Marie-Claude Lortie

Mercredi 23 mai 2012 | Mise en ligne à 23h47 | Commenter Commentaires (18)

Le premier ministre me fait penser à la Reine

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Capture d’écran 2012-05-23 à 23.45.42

Helen Mirren interprétant la Reine Élizabeth, dans le film The Queen de Stephen Frears.

Voici ma chronique du jour sur la manif du 22 mai. Mais à vrai dire, je vous conseille surtout de lire la chronique de Jean-Simon Gagné dans Le Soleil aujourd’hui.

L’avez-vous lue ?

Beaucoup ri en lisant ceci. Tellement vrai. Tellement le coeur du problème…

“Mardi après-midi, les médias parlaient encore d’une manif «monstre» à Montréal. D’une atmosphère «bon enfant». Comme le 22 mars. Comme le 22 avril. Seules les évaluations de la foule changent, mais ça n’a guère d’importance. Même s’ils étaient cinq millions, ça n’empêcherait pas notre bon ministre des Finances, Raymond Bachand, de répéter que le mouvement étudiant est contrôlé par des «marxistes radicaux».

Apparemment, les informations de M. Bachand datent un peu. Qui aura le courage de lui révéler que le mur de Berlin est tombé? Ou pire encore, qu’Elvis est mort?”

Je regarde les nouvelles et je vois que les manifs se propagent maintenant à Québec, à Sherbrooke… Sans parler de la nouvelle passion pour la casserole frappée à Montréal. Le problème, c’est que le bruit peut bien augmenter, on dirait que ceux qui devraient l’entendre sont sourds, peu importe le nombre, peu importe la nature, peu importe l’ampleur du bruit… J’en reparle demain dans le journal.

Et en passant, je sais que je me répète, mais plus les jours passent et plus le premier ministre me penser à la Reine d’Angleterre quand, terrée dans le château de Balmoral, elle refusait d’accorder la moindre importance à la nouvelle de la mort de Lady Diana, enrageant ainsi un peuple en larmes…

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Mardi 22 mai 2012 | Mise en ligne à 22h33 | Commenter Commentaires (62)

Les casseroles

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Capture d’écran 2012-05-22 à 22.22.38

Tiens, je me suis dit que j’écouterais pour une fois tous ces lecteurs qui me disent de cesser d’écrire sur la société et la politique et de “retourner à mes casseroles”.

Je ne sais pas si vous le savez, mais la casserole n’a jamais été aussi tendance.

C’est la nouvelle approche utilisée par les opposants à la loi 78 et les partisans des étudiants grévistes pour s’exprimer: ils frappent sur des casseroles, en petits groupes, un peu partout dans la ville. Tous les soirs maintenant, à 20h, le rendez-vous est lancé. On sort les casseroles et on tape. Évidemment, ce n’est pas formidable pour ceux qui ont des enfants à faire dormir, mais apparemment, les enfants, eux, quand on les laisse taper, adorent ça. À vous de décider si vous voulez en faire de futurs manifestants, de futurs percussionnistes ou juste des enfants bien reposés.

Cette façon de manifester a apparemment commencé au Chili, durant le régime Allende, inventé par des femmes qui exprimaient ainsi leur exaspération de ne pas avoir à manger à cause d’une mauvaise gestion de l’offre des denrées. Ensuite, quand le droit de manifester a été limité sous la dictature d’Auguste Pinochet, la tradition s’est implantée de s’exprimer ainsi bruyamment, par tout petits groupes (on était limité à quatre personnes), puis c’est devenu une façon répandue de manifester, notamment en Argentine aussi.

///

En attendant mon compte rendu de la manif d’aujourd’hui qui sera dans le journal demain, voici mon texte d’aujourd’hui sur ce que je pense que le gouvernement Charest doit faire maintenant dans cette crise: négocier. Écouter. Faire preuve de magnanimité. Calmer le jeu, quoi, en faisant preuve, pour une fois, d’empathie et de respect pour ce mouvement sans précédent. Avec juste ça, je crois qu’on peut faire un bout. Le but n’étant pas de satisfaire le dernier des radicaux mais plutôt une masse critique de gens raisonnables, chez les étudiants et dans la population, une masse qui s’est enlignée avec les étudiants à cause de l’attitude gouvernementale bien plus que par  opposition profonde à l’augmentation des frais de scolarité.

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Dimanche 20 mai 2012 | Mise en ligne à 9h54 | Commenter Commentaires (129)

Toujours tort

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Capture d’écran 2012-05-20 à 09.29.00

Hier soir. Photo Olivier Pontbriand, La Presse.

J’ai bien lu le sondage dans nos pages hier, mais je cherche encore des gens qui trouvent que cette loi est une bonne idée.

On n’est pas étonné que Xavier Dolan soit contre et que toute son équipe l’ait montré sur le tapis rouge à Cannes. On n’est pas étonné que les gens d’Arcade Fire soient contre et le montrent à l’émission américaine Saturday Night Live. On n’est pas étonné que Michael Moore soit contre. Est-on surpris que même Anonymous, ce groupe de hackers militants se soit joint aux contestataires ?

Mais même chez les gens pour qui le statu quo social est plus qu’acceptable, là où le parti de Jean Charest trouve généralement ses appuis, je cherche encore des supporters de cette loi… Même les commentateurs qui n’étaient pas du tout du côté des étudiants écrivent depuis vendredi qu’elle est totalement exagérée.

Prenez mon collègue Yves Boisvert, par exemple:

“Ça ne rend pas bonne cette loi spéciale. Il suffisait de décréter la suspension des trimestres et de fermer les cégeps pour l’été, le temps de calmer le jeu. Pourquoi aller se mêler en même temps de réglementer le droit de manifester et inventer une série de mesures pénales dans la précipitation?

Plusieurs dispositions sont très contestables. D’où vient cette nécessité de donner un avis de huit heures? À Victoriaville, ça se comprend. Mais à Montréal?

Le droit de manifester, même exercé de manière répétitive et lassante, est fondamental.

Et puis, pourquoi aller se mêler de légiférer là-dessus quand la Ville de Montréal vient de voter son propre règlement? Mauvaise idée. Cela dit, ceux qui comparent cette loi aux mesures de guerre sont ignorants de leur histoire ou très, très fatigués. L’habeas corpus n’est pas suspendu, ni le droit à un procès juste! Ça n’en demeure pas moins une loi concoctée dans l’urgence et l’exaspération, dont certains morceaux ont une validité douteuse et une utilité plutôt nulle.”

Tiens, un autre qu’on n’accusera pas d’être exactement partisan de la CLASSE…. Richard Martineau du Journal de Montréal…

“Oui, il fallait suspendre les cours. Oui, il fallait faire respecter la loi. Oui, il fallait donner des amendes salées aux casseurs. Oui, il fallait faire en sorte que les étudiants qui veulent étudier puissent le faire en toute quiétude. Oui, il fallait briser les piquets ILLÉGAUX. Oui, il fallait encadrer les manifestations.

Tout le monde — enfin, tout le monde SENSÉ — est d’accord avec ça.

Mais fallait-il pousser le bouchon jusqu’à — pour ne prendre que l’article 29 — rendre les leaders étudiants responsables des actes de vandalisme commis par autrui, même si l’autrui en question agit par lui-même ?

Si oui, qu’attend-on pour rendre Jean Charest responsable des actes commis par Tony Tomassi ? Ou Gérald Tremblay responsable des actes commis par Frank Zampino et Bernard Trépanier ?

Autant je déteste les anarchistes qui bafouent la loi pour faire avancer leur cause, autant je me méfie des gouvernements qui bafouent nos droits pour rétablir l’ordre.

Comme disent les anglais : « Two wrongs don’t make a right. » On ne corrige pas une erreur en commettant une autre erreur.”

Et en voici un autre, Jean-Jacques Samson du Journal de Québec, qu’on ne peut accuser d’être à gauche….

Pas besoin d’être docteur en droit constitutionnel pour constater que les articles 16 et 17 de la loi portent atteinte à la Charte canadienne des droits et libertés. Ils limitent les libertés de réunion, d’association et d’expression, sans que le gouvernement ait démontré que ces atteintes sont justifiées et minimales, ou sans qu’il ait utilisé une clause nonobstant, pour se soustraire aux dispositions de la Charte, ce qui a toujours un caractère odieux aux yeux de nombreux citoyens et sur la scène internationale.

De plus, de nombreux juristes considèrent que des articles de la loi sont tout simplement inapplicables concrètement.

Il est assez cynique aussi que ces articles de la loi pourraient servir à rendre illégale toute manifestation anti-Charest pendant la prochaine campagne électorale.

Le conseil des ministres et les juristes qui rédigent les lois ont tergiversé jusqu’à mercredi matin sur les scénarios de présenter une ou deux lois, pour distinguer les deux objectifs distincts poursuivis. L’option de fondre le tout en une seule loi spéciale l’a finalement emporté.

Ce fut une erreur de stratégie parce que des alliés du gouvernement sur le fond du dossier, la hausse des frais de scolarité, se sont retournés contre lui depuis hier.

Je tiens à revenir sur cette phrase de M. Samson:

“Ce fut une erreur de stratégie parce que des alliés du gouvernement sur le fond du dossier, la hausse des frais de scolarité, se sont retournés contre lui depuis hier.”

C’est effectivement ce que je constate depuis hier. Quand j’ai demandé sur Twitter l’autre soir, par exemple, s’il y avait des libéraux contre le projet de loi — il n’était pas encore adopté — j’ai eu quatre réponses en quelques minutes. Une ancienne responsable des communications, un ancien candidat du PLC…

Je ne sais pas où sont les gens qui ont dit aux sondeurs qu’ils approuvent la loi. Ce que je vois, ce sont surtout des gens qui sont d’accord avec François Miterrand, quand il disait en mai 1968 à l’Assemblée nationale française:

« Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.  »

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