Dans un article publié dans le magazine The New Yorker, le journaliste Malcolm Gladwell croit que non. Pas particulièrement sympathique à l’utilisation de Twitter, Gladwell soutient qu’une implication politique à haut risque comme celle du mouvement pour les droits sociaux aux États-Unis est uniquement possible à travers des relations interpersonnelles fortes (lire: des vrais amis avec qui militer, et pas uniquement des amis Facebook).
Or, les réseaux sociaux sont plutôt les châteaux forts des maillons faibles (ou “weak links”), efficaces pour transmettre des idées mais pas pour créer un réel engagement politique. Pour Gladwell, des liens sociaux faibles permettent un échange d’information, alors que des liens sociaux forts incitent à prendre des risques pour une cause ou un projet.
Il présente le cas particulier d’une vague de protestations pacifiques au début des années 60 (c’était l’année de l’invention du guichet automatique!), où des étudiants afro-américains ont occupé des places au comptoir d’un restaurant de la ville de Greensboro (Caroline du Nord), alors que cela leur était interdit. Au fil des jours, des sympathisants les ont rejoint, et des manifestations similaires ont eu lieu dans la région. Après quelques semaines, c’est tout le Sud qui était au prise avec une épidémie de sit-ins en faveur de l’égalité raciale. Gladwell note que les manifestants initiaux étaient des amis et que ce sont des proches qui les ont rejoints au restaurant.
Et les récents mouvements populaires en Iran et en Moldavie, dans tout ça? Gladwell affirme que ces soi-disant révoltes fomentées sur Twitter n’auraient en fait été que des distorsions médiatiques, politiques et technologiques de la réalité vues de l’Occident. En clair, peu d’électeurs iraniens auraient vraiment utilisé le symbole #iranelection dans le pays, selon Gladwell. Il croit que l’organisation et la hiérarchie des groupes politiques fait leur succès. Difficile, donc, d’arrêter le génocide au Darfour ou de reconstruire Haïti avec une page Facebook.
Ici, une réplique à Gladwell sur le site du Guardian.
Gladwell en entrevue avec Katie Couric au début de l’année, où il aborde le sujet des médias sociaux:










zenwriter
6 octobre 2010
11h18
Billet fort intéressant. Un peu surpris de la position de Gladwell pour cet homme si intuitif. Les médias sociaux sont encore jeunes, leurs adeptes vont les modeler davantage. D’ailleurs, la position de ce brillant auteur se comprend mieux, puisqu’il n’est pas, de son propre aveu, un friand de ces nouveaux médias. L’entrevue avec Courir est du bonbon. Merci pour cette découverte.