Marie-Claude Lortie

Vendredi 24 mai 2013 | Mise en ligne à 13h27 | Commenter Commentaires (72)

Eau: pas envie de me taire

fontaine
Boulevard Saint-Laurent, 22 mai 2013.
Photo Marie-Claude Lortie. La Presse.

Enfin, nous voilà revenus à la normale à Montréal après un avis d’ébullition de l’eau de plus de 24h, alors qu’aucune catastrophe naturelle n’avait frappé la ville. Alors qu’on n’a jamais eu d’explications claires sur le problème qui est survenu au réservoir Atwater, rendant l’eau non-consommable.
Enfin nous voilà revenus à la normale, mais ne me dites pas que ce n’est pas grave ce qui s’est passé, que des accidents ça arrive, que je me suis énervée pour rien, qu’il suffisait de faire bouillir un peu….
Hier, pendant un moment on n’avait ni eau ni métro, le tout sur fond de Charbonneau.
Ne me dites pas que ce n’est pas grave ce qui se passe à Montréal. C’est faux. C’est grave.
Pas mortel, pas Chernobyl, pas les Boers, pas Waterloo.
Mais grave quand même.
Pas normal que la métropole soit si broche à foin.
Pas normal de baisser les bras devant l’incompétence.
Pas normal que les ponts, les rues, les viaducs…. Pas normal, 1,3 millions de personnes sans eau.
Pas plus normal que des centaines de communautés autochtones n’aient pas accès à l’eau potable pendant des années, comme l’explique ma collègue Rima Elkouri ce matin, elle aussi, soit dit en passant, totalement exaspérée par l’attitude la Ville…
Faites bouillir l’eau et taisez-vous, nous dit-on, explique-t-elle en gros.
Pas envie de me taire. Ni pour les Montréalais, ni pour les autochtones, ni pour tous ceux qui n’ont pas accès à de l’eau propre dans le monde entier.

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Mardi 21 mai 2013 | Mise en ligne à 23h00 | Commenter Commentaires (79)

Un chef chez McDo

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Oui ceci est Martin Juneau mais ce n’est pas un hamburger McDo. Photo Herby Moreau. La Presse.

Ça doit faire un an et trois-quarts que je fais tout sauf écrire ce texte. Bon. Peut-être que j’exagère. Seulement quelques semaines puisque la publicité dont il s’agit n’est pas en ondes depuis si longtemps. Mais cela m’a semblé une éternité.  Une éternité de tergiversations et d’évitements. Parce que le sujet est délicat. Inconfortable.

Un chef que j’aime bien, dont je respecte le travail, Martin Juneau, celui qui était aux fourneaux de la Montée de lait et qui pilote maintenant le Pastaga, fait de la publicité pour McDonald. Oui. Vous avez bien lu et peut-être même entendu à la radio. Il est dans une annonce pour un nouveau hamburger. Le Angus Rodeo tiers de livres ou un truc du style, un hamburger à édition limitée avec du bacon et des jalapenos si je comprends bien l’annonce.

Dans la pub diffusée à la radio, on l’entend dire que s’il devait faire un hamburger, il mettrait certains ingrédients, qu’il nomme. Puis une sorte d’intervieweur dit que tout ça ressemble exactement à la recette de hamburger McDo… Bref, de façon indirecte, le chef qui est clairement présenté, endosse le produit McDonald, une multinationale qui n’est pas connue pour les mêmes principes gastronomiques que ceux du chef Juneau.

Impensable ? Je veux bien croire que ce n’est pas le premier chef à faire de la promotion pour une marque, comme Mathieu Cloutier de Kitchen Galerie, par exemple, qui s’est associé aux légumes congelés Arctic Garden. Mais McDo ????

Joint au téléphone, le chef s’explique.

“Oui c’est de la pub pour McDo”, confirme Martin Juneau, sans ambages. ‘Oui c’est contraire à tout ce que je prône. Mais si je dis que je dépense pour 1,3 millions chez les petits producteurs québécois, est-ce suffisant pour tourner la page ?”

Juneau n’a pas pris la décision à la légère. Il a consulté son associé, sa famille, son agent. “Je n’ai pas dit oui sur le coup.”

Sauf qu’il ne faut pas se le cacher. Le chef avait besoin d’argent. Envie d’acheter une maison. D’en finir avec les dettes trainées depuis la faillite de la Montée. “J’étais seul face aux créanciers”, explique-t-il, en commençant par Revenu Québec et Revenu Canada. “Je me sors enfin la tête de l’eau, dit-il. Je peux passer à autre chose.”

Au début, explique-t-il, le chef a vécu un moment d’angoisse. Et puis il a choisi de s’assumer. Et quelques jours plus tard, il est allé dans un McDonald, chaîne qu’il dit ne pas fréquenter habituellement, pour essayer le fameux hamburger.

Et puis ?

“Disons qu’avec les mêmes ingrédients, j’aurais fait quelque chose de mieux, dit-il. Ce hamburger manquait d’amour.”

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Mercredi 15 mai 2013 | Mise en ligne à 20h19 | Commenter Commentaires (22)

Angelina, les seins et les hommes

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Photo AFP. Angelina Jolie et Brad Pitt à Cannes, quand elle était enceinte de ses jumeaux.

Vous avez tous entendu parler d’Angelina Jolie qui s’est fait faire une double mastectomie préventive pour ne pas mourir d’un cancer du sein, espère-t-elle. Angelina porte le gène associé à un risque très élevé de cancer du sein et des ovaires, cancer dont sa mère est morte à 56 ans. Elle se fera aussi enlever les ovaires. L’actrice a décidé de retirer de son corps les organes susceptibles d’être envahis par la maladie. C’est son choix. On en parle depuis deux jours. J’ai d’ailleurs écrit une chronique sur le sujet ici.

Est arrivée dans mon courriel une lettre d’un lecteur que j’ai connu dans une autre vie. Un voisin d’enfance, qui raconte une histoire parallèle plutôt surprenante: celle d’un homme qui s’est fait lui aussi enlever les seins, les têtons devrait-on peut-être dire, puisque les hommes n’ont pas vraiment de vrais seins, n’est-ce pas ?

La voici.

“Pour moi, oui oui tu lis bien, pour un homme je me suis aussi posé la même question à l’âge de 38 ans. Selon les statistiques 1% des personnes touchées par le cancer du sein sont des hommes !

À l’âge de 36 ans, j’avais mal aux seins et je croyais que je faisais trop d’exercice. Finalement après quelques mois de compresses chaudes et d’exercices prescrits par  une physiothérapeute la douleur était toujours présente. Finalement, une mammographie (ici je te passe les commentaires des femmes présentes dans la clinique pour femmes au sujet d’un intrus mâle) et les résultats arrivent: “Monsieur on décèle des anomalies dans les deux seins et celui de droite est plus gros que celui de gauche et il semble se développer.”

– De quoi je souffre docteur ?

– Non non pas du cancer du sein, mais vos seins poussent comme un adolescent et nous devons arrêter cette poussée.

Ok, alors voilà le Tamoxifen qui entre en jeu. Je me présente à la pharmacie pour remplir l’ordonnance et la pharmacienne sans gant blanc me dit fort: « Vous savez monsieur, il doit y avoir erreur, c’est un médicament pour le cancer du sein. » Je veux fondre devant tout le monde qui me regarde et du tac au tac je lui dis « Madame, j’ai présentement un problème aux seins et mon docteur doit savoir ce qu’il me prescrit, mais je vous demanderais d’être professionnelle et de lui téléphoner immédiatement pour confirmer ».

Le Tamoxifen n’a pas eu le résultat escompté, après plusieurs mois de traitements.  Je me suis donc retrouvé après plusieurs rendez-vous chez le médecin avec le diagnostic qu’à l’âge de 50 ou 60 ans je me retrouverais avec un risque de 80% à 90 % d’avoir un cancer du sein ?!?!! « Qu’est-ce que je fais maintenant ? »

– Vous attendez ou vous faites enlever !

– Hey là, vous voulez me mutiler le corps ?  Comment je ferai moi pour aller à la plage ou à la piscine avec de gros trous à la place des seins ?

Ai-je le choix ?  Oui. Mais je ne veux pas mourir non plus alors je décide de tout faire ôter.  Premier rendez-vous chez un chirurgien et je lui exprime mes craintes. « Monsieur, vous êtes un homme, on n’a pas à faire attention »  Merci, bonjour j’en ai choisi un autre qui a été sensible à ma requête et a compris. Malgré tout, j’ai pu repousser cette opération à trois reprises… J’ai été chanceux !  Le matin de l’intervention, le docteur me demande: « Je fais un aujourd’hui et je vous ferai l’autre dans quelques mois? »  Non non, les deux aujourd’hui. J’ai le courage aujourd’hui alors vas-y avec ton bistouri puis coupe mon homme.   Bref tout est parti et une semaine plus tard de retour chez le chirurgien. Il me confirme qu’il n’y avait pas de tumeur ni de trace de cancer. Ouf !  Vient l’étape d’enlever les pansements… J’ai peur de regarder ! Le médecin est fier de sa job. Je regarde et les cicatrices sont minimes et il me dit « qu’il a trimé dur pour pas trop maganer ». J’en reviens pas de voir les petites cicatrices et qu’il a été retirer toutes mes glandes mammaires par ces petites incisions et ce jusqu’en dessous des aisselles !

Aujourd’hui, 17 ans plus tard, personne ne regarde mes seins attentivement à la piscine ou à la plage et personne ne me dit « dekessé que t’as eu ? » Pas plus qu’à  l’été 95 !  Et je n’ai pas le cancer, même si je sais que j’ai encore 5% de risque de l’avoir malgré tout. Non, je n’ai pas le risque d’avoir le cancer des ovaires, mais chez l’homme ce sont les risques d’avoir le cancer de la prostate qui sont associés au cancer du sein.  Je me surveille et je fais confiance à mon docteur !

Voilà, chère Marie-Claude, mon histoire à moi un homme avec une décision à la Angelina.”

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