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Hier soir. Photo Olivier Pontbriand, La Presse.
J’ai bien lu le sondage dans nos pages hier, mais je cherche encore des gens qui trouvent que cette loi est une bonne idée.
On n’est pas étonné que Xavier Dolan soit contre et que toute son équipe l’ait montré sur le tapis rouge à Cannes. On n’est pas étonné que les gens d’Arcade Fire soient contre et le montrent à l’émission américaine Saturday Night Live. On n’est pas étonné que Michael Moore soit contre. Est-on surpris que même Anonymous, ce groupe de hackers militants se soit joint aux contestataires ?
Mais même chez les gens pour qui le statu quo social est plus qu’acceptable, là où le parti de Jean Charest trouve généralement ses appuis, je cherche encore des supporters de cette loi… Même les commentateurs qui n’étaient pas du tout du côté des étudiants écrivent depuis vendredi qu’elle est totalement exagérée.
Prenez mon collègue Yves Boisvert, par exemple:
“Ça ne rend pas bonne cette loi spéciale. Il suffisait de décréter la suspension des trimestres et de fermer les cégeps pour l’été, le temps de calmer le jeu. Pourquoi aller se mêler en même temps de réglementer le droit de manifester et inventer une série de mesures pénales dans la précipitation?
Plusieurs dispositions sont très contestables. D’où vient cette nécessité de donner un avis de huit heures? À Victoriaville, ça se comprend. Mais à Montréal?
Le droit de manifester, même exercé de manière répétitive et lassante, est fondamental.
Et puis, pourquoi aller se mêler de légiférer là-dessus quand la Ville de Montréal vient de voter son propre règlement? Mauvaise idée. Cela dit, ceux qui comparent cette loi aux mesures de guerre sont ignorants de leur histoire ou très, très fatigués. L’habeas corpus n’est pas suspendu, ni le droit à un procès juste! Ça n’en demeure pas moins une loi concoctée dans l’urgence et l’exaspération, dont certains morceaux ont une validité douteuse et une utilité plutôt nulle.”
Tiens, un autre qu’on n’accusera pas d’être exactement partisan de la CLASSE…. Richard Martineau du Journal de Montréal…
“Oui, il fallait suspendre les cours. Oui, il fallait faire respecter la loi. Oui, il fallait donner des amendes salées aux casseurs. Oui, il fallait faire en sorte que les étudiants qui veulent étudier puissent le faire en toute quiétude. Oui, il fallait briser les piquets ILLÉGAUX. Oui, il fallait encadrer les manifestations.
Tout le monde — enfin, tout le monde SENSÉ — est d’accord avec ça.
Mais fallait-il pousser le bouchon jusqu’à — pour ne prendre que l’article 29 — rendre les leaders étudiants responsables des actes de vandalisme commis par autrui, même si l’autrui en question agit par lui-même ?
Si oui, qu’attend-on pour rendre Jean Charest responsable des actes commis par Tony Tomassi ? Ou Gérald Tremblay responsable des actes commis par Frank Zampino et Bernard Trépanier ?
Autant je déteste les anarchistes qui bafouent la loi pour faire avancer leur cause, autant je me méfie des gouvernements qui bafouent nos droits pour rétablir l’ordre.
Comme disent les anglais : « Two wrongs don’t make a right. » On ne corrige pas une erreur en commettant une autre erreur.”
Et en voici un autre, Jean-Jacques Samson du Journal de Québec, qu’on ne peut accuser d’être à gauche….
Pas besoin d’être docteur en droit constitutionnel pour constater que les articles 16 et 17 de la loi portent atteinte à la Charte canadienne des droits et libertés. Ils limitent les libertés de réunion, d’association et d’expression, sans que le gouvernement ait démontré que ces atteintes sont justifiées et minimales, ou sans qu’il ait utilisé une clause nonobstant, pour se soustraire aux dispositions de la Charte, ce qui a toujours un caractère odieux aux yeux de nombreux citoyens et sur la scène internationale.
De plus, de nombreux juristes considèrent que des articles de la loi sont tout simplement inapplicables concrètement.
Il est assez cynique aussi que ces articles de la loi pourraient servir à rendre illégale toute manifestation anti-Charest pendant la prochaine campagne électorale.
Le conseil des ministres et les juristes qui rédigent les lois ont tergiversé jusqu’à mercredi matin sur les scénarios de présenter une ou deux lois, pour distinguer les deux objectifs distincts poursuivis. L’option de fondre le tout en une seule loi spéciale l’a finalement emporté.
Ce fut une erreur de stratégie parce que des alliés du gouvernement sur le fond du dossier, la hausse des frais de scolarité, se sont retournés contre lui depuis hier.
Je tiens à revenir sur cette phrase de M. Samson:
“Ce fut une erreur de stratégie parce que des alliés du gouvernement sur le fond du dossier, la hausse des frais de scolarité, se sont retournés contre lui depuis hier.”
C’est effectivement ce que je constate depuis hier. Quand j’ai demandé sur Twitter l’autre soir, par exemple, s’il y avait des libéraux contre le projet de loi — il n’était pas encore adopté — j’ai eu quatre réponses en quelques minutes. Une ancienne responsable des communications, un ancien candidat du PLC…
Je ne sais pas où sont les gens qui ont dit aux sondeurs qu’ils approuvent la loi. Ce que je vois, ce sont surtout des gens qui sont d’accord avec François Miterrand, quand il disait en mai 1968 à l’Assemblée nationale française:
« Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. »