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Un reportage sur l’abandon des animaux fait par Enquête à Radio-Canada qui a secoué la population l’an dernier.
Ce soir, mon chien a un gros col élisabéthain qui l’empêche de gruger son os et de se coucher comme elle le voudrait. Elle vient d’être opérée. Pas de bébé pour elle. Jamais.
Elle fait un peu pitié avec son accoutrement mais la question de faire ou de ne pas faire cette intervention ne s’est jamais posée. Montréal bat des records d’abandons d’animaux. L’idée de participer à la mise au monde de chiots supplémentaires nous a toujours semblé mauvaise. Très mauvaise. Et encore plus depuis qu’on s’intéresse au monde des chiens et qu’on comprend tous les enjeux de la reproduction canine. Une chienne qui accouche de chiots naturellement, c’est simple. Mais encore faut-il que le maître sache comment encadrer tout ce processus. Savoir avec qui elle devrait avoir des bébés pour ne pas perpétuer des déficiences génétiques, savoir comment accompagner la mère après la naissance, savoir suivre la croissance des petits, amorcer le dressage, comprendre les personnalités des chiots pour bien les préparer à l’adoption, savoir identifier les problèmes de santé potentiels…
Laisser sa chienne avoir des chiots, c’est simple. Le faire de façon éthique et responsable, c’est énormément de travail et d’efforts qui, selon moi, valent mieux être laissés aux éleveurs professionnels.
Je suis étonnée de voir à quel point, cependant, j’ai dû expliquer ma décision depuis quelques jours. “C’est mignon des petits chiots, non ?” m’a-t-on dit à plus d’une occasion. Oui, c’est très mignon. Mais ça ne s’envoie pas à l’Armée du salut quand on n’en veut plus. Et un chien ce n’est pas un humain. Émotionnellement parlant, ça ne lui fait rien de ne pas vivre l’expérience de la maternité ou de la paternité. Il ne se plaindra pas de votre décision à son psy plus tard.
Selon la Ville, entre 40 % et 50 % des Montréalais ont un animal domestique, sauf qu’ils le gardent en moyenne 1,7 an, alors que l’espérance de vie d’un chat et d’un chien dépasse habituellement les 10 ans. Ceci signifie qu’il y a beaucoup d’abandons d’animaux. Dans un tel contexte, n’est-il pas essentiel d’un point de vue éthique de veiller à ne pas ajouter d’animaux à la population déjà existante ?
Des chiffres ? Voici ce que dit la SPCA:
“…la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) lance un appel afin de sensibiliser les propriétaires d’animaux, rappelant que, chaque année au Québec, plus d’un demi-million de bêtes sont abandonnées, principalement pendant la période (des déménagements).
Tous les ans, quelque 575 000 animaux domestiques, la plupart des chiens et des chats, sont ainsi «oubliés», soit l’un des plus hauts taux d’abandon en Amérique du Nord. De ce nombre, 80% finissent par être euthanasiés, faute d’un foyer d’adoption où ils pourraient être recueillis.”
Aux États-Unis, plusieurs États — Rhode Island, Massachusetts, Alabama, Arizona, Arkansas, Californie, New York, Texas et plusieurs villes, comme Los Angeles et Las Vegas, ont des lois et règlements qui obligent d’une façon ou d’une autre certains propriétaires de chiens et de chats à faire stériliser leurs animaux après un certain âge. À Montréal, l’arrondissement de Rosemont-Petite-Patrie songe à rendre cela obligatoire aussi.
La stérilisation d’un animal coûte de l’argent. Ce n’est pas donné. Peut-être est-ce pour cette raison que trop de propriétaires ne songent pas à le faire. La Ville devrait-elle subventionner l’intervention ? Peut-être. Elle devrait en tout cas nous dire ce qui coûte le plus cher: aider les propriétaires à faire opérer les animaux ou ramasser, héberger puis recourir à l’euthanasie pour trop d’animaux abandonnés ?
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