Rues Rosemont et Viau on avait l’impression de traverser un champ de bataille. Est-ce la faute du foutu parcours avec sa montée juste avant la fin ? Est-ce la faute d’un engouement trop fou de coureurs mal préparés ?
On se revoit au parc Lafontaine ?