La Banque de développement du Canada (BDC) voulait comprendre pourquoi il est si difficile pour les moyennes entreprises canadiennes d’atteindre le stade supérieur de la grande entreprise. Leur recherche a donné des résultats inattendus. « Ce qui nous a surpris, c’est que le nombre d’entreprises de taille moyenne a diminué au Canada », indique Pierre Cléroux, économiste en chef et responsable de la recherche à la BDC.
Entre 2006 et 2010, le nombre d’entreprises comptant de 100 à 499 employés est passé de 9370 à 7814, en baisse de 17 %.
C’était la première fois que la BDC s’intéressait spécifiquement aux moyennes entreprises. « On voulait mieux comprendre pourquoi il était si difficile de devenir une grande entreprise au Canada, explique l’économiste. Si on se compare à d’autres pays, les entreprises de taille moyenne au Canada sont relativement petites et elles demeurent petites. Aux États-Unis par exemple, elles deviennent beaucoup plus souvent des grandes entreprises. »
En fait, non seulement les moyennes entreprises canadiennes ont-elles de la difficulté à passer dans la catégorie poids lourds, mais elles peinent à demeurer dans celle des poids moyens !
« Chaque année, il y a en moyenne 14 % des entreprises de taille moyenne qui sont devenues des petites entreprises », constate Pierre Cléroux.
Un sondage, réalisé pour la BDC par la firme Harris/Décima en juillet et août 2012 auprès de 301 répondants, a révélé que la principale raison aux difficultés de croissance des grandes entreprises était le manque d’accès au financement.
Nouvelle surprise. « Traditionnellement, ce sont plus les petites entreprises ou les nouvelles entreprises qui ont des problèmes de financement, observe M. Cléroux. On s’attend moins à ce que les entreprises bien établies de 200 à 300 employés aient aussi des défis au niveau du financement. »
« Les propriétaires nous disent que leurs entreprises sont rendues trop grandes pour utiliser les services offerts aux petites entreprises, et elles n’ont pas les structures nécessaires pour puiser dans ce qui est offert aux grandes entreprises, ajoute-t-il. Elles sont donc un peu coincées entre les deux. »
Autre explication à leurs déboires, elles font face à une concurrence internationale accrue… et féroce. « On s’en doutait en voyant par exemple le taux de croissance de la Chine, dit-il, mais on n’avait pas réalisé que les entreprises se sentaient aussi coincées face à la concurrence. »
La difficulté de recruter des employés qualifiés est également citée.
Pour sa part, le secteur manufacturier a carrément été mis KO. Entre 2001 et 2010, plus de la moitié des moyennes entreprises de ce secteur ont disparu – leur nombre est passé de 2807 à 1381.
Cette enquête procure tout de même quelques bonnes nouvelles. Six dirigeants de moyennes entreprises sur dix (64 %) prévoient une croissance de leur entreprise au cours des trois prochaines années. L’étude a enfin révélé un autre élément intéressant. « Les entreprises qui ont des conseils d’administration et des comités consultatifs performent mieux et ont une croissance plus élevée, explique Pierre Cléroux. Le fait d’avoir des conseillers externes a un impact très positif sur une entreprise. »
Qu’en dites-vous ? Y a-t-il une maladie canadienne de la moyenne entreprise ?
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