
Photo Ivanoh Demers. La Presse.
En 2007, j’ai fait deux séries sur la situation dans les hôpitaux. Deux séjours où j’accompagnais des médecins, en secret, dans leur quotidien. Une fois des chirurgiens, une autre fois un urgentiste. À chaque fois, je suis tombée sur des gens dévoués travaillant dans des conditions hyper difficiles. À chaque fois, on m’a dit deux choses.
1- Le vrai drame, c’est la banalisation de la médiocrité de nos moyens. En d’autres mots, le fait que tout le personnel hospitalier finisse par s’habituer à ses ressources toujours plus limitées.
2- De l’argent, dans le système, peut-être qu’il y en a, mais nous, on ne le voit pas.
Eh bien voilà.
Voilà enfin les chiffres qui confirment ce dont on se doute depuis des lustres. Tous les millions pour ne pas dire milliards injectés en santé ne vont pas là où ils devraient aller. Au lieu d’aller dans les soins, directement aux patients, ils vont dans l’administration. À lire dans le dossier de ma collègue Ariane Lacoursière.
En gros:
Depuis 2000, le personnel administratif a crû de près de 52% et les cadres de 30% dans le réseau de la santé québécois. Pendant ce temps, le personnel soignant n’a augmenté que de 6%, révèlent des données gouvernementales compilées par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).
Si bien que, actuellement, environ 108 000 employés du réseau de la santé se consacrent aux soins alors que 100 000 occupent des fonctions de gestion ou d’administration. «C’est quasiment un ratio de un pour un! On est actuellement surencadré, dans le réseau, affirme le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette. On sabre toujours du côté des soins aux patients. Il y a beaucoup de confort administratif.»
On le voit bien que ça ne marche pas. Il était temps que les données viennent étayer les impressions, intuitions, observations empiriques anecdotiques que le public et les journalistes et les professionnels récoltent depuis des années, alors que les ministres, les uns après les autres, annoncent des injections en santé qui ne semblent jamais se rendre dans les urgences, dans les officines, dans les labos, dans les blocs opératoires…
Les chiffres viennent dire ce que l’on savait. Mais qu’on ne voulait pas croire.