Marie-Claude Lortie

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  • Marie-Claude Lortie

    Journaliste à La Presse depuis 20 ans où elle est chroniqueuse et critique gastronomique, Marie-Claude Lortie commente l'actualité, entre deux brassées de lavage et un match de soccer.
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    Dimanche 30 août 2009 | Mise en ligne à 23h44 | Commenter Commentaires (12)

    À la défense des vers de terre

    poulin-de-courval.jpg
    Photo d’archives de la pourvoirie Poulin de Courval, où avait lieu le weekend de pêche pour femmes seulement de la Fédération québécoise des chasseurs et des pêcheurs.

    Je suis de retour de la pêche et en vous écrivant, j’ai ce sentiment d’instabilité qui survient quand on revient sur terre après avoir passé beaucoup de temps en bateau… Mon bureau est comme une chaloupe et ma tête pleine de souvenirs de forêt et de poisson tangue un peu.

    Je suis rentrée tout à l’heure, après presque huit heures de route, après avoir écrit une chronique que vous verrez probablement mardi dans le journal. Après ne pas avoir passé en revue la tonne de trucs que j’ai à faire cette semaine et en pensant plutôt à toutes ces femmes vraiment sympathiques, très différentes les unes des autres, que j’ai rencontrées et à qui j’ai parlé pendant ces trois jours de pêche à la truite dans le Saguenay. Je me demande comment sera leur retour à la réalité et comment elles mangeront tous ces super poissons ? Seules dans leur petit apart ? Assaillies par les enfants ? Oubliées par leur fiancé ? Accueillies à bras ouvert par un mari qui se sera ennuyé ? Ensevelies par le travail ?

    Je me suis aussi demandée si elles m’avaient trouvée étrange avec toutes mes questions. T’es qui, tu viens d’où, tu fais quoi, pourquoi tu aimes la pêche, en fais-tu depuis longtemps et, ma préférée, “ne trouves-tu pas qu’il est injuste que les protecteurs des droits des animaux s’inquiètent tant des canards et des blanchons et pas des vers de terre ?”

    C’est à Manon que je l’ai posé en premier. On était dans le bateau et j’étais occupée à couper un ver de terre en deux et à le regarder se tortiller comme s’il souffrait le martyr avant de l’empaler dans mon hameçon et de le jeter à l’eau pour le noyer ou le soumettre aux mâchoires d’une truite de passage…

    Elle m’a regardé en hochant la tête et en me disant que j’avais raison, comme une maman qui dit “oui oui oui” à un enfant, après une anecdote dont elle n’a pas vraiment compris l’intérêt. Mais elle a ri quand je lui ai dit que j’avais tellement surmonté mon dédain des vers, que bientôt, je les couperais avec mes dents. Même le guide, qui faisait semblant de ne rien écouter, a ri un peu lui aussi.

    Mais ne trouvez-vous pas que la question se pose, vraiment ?


    • Vous avez raison, madame Lortie! Il faut s’intéresser au sort des vers de terre car le jour où ils disparaîtraient, ce serait une catastrophe. Même commentaire pour les oiseaux (même les humbles moineaux) et les chauve-souris et tant d’autres espèces que nous menaçons constamment. Comme vous, ça m’avait pris un temps, petite fille, à surmonter mon dédain des vers. Maintenant, pourriez-vous nous dire ce que vous pensez de l’idée de “planter” des éoliennes à Montréal? (Vu qu’elles semblent nuire aux oiseaux et chauve-souris.) Surtout qu’on pourrait peut-être penser à de l’énergie solaire (ben … peut-être pas en juillet!).

    • Si c’est pas cute, c’est pas bon pour l’opinion publique.

      Sinon, c’est pas à la chasse au phoque qu’on s’en prendrait mais bien à la pêche aux requins. Mais bon, le requin ça a des grosses dents, c’est Jaws, c’est le dessus de la chaîne alimentaire et on en pêche des dizaines et des dizaines de millions par année.

    • Hein?

    • Vous en faites pas. Y’a bien quelqu’un(e) quelque part qui planche sur un projet de ver de terre 100% en tofu…

    • Un ver de terre, c’est moins sexy qu’un phoque ou un chevreuil. Elle est là, l’explication; inutile de chercher plus loin. J’imagine que la même logique s’applique aux plantes par rapport aux animaux. La pauvre tomate qu’on arrache de son plant est moins mignonne que le ti-lapin qui se fait envoyer une poignée de grenaille.

    • Bravo. Alors peut-être que certaines femmes qui n’aiment pas la pêche en lisant ton article ou ton blog comprendront leurs compagnons qui vont à la pêche avec leurs amis . C’est merveilleux 3 ou 4 jours dans la nature avec des gens aux même gouts. On reviens plus calme et souvent plus amoureux. Il n’y a rien qui valorise l’être aimé qu’une brève séparation. A quand une prescription de 3 ou 4 jours de pêche à une personne déprimée ?

    • Puis, toujours, as tu attrapé un poison ???

      Oui, mais pas autant que JohanneBrosseau ;) mcl

    • Non, je ne t’ai pas trouvée étrange avec tes questions car ça fait partie du métier de journaliste et j’ose espérer que cette série d’articles convaincra les femmes que la pêche, c’est passionnant ! Oui, à chaque fois que le ver gigote et que je lui passe minutieusement l’hameçon à travers le corps après l’avoir coupé en deux, je me dis qu’il doit souffrir mais c’est une des rares situations dans la vie où la fin justifie les moyens (le plastique et le chimique, ça ne vaut jamais un bon vieux ver de terre). p.s. Je conserve mes vers dans le frigo du garage et je les nourris et les humecte hebdomadairement. Je suis comme un éleveur de bovins: je les bichonne mais n’ai aucun remord à les sacrifier le moment venu… Johanne

    • Appâter l’hameçon avec un ver de terre équivaut aux préliminaires avant l’amour. Rien de moins. Je vous laisse sur cette réflexion, urbains zé ruraux. ;-)

    • Faut pas virer fou avec le sentimentalisme au sujet du règne animal.

      Personnellement, je crois qu’une espèce animale doit être défendue et protégée lorsqu’il devient scientifiquement prouvé qu’elle se dirige vers l’extinction.

      Qu’un animal soit esthétiquement joli ou non ne devrait pas être un critère, c’est s’adonner à un sentimentalisme ridicule qui ne réflète nullement la manière dont la nature, très souvent cruelle, se gère elle-même.

      Les vers de terre ne sont nullement en voie d’extinction à ce que je sache. Suffit de voir la quantité de vers qui sort de terre au printemps et qui viennent s’échouer un peu partout sur l’asphalte de votre entrée de cour (pour ceux qui en ont une).

      De les utiliser pour la pêche sportive ne les met certainement pas en danger. De plus, cette mode du compost chez soi va probablement contribuer à créer de nouvelles et multiples colonies de vers !!!

      Le but de mon texte était plutôt de montrer, par l’absurde, l’incohérence des défenseurs des droits des animaux. Pourquoi défendent-ils les canards et les blanchons et pas les vers ? Parce qu’ils sont touchés par de petits animaux mignons seulement ? Je ne peux pas être d’accord avec ce sentimentalisme que vous identifiez, très justement, et qui se pratique à la pièce, et uniquement pour les animaux suffisamment adorables pour mériter nos épanchements. mcl

    • @mcl. Vrai que les prétendus défenseurs des animaux choisissent leurs causes. Il leur faut du photogénique et du sang. Qui s’est préoccupé de la surpêche à la morue alors que la chasse aux blanchons….! Les fameux «bébés phoques»(sic), c’est comme ça que ça s’appelle: des «blanchons». Mais «bébé phoque», ça fait tellement plus sympathique.

      Avez-vous déjà entendu parler des «bébés morues»? Bien sûr que non. La morue est bien trop «low profile». Elle se promène au fond de la mer, pond ses millions d’oeufs sans dire un mot alors que la poule chante aux quatre vents la sortie de son unique oeuf quotidien. Le marketing, elle connaît ça, la poule, alors que la morue…..!

      Remarquez que je n’ai rien contre les phoques. Ils ne sont pas vraiment responsables de la quasi disparition de la morue. Quand on pêchait comme du monde, il y avait plein de morue pour les humains comme pour les phoques qui, comme tout le monde le sait, ne mangent pas de Corn Flakes.

      Mais l’appât du gain voire la stupidité de ceux qui ont pratiqué la surpêche a créé de toutes pièces cette rivalité avec le phoque qui lui, se contente de vivre sa vie de phoque. Et ça je connais un peu. Petit-fils de pêcheur Gaspésien, j’ai été élevé sur la côte et j’ai même été gérant d’une usine de pêche à la fin des années 60 et en 1966 dans le journal du collège, j’avais écrit un article documenté sur les dangers de la pêche au filet à petites mailles. Vingt-cinq ans plus tard, c’était le moratoire sur la pêche à la morue. J’aurais préféré avoir eu tort.

      Tout ça pour dire que les «défenseurs» des animaux, je ne les prends pas du tout au sérieux, surtout les «veudettes» qui se servent de leur notoriété acquise ailleurs pour venir faire les belles (ou les beaux) sur les banquises ou ailleurs. Et les médias d’accourir, comme de bien entendu. Une poule (ou un coq) qui chante, ça attire l’attention.

    • C’est que le principe de protéger simplement en vertu du fait que toute vie est sacrée ne tient pas la route. Comme vous le mentionnez, pourquoi le canard et pas le ver ? Pourquoi le ver et pas la mouche à chevreuil ? Pourquoi la mouche et pas la bactérie ? En somme, ce sont tous des êtres vivants et sensibles… (Bon, pour la bactérie, je ne suis pas trop sûr ^^) Reste que ce n’est pas pour leur valeur intrinsèque que nous les protégeons, mais plutôt pour la place qu’ils occupent dans le “système” et le degré d’empathie que nous ressentons à leur égard (jusqu’à quelle mesure nous nous identifions à la bestiole en question)

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