Marie-Claude Lortie

Archive du 16 août 2011

Mardi 16 août 2011 | Mise en ligne à 18h22 | Commenter Commentaires (55)

Bonne cuisine et mauvaise attitude

Capture d’écran 2011-08-16 à 18.15.31

L’article du GQ

Il m’est arrivé, un matin, il y a quelque temps, de recevoir un coup de téléphone d’un restaurateur dont l’établissement faisait l’objet, ce jour-là, d’une critique dans La Presse. Il appelait pour se plaindre. Pas content le monsieur. Inexactitude ici. Pas mentionné cela…

Rien d’étonnant, dites-vous ?

Moi, j’ai été super étonnée: ma critique était dithyrambique.

J’y parlais, ce jour-là, d’un de mes restaurants préférés à Montréal. J’en disais vraiment  beaucoup de bien.

J’ai raccroché le téléphone avec un goût amer, très déçue. Je venais de réaliser que j’avais commis, effectivement, une grave erreur en rédigeant mon article: j’avais omis d’y faire part d’une certaine suffisance ou du moins d’une absence d’égards envers les clients, remarquée dans ce lieu comme dans trop de restaurants qui se savent beaux et bons. Par ce coup de fil, l’indélicatesse venait de me sauter aux yeux (ou plutôt aux oreilles).

Cette attitude des restaurants aux allures “cools”, mais qui regardent en fait les clients de haut — surtout ceux qui n’ont pas le profil exact de la clientèle recherchée, souvent avec plus de snobisme que les restos chics et chers — je ne l’ai pas vue qu’à Montréal.  Je l’ai retrouvée à Brooklyn, San Francisco, Portland, Venice et Silver Lake. Je l’ai aperçue de loin à Austin, aussi chez Dos Palillos, à Berlin. (Et ma collègue Alexandra Forbes l’a constatée aussi à Manhattan, chez KO. À lire ici, en portugais…)

Alan Richman, critique gastronomique pour le GQ, est entrée en collision frontale avec cette posture à Queens, au restaurant d’Hugue Dufour, M. Wells. Il y consacre une longue chronique, très dure. (Dont le critique Sam Sifton du NYT a fait une entrée de blogue, lui aussi, tout comme le magazine New York et le Huffington Post)

Je ne suis pas certaine que j’aurais écrit ce texte, ainsi. Mais le journaliste met le doigt, il est clair,  sur un problème que bien des établissements qui connaissent un certain succès, dans un certain style, se partagent. Richman écrit notamment:

“Arrogance today is exhibited by inconsiderate servers who do almost nothing for customers other than slap plates down in front of them and expect a generous tip. Arrogance is a restaurant believing it can prosper without looking after its customers.”

Je suis allée manger chez M. Wells. Et je n’ai vraiment pas eu le genre de service décrit par le GQ.

Mais j’y ai eu droit ailleurs.

L’arrogance de jadis des grands restaurants aux serveurs coincés dans leur décorum “nappe blanche” qui faisaient peur aux non-initiés, a été remplacée par une autre sorte d’arrogance, écrit en substance Richman. Celle des restaurateurs et des serveurs qui pensent qu’ils peuvent survivre sans s’occuper de leurs clients. Celle des gens, ajouterais-je, qui se trouvent trop cool.

En anglais, M. Wells est considéré un diner. Le titre du papier: “Diner” de cons. Aouch.

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