Marie-Claude Lortie

Archive du 20 mai 2009

Mercredi 20 mai 2009 | Mise en ligne à 12h55 | Commenter Commentaires (68)

Oui aux clowns

clown1.jpg
Le Dr Patch Adams, photo AP

Je crois comprendre qu’il y a polémique autour de la place des clowns dans les CHSLD ?
Je les ai vus à l’oeuvre.
Ils font de la vraie bonne job.
Je n’ai pas trouvé de lien vers mon texte paru il y a un moment.
Alors le voici:

Actuel Santé, dimanche 18 mai 2008, p. PLUS7

Chronique

Un clown au CHSLD

Lortie, Marie-Claude

L’homme d’une bonne soixantaine d’années marche dans les couloirs beiges laiteux de l’hôpital en regardant le plancher, le regard vide mais sérieux, voire fâché.

Dr Fifi et Dr Queen s’approchent. “Bonjour Monsieur.” Elles connaissent son vrai nom. L’homme reste de glace.

Elles commencent à faire les clowns. Ce qu’elles sont. Les deux envoyées de l’organisme Dr Clown à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal – un centre hospitalier de soins de longue durée, ou CHSLD – se ridiculisent, se taquinent, sortent l’attirail traditionnel: le souffle sur la main, la fausse claque.

L’homme les regarde faire des folles d’elles-mêmes. Dr Fifi s’asperge de désinfectant hospitalier tandis que Dr Queen se moque d’elle en affirmant qu’elle pue toujours, malgré tout. Doucement, on voit le visage du patient laisser fondre sa colère sourde. Un sourire se glisse dans la grisaille.

“On est des clowns, on est vulnérables, on est à leur merci.” Quand Melissa Holland, alias Dr Fifi, m’a déclaré cela, au début de l’entrevue, avant que je ne parte accompagner les deux clowns dans leur tournée bi-hebdomadaire de l’hôpital, je n’ai pas tout de suite compris ce qu’elle voulait dire.

À leur merci?

À la merci de petits vieux en couches, d’anciens génies éteints par l’alzheimer, de mères courage que l’on doit aujourd’hui nourrir à la cuillère? De patients atteints de démence, de sénilité?

En voyant le regard du patient s’illuminer, j’ai compris. Le clown est toujours plus ridicule que tout. C’est le dernier des derniers.

À l’hôpital, il remet tout en perspective.

En dansant la salsa, en faisant semblant de rentrer dans un cadre de porte, en glissant sur une imaginaire peau de banane, en décrochant le faux plafond glauque, le clown appuie sur la fonction “reset” de l’ordre établi dans l’hôpital. Patients et personnel, blancs et noirs, jeunes et vieux, sereins et anxieux… Les étiquettes et les partitions n’ont plus de sens quand le clown arrive et, comme un enfant, offre son affection sans borne et invite le monde entier à profiter de toutes ses vulnérabilités.

Affublée d’un stéthoscope bricolé avec un débouche-toilette, vêtue d’une blouse relookée façon reine du Moyen Âge, Dr Queen fait son spectacle pour chaque patient qu’elle croise, mélangeant tendresse et délinquance.

“La différence avec Patch Adams? Lui était un vrai médecin. Nous on est de vrais clowns”, lance Marie-France Gravel, alias Dr Queen.

De vrais clowns qui ont cependant été longuement formés pour savoir quoi dire et quoi faire en milieu hospitalier, que ce soit auprès d’enfants ou de personnes âgées. Car ils vont autant dans les CHSLD qu’à Sainte-Justine ou au centre de réadaptation Marie-Enfant.

L’improvisation humoristique sur ordonnance n’est pas donnée à tous. D’ailleurs, les clowns ne font pas ça à temps complet. Deux fois par semaine, c’est suffisant.

Suffisant aussi pour aérer l’humeur à l’hôpital, créer une attente, construire des liens. Et injecter l’ambiance de ce qu’il faut de sens dessus dessous.

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