Entrevue hier, pour mon livre toujours, avec le psychiatre français Gérard Apfeldorfer, auteur, notamment, de Mangez en paix !, paru ce printemps chez Odile Jacob.
Depuis des années, M. Apfeldorfer travaille avec des gens qui ont des problèmes de poids causés par des troubles de comportements alimentaires, donc autant des anorexiques que des obèses ou n’importe quel monsieur ou madame tout le monde entre les deux.
À mon humble avis, il fait partie des rares personnes sensées — avec son collègue médecin nutritionniste Jean-Paul Zermati et quelques autres quand même, comme les Américains Michael Pollan ou le Dr Michelle May — à parler d’alimentation au 21e siècle.
Une de ses réflexions durant notre conversation hier, est qu’il faut cesser notre discours moral au sujet de la malbouffe, arrêter de la diaboliser comme si elle était responsable de tous les kilos pris depuis 50 ans.
Ce qu’on appelle malbouffe, dit-il, une étiquette réunissant des tas d’aliments très riches en gras et en sucre, n’est qu’en fait un type d’aliments parmi d’autres.
Le problème ce n’est pas cette nourriture, mais plutôt notre incapacité d’en manger correctement.
On n’a jamais appris, historiquement, culturellement, à en manger uniquement selon nos besoins.
Elle a pris son envol dans nos sociétés alors que finissait une ère de rareté alimentaire et commençait une ère d’abondance, la nôtre, celle qui est là depuis une cinquantaine d’années. Alors on a commencé à en manger sans savoir comment.
Pourtant, le mode d’emploi aurait été important puisqu’il s’agit d’aliments très riches qui ne peuvent être consommés qu’en quantité limitée, comme l’andouillette ou le foie gras.
Résultat: nous en mangeons (souvent) trop.
Pensez-y: qu’y a-t-il de condamnable dans un hamburger par exemple ? Du pain et de la viande. Rien de pire qu’un sandwich.
À mon avis, on peut très bien être contre l’idée d’aller chez McDo ou Burger King pour des raisons politiques ou sociales ou environnementales. Et l’approche marketing de ces chaînes de tenter de nous faire manger au-delà de notre faim en proposant toujours des portions plus énormes n’aide personne à apprendre à manger de ce genre de nourriture correctement.
On peut aussi déplorer que pendant que les jeunes mangent de la malbouffe, des cultures alimentaires traditionnelles se perdent.
Reste que du point de vue strictement des calories et de la prise de poids, la nourriture, en soi, n’est pas plus condamnable, qu’un gratin dauphinois ou une lasagne.
Le vrai problème, c’est nous, ou du moins nous devant devant une gigantesque portion de poutine.
Photo de Patrick Sanfaçon
Lire les commentaires (45) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 







