Marie-Claude Lortie

Marie-Claude Lortie - Auteur
  • Marie-Claude Lortie

    Journaliste à La Presse depuis 20 ans où elle est chroniqueuse et critique gastronomique, Marie-Claude Lortie commente l'actualité, entre deux brassées de lavage et un match de soccer.
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    Jeudi 8 septembre 2011 | Mise en ligne à 23h06 | Commenter Commentaires (11)

    Au revoir Michel

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    Michel Roy en 1998. Photo Pierre McCann. La Presse.

    La nouvelle de la mort de Michel Roy m’attriste beaucoup.
    Cela vient tout juste d’arriver.

    Il était très malade.

    C’est un grand grand monsieur qui nous quitte. Un homme qui fut surtout journaliste, ensuite un peu politique puis diplomate. Un grand reporter d’abord et avant tout, qui savait raconter, tout raconter. Un homme qui n’avait pas peur de mettre des mots sur ces choses qui nous filent trop souvent entre les doigts.

    Je l’ai rencontré pour la première fois après mon arrivée à La Presse en 1988. Il n’était plus rédacteur en chef depuis peu. Il venait de démissionner, remplacé par Claude Masson. Il était redevenu journaliste, chroniqueur au Soleil et au Droit notamment. Et il couvrait, comme moi, avec ses lunettes épaisses et sa bouche un peu édentée, une assemblée de la Société Saint-Jean-Baptiste, dont on se préoccupait pas mal plus à l’époque qu’aujourd’hui, puisque s’étirait la “crise linguistique” lancée par la Loi 101 et les contestations juridiques menées par les groupes de pressions anglophones.
    On s’est présentés et quand je lui ai dit mon nom, il m’a dit reconnaître la signature. “Je vous lis et j’aime votre façon d’être féministe”, avait-il commenté. On s’est toujours vouvoyés.

    Ces mots m’avaient profondément touchée et ont probablement eu un impact sur toute ma carrière. Imaginez, un homme de cette envergure, déjà une légende, qui m’a lue, qui m’a aperçue dans le journal, alors que je commence à peine dans le métier. Michel, vous ai-je déjà remercié ?

    Je l’ai retrouvé peu de temps après à Ottawa. Il venait d’entrer comme conseiller spécial dans le dossier constitutionnel auprès de Brian Mulroney. De cette époque je me rappelle bien des lunchs où on devait parler constitution mais où on finissait surtout par parler de métier.

    Un jour, il m’appelle et cette voix avec un léger grésil, qu’il a léguée à son fils Patrice Roy, aussi journaliste, me lance: “Il faut que je vous parle.” J’ai eu peur. Je venais de publier dans le -30-, le magazine des journalistes, un article où je dénonçais le comportement vieux jeu, pour ne pas dire sexiste du premier ministre envers les femmes journalistes de la colline parlementaire. En plein repas, arrive la phrase que je crains: “Au sujet de votre article dans le -30-…” Je tremble un peu. “Je voulais vous dire que la réalité est encore pire.” Dans les cercles politiques, m’explique-t-il, derrière le rideau, les réactions aux articles sont totalement différentes quand la nouvelle, surtout la mauvaise nouvelle dans le regard de certains hommes politiques, arrive par une femme reporter ou commentatrice. Il m’explique que j’ai vu juste. Là encore, immense vote de confiance. Wow.

    Je l’ai revu encore par la suite, après son retour à Montréal. On a été ensemble brièvement notamment, au Conseil de presse où on n’a pas toujours été d’accord.

    La dernière fois que je lui ai parlé, c’était dans un événement mondain, on a discuté pendant quelques minutes du concert qu’on venait d’entendre, puis il m’a regardée en demandant: “Je vous connais comment déjà ?” J’ai failli éclater en sanglot. Je ne l’ai plus jamais recroisé.

    Au revoir Michel. Et merci.
    Sympathies à Patrice. Et à tous ses proches.


    • Contrairement à vous, je n’ai eu qu’une fois l’occasion de croiser M. Michel Roy, mais j’en garde un très bon souvenir. C’était au début des années 1990 à la terrasse du CNA où il mangeait seul à une table. Je me suis permis d’aller le saluer pour le remercier d’avoir contribué à mon éducation politique et même générale par tous les articles du Devoir que j’avais lus, d’abord à la bibliothèque du collège classique que j’avais fréquenté et où j’avais été mis en contact avec le Devoir.

      Il avait souri (timidement, si je me souviens bien) en disant se sentir un peu comme un professeur qui rencontre un ancien élève qui le félicite… ce qui pouvait être intimidant tout en faisant plaisir. Il m’avait invité à m’asseoir et nous avions discuté durant 30 à 45 minutes. Je me rends compte maintenant que nous avions seulement 17 ans de différence, mais j’avais alors l’impression de rencontrer un maître qui avait joué un rôle dans ma formation en tant que citoyen.

      Merci Michel Roy.

      Est-ce qu’on peut avoir votre nom pour vous citer dans un article de ma collègue Nathalie Collard, qui paraîtra demain ? merci. En fait, pouvez-vous lui écrire à nathalie.collard@lapresse.ca ? mcl

    • J’ai rencontré Monsieur Roy à quelques reprises lorsque j’étais étudiant en journalisme. Il venait assez régulièrement à l’Université Laval pour présenter le Conseil de presse, qu’il présidait.

      Sa politesse et sa cordialité envers moi m’avaient surpris, compte tenu que je n’étais qu’un étudiant au début de la vingtaine. Un homme chaleureux, courtois et toujours intéressant. C’est une grande perte pour la profession. Mes condoléances à sa famille.

    • Michel Roy nous a quitté.
      J’ai un souvenir particulier de sa présence à un hommage à un de ses confrères journaliste, au Devoir et à la Presse, décédé.
      Sur la pointe des pieds, il s’est approché de moi, d’autres confrères étaient déjà là, et m’a remis une enveloppe contenant un mot très touchant concernant cette personne.
      J’étais débordée d’émotions et je ne sais plus ce que j’ai répondu!
      C’était l’homme de l’écoute, de la compréhension, respectueux et soucieux de faire du journalisme professionnel.
      Ce journalisme dont on attend beaucoup et qui n’est pas toujours à la hauteur de nos exigences. Nos attentes sont parfois déçues, mais avec son expérience, Michel Roy avait réussi à faire et à dire honnêtement et justement les choses.
      Merci Michel Roy et mes respects à la famille!

    • Très touchant votre article Madame Lortie. En effet M. Michel Roy fut un très grand journaliste de la trempe des René Lévesque, Jean-V. Dufresne et Louis Martin et de quelques autres illustres prédécesseurs tels Louis Francoeur, Jean-Charles Harvey, Jean-Louis Gagnon…

      Parlez-en d’ailleurs à votre confrère Pierre Foglia qui n’a pourtant pas la réputation de distribuer l’éloge à tous vents…

    • Un témoignage touchant.
      J’aime aussi beaucoup votre façon d’être féministe. Votre angle apporte beaucoup de pertinence (et réduit la banalité) aux menus détails qui meublent le quotidien.

    • M. Roy and his family were my neighbours when my family moved from Maine to Montreal, and I had the opportunity to play with both of his kids (Mathieu came a bit later). They taught me how to speak French (although not to write it well enough to grace these pages). Such a kind man, he would spend Saturday afternoons with Isabelle, his lovely daughter, and Patrice, who we knew as Patou (he was the cutest kid ever!). I loved going to their book-filled house, Isabelle was always reading, and Mme Roy was funny, witty, wildly different and one of my mother’s oldest friends. Quel homme, quelle belle famille. Quelle perte pour le Québec. J’ai beaucoup de peine.

    • Quel beau témoignage, Marie-Claude.
      Merci d’avoir partagé ces moments précieux avec nous.

      Mes condoléances sincères à la famille de Michel Roy, à ses proches et à ses amis.

    • 1) Il était fédéraliste; il a fait le seul édito fédéraliste du Devoir en 1980
      2) Il a travaillé auprès de Mulroney, l’un des gouvernements les plus corrompus de l,histoire du Canada
      3) Mulroney l’a récompensé en le nommant ambassadeur en Tunisie. (une supebre job d’un demi-million, sur trois ans, avec chauffeur, résidence, serveurs et tout le tralala sous les palmiers)

      Désolé, mais on n’a pas le même vision de l’homme. (je sais, je sais, on est au Québec, tout le monde est beau, tout le monde est fin, surtout lorsqu’il meurt)

    • @tokyo

      Quel crime! Il était fédéraliste, sans être « ni pur ni dur»! Ouache! Hérésie impardonnable, pas vrai?

    • Depuis plusieurs années je me demandais, seulement comme ça, où était Michel Roy. Car il avait un esprit dont la rigueur et l’objectivité intellectuelles m’avait toujours frappé durant les années 1980-1990. L’annonce de son décès a répondu partiellement à ma question mais elle m’a attristé profondément. Des intellectuels pragmatiques comme lui étaient et sont toujours rares. Sincère sympathie à sa famille et à ses amis.

    • @tokyo

      Tant qu’a faire des commentaires comme le votre, vous auriez pu vous abstenir…
      C’est Quebecois pas a peu pres……

      Tant qu’a moi, je me souviens de Monsieur Michel Roy comme etant un grand journaliste avec un francais impeccable.
      Mes condoleances a toute sa famille et merci Marie-Claude pour ce beau temoignage.

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