Il y a un petit côté Sentinelles de l’air dans le Kaskoo X04. Tout comme les fameux appareils de la vieille série télévisée, ce véhicule chenillé, surmonté d’une cabine pour quatre passagers, peut intervenir en terrain accidenté, sur la neige, dans les marécages, et même flotter au travers des plans d’eau. « On vise le marché de la survie et du sauvetage », indique Marius Allaire, président de l’Équipe Fabconcept, son fabricant installé à Saguenay. « On veut remplacer l’hélicoptère pour des interventions à courte distance, sur 50 ou 100 km. »
On pourrait croire que le plus grand enjeu de la petite firme de Saguenay serait de vendre un appareil précurseur, fabriqué dans un atelier peu connu en dehors de sa région, au prix de 285 000 $. Mais ce n’est rien pour inquiéter Marius Allaire. « J’en ai vendu un en cinq minutes alors qu’il n’était pas encore fabriqué, soutient-il. Le défi important au cours des prochaines années est de garder la production ici au Canada. »
Les ouvriers spécialisés sont rares, donc précieux. « Les coûts de main-d’œuvre, les coûts de gestion de main-d’œuvre, les coûts pour répondre aux gouvernements, tout ça gruge les entreprises, poursuit-il. Quatre compagnies m’ont déjà appelé pour acheter la technologie, et on ne l’a pas encore montré beaucoup. »

Le véhicule tout terrain Kaskoo. Photo fournie par Fabconcept.
L’ENJEU : LE FABRIQUER ICI
Tintin l’avait appris aux dépens de la tête du capitaine Haddock : il n’est pas facile de conduire un engin à chenilles. « Je suis le meilleur pilote et en mode manuel, je ne peux pas dépasser 14 km/h », raconte Marius Allaire. Heureusement, le Kaskoo est doté d’un système informatique qui gère la traction des chenilles et contrôle la conduite du véhicule, autorisant une vitesse de 40 km/h. Ce n’est qu’un seul des innombrables problèmes techniques qu’il a fallu résoudre en douze ans d’efforts.
Les chenilles par exemple.
Elles accentuent la traction et réduisent la pression au sol – ce qui permet de traverser sans encombre les marécages – mais elles doivent conserver un très fort débattement pour franchir les obstacles.
« C’était toute une galère, les suspensions, raconte Marius Allaire avec la célèbre faconde saguenéenne. Lorsqu’on a commencé à finaliser le dernier modèle de suspension, j’ai dit à ma secrétaire de prendre les messages. Quand j’ai relevé la tête, trois mois s’étaient écoulés. »
Grâce à sa structure monocoque en aluminium renforcée d’acier, le poids du Kaskoo ne dépasse pourtant pas 4000 lb. « C’est surtout la conception et la forme des pièces qui fait gagner du poids », explique Marius Allaire.
Distribué par ALL Technologie, fondée pour l’occasion par Marius Allaire, le Kaskoo est fabriqué par son Équipe Fabconcept, une entreprise spécialisée dans la conception et l’usinage de pièces mécaniques complexes.
Il estime avoir investi plus de 3 millions de dollars dans le développement de son véhicule. La seule étape de prototypage et d’essai a duré trois ans.
Le modèle de production a été présenté en novembre dernier. Le premier appareil a été vendu à l’entreprise d’exploration minière IOS Services Géoscientifique – un autre marché au potentiel important, tout comme le secteur militaire.
L’entreprise ne compte que trois ingénieurs et quelques techniciens, « mais on est bien équipés et on est très innovants », assure M. Allaire.
Avec les machines-outils de l’entreprise, il faut actuellement près de 2000 heures de travail pour construire un Kaskoo. Marius Allaire espère abaisser le délai de livraison à quatre mois. « On ne peut pas arriver à un coût intéressant si on n’en fait qu’un à la fois, dit-il. Six, c’est vraiment le minimum. Les prochaines années, il est possible qu’on en fasse 12 ou 18. »
Pour compenser son personnel restreint, l’entreprise fabrique des pièces depuis plus d’un an, en vue de la production qui devrait débuter l’été prochain. « Ce qui nous a bloqué, c’est beaucoup le manque de main-d’œuvre, indique le double président. C’est pourquoi je me donne un an et demi pour le produire ici, sinon, c’est bonsoir. À l’impossible nul n’est tenu. »

François-Alexis Provost, de IOS Services Géoscientifique, acheteur du premier véhicule, et Marius Allaire, président de L'Équipe Fabconcept. Photo fournie par Fabconcept.
Le regard d’un expert
MODULES ET SOUS-TRAITANCE !
Impressionné, Georges Abdul-Nour, professeur en génie industriel à l’UQTR et codirecteur de l’Institut de recherche sur les PME, s’attendait à voir un petit véhicule récréatif, alors qu’il a découvert sur internet un appareil qui s’apparente à un véhicule blindé.
« La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est pourquoi ne pas faire trois plateformes ?, lance-t-il. Une première plateforme de type petit véhicule amphibie à quatre roues pour les chalets de chasse et pêche. Une autre plateforme de la grandeur d’une voiture pour les terrains difficiles, genre Hummer. Et la version actuelle, pour laquelle je vois des applications même militaires. »
Avec trois platesformes qui partagent des éléments modulaires, Fabconcept pourrait lancer une production à plus grande échelle, même si les trois segments de marché ne suffisent pas individuellement à justifier un tel investissement.
« Il suffit qu’il prenne un de ces trois marchés, indique le professeur. Avec trois plateformes de dimensions différentes, on peut toujours trouver des façons de standardiser et de faire des éléments communs. »
Si l’entreprise veut conserver une taille plus modeste tout en continuant à fabriquer au Canada, il lui faudra utiliser des structures modulaires.
« Elle pourra alors trouver des réseaux de fournisseurs qui pourront lui fournir ces modules », évoque M. Abdul-Nour. Fabconcept se consacrerait alors davantage à l’assemblage. « L’entreprise réduirait l’investissement et je crois qu’elle pourrait couper un peu sur le prix. »
Fabconcept reporterait ainsi sur ses fournisseurs la difficulté de trouver des employés spécialisés.
Sinon, que faire pour les attirer ? « Ça reste une question de salaire », fait-il valoir.
Fabconcept pourra tenter de meilleures conditions de travail pour concurrencer les salaires proposés par les minières, qui drainent beaucoup de travailleurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais il faudra en même temps accroître la productivité.
Mais l’entreprise pourrait aussi faire preuve d’imagination. Rien ne l’empêchera de lancer des offres d’emplois créatives sur internet, en faisant par exemple valoir l’intérêt de travailler à la fabrication d’un engin aussi spectaculaire.

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gl000001
21 mars 2013
09h12
J’adore le nom. Ca serait très vendeur à l’émission Les Dragons !!
Ca pourrait aider à rejoindre les gens victimes d’avalanches. Ou pour aller prévenir les avalanches.
Je verrais Google acheter ça pour élargir Streetview. Ils pourraient aller dans la toundra ou sur la banquise avec ça. Et dans les montagnes sans à avoir à porter la caméra sur leur dos comme ils font en ce moment.