
Le routeur Almond, du fabricant taïwanais Securifi, dont le design est l’œuvre de Parallaxe… de La Pocatière.
Comment gagner un prix de design en Chine sans sortir de La Pocatière ?
En travaillant à distance avec une entreprise de Taiwan. Le monde était devenu un village global : il est maintenant un grand bureau.
La petite firme de design industriel Parallaxe, de La Pocatière, a remporté en novembre dernier le Succesful Design Award, dans la catégorie Computer & Business, pour le routeur à écran tactile Almond conçu pour la compagnie taïwanaise Securifi.
Le prix, remis à Shanghai, récompensait un produit distribué sur le marché chinois en 2012 et remarquable par son design.
« On est un peu surpris, d’autant plus que les autres produits qui ont été primés sont de Samsung, Philips et Nokia », confie le président de la petite firme de trois personnes, Pierre Patenaude. « C’est très valorisant. »
Surprenant qu’une firme de La Pocatière trouve un client à Taiwan ? Plus étonnant encore : c’est en fait la compagnie de Taiwan qui a déniché un fournisseur à La Pocatière !
La toute jeune entreprise Securifi cherchait une firme pour mettre au point le boîtier de son innovation : un routeur sans fil avec écran tactile dont on pourrait faire le paramétrage directement sur l’appareil plutôt que par l’intermédiaire d’un ordinateur.
Un mouleur de plastique de Taiwan leur a parlé de Parallaxe, avec laquelle il travaillait. Securifi a vérifié sur internet les antécédents de la petite firme de La Pocatière… et lui a accordé le mandat.
Parallaxe a conçu un boîtier sobre, constitué d’un noyau technique enserré en sandwich entre deux plaques carrées, qui s’évasent légèrement à leur base. Il s’agissait de plaire à une clientèle « de téléphone intelligent et de tablette électronique, et non de routeurs traditionnels, et qui était donc habituée à voir des produits avec un certain design. » Un coup de maître : ce premier produit de Securifi est maintenant distribué partout dans le monde.
Il a sans doute fallu de nombreux voyages en Asie pour mettre le produit au point ? « On ne s’est jamais rencontrés », répond Pierre Patenaude. Tout s’est fait par voie électronique : transmission de fichiers numériques, conférence sur Skype, envoi de prototypes par colis express…
Parallaxe a été fondée en 2004 à La Pocatière. Pierre Patenaude y habitait, après avoir travaillé pour un centre de transfert technologique de l’endroit.
Le petit bureau de trois employés s’est rapidement fait une réputation et une clientèle dans les appareils électroniques et médicaux.
Une bonne partie de son chiffre d’affaires est réalisé au Québec, mais grâce au bouche à oreille des sous-traitants asiatiques, l’entreprise compte des clients au Canada, aux États-Unis, en France, en Angleterre, en Inde, en Australie… où Pierre Patenaude ne se rend à peu près jamais.
« Il y a un périmètre psychologique au delà duquel on ne se déplace plus », dit-il.
Même Montréal mérite rarement un déplacement. Son rayon d’action maximale est d’environ 250 km.
Mais la virtualité a ses limites. Dans sa quête de croissance, le plus grand défi de Parallaxe consiste à trouver des designers qui accepteraient de s’installer à La Pocatière. « Il y a une pénurie de main-d’œuvre spécialisée, surtout en design », constate Pierre Patenaude.
Encore une fois, c’est peut-être sur la scène internationale que se trouve la solution. « Un de mes clients est installé un peu plus à l’est et il est allé chercher quatre ingénieurs et techniciens en France, décrit-il. La solution est d’aller recruter à l’étranger. »
Si tu ne viens pas à La Pocatière, La Pocatière viendra à toi (Paul Féval, Le bossu).
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