Marie-Claude Lortie

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  • Marie-Claude Lortie

    Journaliste à La Presse depuis 20 ans où elle est chroniqueuse et critique gastronomique, Marie-Claude Lortie commente l'actualité, entre deux brassées de lavage et un match de soccer.
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    Dimanche 31 mai 2009 | Mise en ligne à 4h40 | Commenter Commentaires (15)

    L’hiver n’est qu’une mauvaise excuse

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    Photos: Mikael Sjöberg – Stockholm Visitors Board

    STOCKHOLM — Hier, pour revenir du resto, j’ai décidé de prendre le bateau.
    Une petite navette qui va de l’équivalent de l’île Sainte-Hélène à l’équivalent, mettons, du carrefour McGill/De La Commune. De là, j’ai enfourché mon vélo City Bike — l’équivalent de Bixi — jusqu’à mon hôtel. Une jolie balade.

    Ça m’a coûté le prix d’un billet d’autobus.

    J’ai été sur l’eau pendant une petite dizaine de minutes, à regarder le ciel rose du soleil couchant (à 22h).

    Le bonheur.

    En roulant ensuite le long des quais, j’ai constaté qu’il y avait plein de bars/restos de toute évidence saisonniers, qui s’étaient installés au bord de l’eau, avec de gros fauteuils confortables, des couvertures, des coussins, des bougies partout. Très relax et sympa.

    JE NE COMPTE PLUS les endroits que je vois, soit sur le bord de l’eau, soit en hauteur — donc avec des panoramas ! –soit dans les parcs où j’ai envie de m’arrêter pour prendre un café ou une öl (bière).

    Pourquoi n’a-t-on pas tout cela à Montréal aussi ?

    On a l’eau, on a les dénivellations, on a les parcs et la verdure…

    L’hiver ?

    NE ME PARLEZ PAS DE L’HIVER.

    Il y a un hiver ici aussi comme le nôtre (avec des moins 10, moins 15…) et de la neige de décembre à mars.

    Stockholm est la preuve claire et nette et irréfutable qu’avec intelligence et bonne volonté, on peut faire toutes sortes d’aménagements et de projets urbains efficaces et heureux, même avec un climat hivernal.

    À Montréal, l’hiver n’est finalement qu’une excuse servie à toutes les sauces pour ne même pas essayer d’aller plus loin. Quand on veut, on peut. Suffit d’avoir un bon manteau et une tuque.

    (Adaptation d’un proverbe suédois: “Il n’y a pas de mauvaise température, juste des mauvais vêtements”. On pourrait aussi ajouter: il n’y a pas de mauvais climat, juste de mauvais et ternes gestionnaires municipaux)


    • Vous n’imaginez pas quelle jubilation m’inspire et me procure votre éditorial (car c’en est un au meilleur sens du terme).

      Je ne suis pas surpris que Stockholm vous l’ait en partie inspiré. Je dis “en partie” car vous avez soutenu des position d’un esprit très similaire il y a quelques jours (et peut-être avant, ce que j’ignore) donc votre expérience stockhlmoise (sic) ne relève pas, à cet égard, de la révélation.

      Ce qui, entre autres, pose problème chez nous: l’absence frappante, marquante, désolante, profonde, du raffinement, à l’échelle continentale; une opposition tranchée entre les registres du récréatif et du commercial, et du familial et de l’alcool. Cela fait en sorte que, dans un endroit magnifique (et chez nous comme ailleurs,peut-être plus qu’ailleurs, il y en a!), on ne trouvera jamais un café digne de ce nom.

      Nos gestionnaires urbains sont médiocres mais reflètent tristement la médiocrité générale de nos conceptions québécoises et nord-américaines de l’aménagement et de l’occupation de l’espace. Évidemment, on pourrait soutenir que nos gestionnaires urbains ne peuvent pas se contenter de refléter cette médiocrité mais qu’ils doivent au contraire se positionner à l’avant garde et inspirer, voire imposer, les visions et projets intéressants. Il y a quelque chose de plébéien dans notre Amérique du Nord, et typiquement au Québec, qui rend cela très difficile (apparemment…).

      (je m’arrête, sur ce sujet précis, je serais intarissable et je dois déjà être désagréable…)

      Quoi qu’il en soit, chère madame, bon dimanche et bravo encore pour un article d’une immense pertinence et d’une grande justesse. Votre article rappelle à la fois une certaine nullité montréalaise ainsi qu’un immense potentiel montréalais (puisque, pour ainsi dire, tout est à faire ou presque).

      Espérons qu’il aura son effet. Ne soyons pas trop optimiste. Ou alors osons une hypothèse peut-être dérangeante: quand le le litre d’essence coûtera 2,50$, l’Amérique se civilisera… Il s’agit d’une chaîne d’effets et de conséquences complexe et longue, mais je crois personnellement à cette hypothèse, qui repose sur la conviction que la grande facilité matérielle de la vie nord-américaine fait en sorte que les Nord-américains sont un peu plus simples d’esprit, moins inventifs, moins créatifs, optimalisent moins, etc. que les autres citoyens de la planète (cf. les Japonais, la plupart des Européens). Ici, la facilité explique la nullité. Mais elle ne la justifie pas.

    • C’est assez facile de voir l’attitude passive des Québécois face à leur hiver en remarquant que nos villes sont totalement inadaptées à la grande froidure! D’abord, il faut mettre la neige sur des camions parce que les rues sont trop étroites à Montréal. Les toits y sont plats et mal isolés (parce que plats… logique circulaire). Les escaliers sont extérieurs (franchement!). Les pistes cyclables ne sont pas remplacées par des pistes de ski puisqu’on préfère saler la ville comme l’ont fait les Romains à Carthage. À cause de cela, il n’y a pas un arbre qui survit plus d’une décennie. On y plante d’ailleurs des arbres à feuilles caduques plutôt que des sapins. Les rues sont droites juste pour être sûrs que le vent glacial s’y engouffre. Le plan des nouveaux centres d’achat est copié sur ceux de la Floride et oblige les gens à se promener, à l’extérieur, entre des boîtes de tôle laide. Finalement, on a tout conçu pour que la seule façon de se déplacer soit un véhicule qui patine sur la glace et qui ne démarre pas en dessous de -20oC. Bref, c’est comme si on voulait garantir que l’hiver nous fasse chi…

    • sans redire au fond de l’article ( a propos du manque de vision des “gestionnaires” de Montreal), oubliez pas la creme anti moustique si vous allez frequenter ces lieux en été et de nuit… cela devient très vite invivable.
      La grande difference avec l’Europe est aussi la densité des transports en commun… Pour les faire avancer ici, il faudrait deja eliminer les voitures du centre ville (exemple de Londres avec son peage à presque 8$). Que l’on refusionne le tout et que l’on fasse disparaitre les petits chefs…

    • Je pense que vous êtes bonne pour immigrer en Suède… ;-)

    • Pouvez vous me donner la version suédoise de ce magnifique proverbe s’il vous plait :-)

    • “Il n’y a pas de mauvaise température, juste des Québécois paresseux qui ne pensent pas qu’il y a de la vie en dehors de la voiture”.

    • Le Québec bénéficierait beaucoup si la moitié des échanges France-Québec devenaient des échanges Suède-Québec ou, à la rigueur, Scandinavie-Québec. Etant donné notre nordicité communes, les solutions à la française ou à l’italienne si souvent appliquées au Qubec ne sont pas toujours des bonnes idées.

      Je suis heureux que Mme Lortie ait fait un beau voyage en Suède. Le mien a duré 30 mois de suite qui n’ont que confirmé et renforcéles impressions positives de Mme Lortie.

    • 100 % d’accord

      j’ai passer une partie de l’hiver a l’extérieur a dormir dans des quinzee (igloo)

      l’humain a une grande capacité a s’adapté…

    • moi et able sur la même ligne, c’est presque inquiétant… lequel ment?

    • Simonon: ne me parlez pas de la Suède… je pourrais être aussi intarissable (et positif) que sur Israel (mais pas pour les mêmes raisons, bien sûr)… Sauf que personne ne m’insulterait en retour…

    • Madame Lortie, vous ne pouvez pas savoir combien ça me fait plaisir de vous lire. Le vieux port de Montréal a un potentiel IMMENSE. Les élus de la Ville de MOntréal n’ont qu’à aller visiter Stockholm et Goteborg (car si vous avez aimé Stockholm, vous pourriez être encore plus surprise par Goteborg).

      Le vieux port à Goteborg est vraiment un endroit fantastique, un bijou d’urbanisme.

      Bref, vous avez vu mon blogue je crois, et le but de mon blogue est d’ouvrir les yeux au Québec. Le Québec est sous-développé, c’est hallucinant. En même temps, le Québec a un potentiel incroyable.

      Si ça vous intéresse, j’ai une connaissance qui vit au Québec qui est une fan finie de la Suède. Lisez ce billet sur mon blogue: http://www.tslskonsult.com/2009/05/ppp-consensus-lexemple-de-la-suede.html

      Si vous vous voulez donner de la visibilité à un groupe qui travail fort, très fort, pour développer le potentiel du Québec, regardez du côté d’elle et du groupe MCN21. Dans ce groupe, vous avez des gens avec une expertise extraordinaire, mais qui malheureusement ne réussit pas à attirer l’attention du public.

      Bon retour à Montréal!

    • J’aimerais ajouter, pour les Montréalais, qu’il y a un parti nommé Projet Montréal. Mettez le au pouvoir, et Montréal aura la chance de se rapprocher d’une ville scandinave. Tant qu’à y être, il faudrait aussi arrêter de mettre le PLQ au pouvoir, car ce parti est en train de déconstruire le Québec. Je dis ça pour vous!

    • @ chretienj: en suédois, le proverbe se lit «Det finns inga dåliga väder bara dåliga kläder.»
      J’aime tellement les expressions suédoises (http://en.wikiquote.org/wiki/Swedish_proverbs), particulièrement celles qui réfèrent à la météo! «Regnar står som spön i backen» est de loin ma préférée. Elle se traduit littéralement par «La pluie se tient droite comme des aiguilles sur la colline» et signifie donc qu’«Il pleut des cordes».

    • Est-ce que quelqu’un a pris la peine de vérifier la température moyenne l’hiver à Stockholm? Ou bien de regarder la quantité de neige qu’il y tombe?

      Les hivers y sont beaucoup plus doux qu’ici, avec beaucoup moins de neige, en fait très peu. De plus, la Suège a un climat bien plus sec que le nôtre.

      Les climats de Montréal et Stockholm se comparent aisément. On ne parle pas de Québec ou de l’Abitibi, évidemment. D’ailleurs, la végétation le montre bien. Les fleurs sont exactement au même stade qu’à Montréal. Il y a aussi les mêmes possibilités de gel dès novembre et jusqu’en avril. Les eaux de la ville gèlent, d’ailleurs, arrêtant le transport en commun par bateau. Bref, le froid, la neige et la glace font partie de l’équation et les défis que pose le climat à l’urbanisme sont essentiellement les mêmes. En fait, la grosse différence, c’est la variation de l’ensoleillement beaucoup plus accentuée en Suède. mcl

    • Je ne veux pas être méchant, mais concernant votre commentaire précédent, Marie-Claude, vous avez presque entièrement raison. Il y a un grosse différence entre les Suédois (les gestionnaires) et les Québécois: Au Québec, y’a pas d’ambition, le monde est assis sur ses lauriers et malheureusement, je dois conclure qu’il est bel et bien vrai que le peuple Québécois est né pour un petit pain. Le commentaire de moe_syzlak réflète, malheureusement, une tendance alarmante au Québec. Les Québécois parlent trop. Ils devraient agir aussi.

      Vous n’êtes pas obligée de publier mon commentaire, c’est juste pour vous. Par contre, ça ne me dérange pas si vous le publiez, car je n’ai pas peur de mes opinions.

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