Marie-Claude Lortie

Marie-Claude Lortie - Auteur
  • Marie-Claude Lortie

    Journaliste à La Presse depuis 20 ans où elle est chroniqueuse et critique gastronomique, Marie-Claude Lortie commente l'actualité, entre deux brassées de lavage et un match de soccer.
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    Samedi 11 juillet 2009 | Mise en ligne à 9h12 | Commenter Commentaires (3)

    Alici, poubelles et autres charmes apuliens

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    Petit marché de Taranto.

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    Un nouvel ami.

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    Des paniers de jonc qui servent à pêcher, à Gallipoli.
    photos MCL

    ROME — Ça y est, je reviens. Le voyage dans les Pouilles est terminé. Mes valises sont perdues. Mais j’ai mon ordinateur et mes notes. Mais pas mon huile d’olive.

    Je serais restée en Italie encore longtemps. Pour les gens spécialisés dans le domaine de l’alimentation, ce pays est infini. Parfois je me demande si les Italiens ne sont pas encore plus obsédés par leur assiette que les Français.

    Juste l’autre jour, par exemple, j’étais dans un café pour prendre un “espressino”, un café au lait à la façon des Pouilles. Je demande à la barista quelle est la particularité de ce café. “Tout est dans le dosage du lait”, a-t-elle répondu, lançant une discussion enflammée entre tous les buveurs de café présents dans l’enceinte, sur la quantité exacte de lait à mettre dans l’espressino, comparé par exemple au latte ou au cappuccino. Je vous le jure, 10, ma foi 15 minutes de discussion passionnée. Tout le monde avait son mot à dire. Pour une recette de café ?

    Donc les gens sont absolument attachés à leur cuisine. L’adorent. Comme le montre l’histoire d’Altamura que j’ai racontée l’autre jour. Et l’autre truc qui me laisse bouche bée à chaque fois, c’est la créativité de la cuisine malgré sa simplicité. Juste quand tu te dis, bon, il y a quand même des limites à ce qu’on peut faire avec des tomates, de l’huile d’olive et de la mozzarelle, pouf !, un autre truc époustouflant débarque sur la table, sorti de nulle part.

    Jeudi, tiens, j’ai mangé chez Terranima, un restaurant exceptionnel de Bari qui sert la cuisine des Pouilles. Dès que la burrata biologique est arrivée, douce et crémeuse et légèrement acidulée, j’ai été re-re-re-charmée: elle était accompagnée non pas d’un filet d’huile d’olive ni de tomates ni de basilic, mais de vin cuit de cerises, un sirop presque. Avez-vous dit hallucinant ?

    Ensuite, comme j’avais déjà goûté à du carpaccio d’espadon assez délicieux merci, je croyais être allée au bout du monde côté poisson cru. Mais non, c’était avant de découvrir les alici (anchois fraîches) marinées dans le jus de citron qui étaient à la fois fraîches et douces comme une bouchée d’océan acidulée. Wow.

    Aussi, après avoir mangé du spumoni (crème glacée avec du gâteau éponge à l’intérieur), je croyais avoir tout vu des meilleures glaces du sud. Mais non. Chez Terranima on m’a servi un gelato au lait de chèvre avec une goutte d’huile d’olive extra vierge et extra-bonne. Le mélange était parfait. Notamment parce que la glace au lait de chèvre était tellement fine qu’on aurait aurait dit un peu sorbet fondant automatiquement en bouche mais doucement arrondi par le gras de l’huile… Re-wow.

    Évidemment, pour bien décrire le voyage, je ne peux que parler bouffe. J’accompagnais, je l’ai déjà dit, une mission commerciale de Canadiens invitée par le ministère du Commerce italien. Ce voyage était pour nous faire découvrir des produits et des saveurs des Pouilles, mais comme j’étais avec des importateurs, difficile de ne pas prendre de notes sur comment on fait des affaires dans le monde de l’alimentation. Comment on goûte, comment on étudie les entreprises, comment on entre en contact avec les fournisseurs, comment on choisit. Comment toutes sortes de détails font une différence… Quand un producteur d’huile d’olive, par exemple, sort le maire de son petit village pour venir faire toute une présentation in-ter-mi-nable, en fin de journée, mettons que l’huile a besoin d’être bonne en titi pour que quiconque ait envie d’en importer.

    Évidemment, la lenteur fait partie de la vie du sud. La lenteur de tout, tout le temps, partout. Une lenteur généralement assez sympathique mais qui nous remet aussi sur le nez notre propre impatience. Dur à digérer, parfois. Surtout sans Blackberry pour vérifier les courriels…

    En outre, il est difficile de parler de la région sans mentionner un certain problème de civilité côté poubelles. J’ai vu ça ailleurs dans le sud de l’Europe mais je l’avais oublié. Les Pouilles me l’ont rappelé: ce n’est pas tout le monde qui a encore compris qu’il faut mettre ses vieux papiers, ses bouteilles vides et ses emballages aux vidanges et non pas les parsemer sur les abords des routes. Vous rappelez-vous dans les années 70 quand on voyait encore des gens lancer leurs paquets de cigarettes vides par la fenêtre de l’auto ? Well…

    Cela dit, les pêches fraîches font tout oublier. Et les orecchiette et le Nero di Troia aussi un peu.


    • Mmmmm. J’y retourne, c’est certain.
      En passant, je doute du trait d’union entre extra et vierge (de l’huile d’olive). On est vierge ou on ne l’est pas, que ce soit pour les humains ou pour les huiles. On n’est jamais “extra vierge”, quoi qu’on en dise. Il faut comprendre la locution comme “de l’huile d’olive extra, qui est vierge” et non “de l’huile d’olive qui est extra vierge”. Donc, j’enlèverais le trait d’union à extra vierge.

      De toutes façons… je n’ai aucune confiance en ce trait d’union qui n’est même pas assez convaincu de son utilité pour l’utiliser dans son propre nom. Vous comprenez pourquoi “trait d’union” s’écrit sans trait d’union?

      Corrigé. merci. mcl

    • Bon, j’ai toujours refusé de commenter les blogues de Cyberpresse parce que ça m’énerve qu’on nous oblige à nous inscrire, mais là, impossible de ne pas prendre deux minutes pour le faire! Je ne connais pas grand chose à la bouffe, mais ce que je sais, c’est que j’ai mangé comme une reine en Italie. Ton billet me donne envie de m’auto-muter là-bas pour six mois, où je ne ferais que manger et bloguer sur ma joyeuse prise de poids, façon Mange, prie, aime (sans avance d’éditeur par contre! lol). Impossible de manger de la crème glacée à Montréal depuis mon dernier séjour là-bas: mes papilles ont gardé en mémoire le goût unique de la gelato artisanale (celle à saveur de noisettes m’a particulièrement ravie chez un glacier de Venise, Alaska pour ne pas le nommer…).
      «Juste quand tu te dis, bon, il y a quand même des limites à ce qu’on peut faire avec des tomates, de l’huile d’olive et de la mozzarelle, pouf !, un autre truc époustouflant débarque sur la table, sorti de nulle part.»
      C’est exactement ça.

    • Heureux de voir qu’on t’a fait découvrir Terranima que j’avais suggéré à la suite de ton article sur la burrata. Ta description m’a donné envie illico de faire mes bagages et de décoller… j’en salivais… Je suis content de constater que l’audace et la qualité y sont toujours de mise. Pour les bagages, c’est étrange, au fil des centaines de vols que j’ai pris dans ma vie, il me semble que c’est systématiquement entre l’Italie et ici qu’ils égarent mes bagages. J’ai encore un souvenir marquant d’ailleurs d’une nuit au luxueux Excelsior de Rome (c’est pas moi qui payait) alors que vers 23 H 30, moi dormant pour lutter contre le décalage, on ouvrait brutalement ma porte pour lancer ma valise dans la chambre… Only in Italy… que j’adorerai toujours… Bon, j’ai faim.

      Marc Desjardins

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