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  • Marc Tison

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    Vendredi 18 janvier 2013 | Mise en ligne à 16h03 | Commenter Commentaires (2)

    Parlez-vous Lingvô ?

    IDE3S a mis au point ce langage par pictogrammes sur tablette électronique, grâce auquel les professionnels de la santé peuvent cerner l’état d’un malade qui ne parle pas leur langue.

    Une espèce d’espéranto instantané, quoi.

    Mais il faut convaincre les médecins de payer 4,99 $ pour l’application. Problème.

    Un des quelque 300 pictogrammes de Lingô

    Un des quelque 300 pictogrammes de Lingvô

    Vous êtes malade et vous devez expliquer votre malaise et vos symptômes à un médecin qui ne parle pas votre langue. Embêtant. Heureusement, il brandit une tablette numérique, sur laquelle apparaît une série de pictogrammes.

    Vous pointez celui qui représente la partie du corps douloureuse.

    Guidé par le médecin et en réponse à ses indications, vous progressez de plus en plus dans l’arborescence, jusqu’à ce que votre malaise soit bien cerné.

    En retour, le médecin peut vous résumer le traitement, la posologie même, toujours à l’aide de pictogrammes.

    Cette application s’appelle Lingvô. Elle a été mise au point par la firme montréalaise IDE3S, à partir du projet de fin d’études de Juliana Alvarez, en 2009.

    L’étudiante en design industriel avait alors conçu une version préliminaire de cet outil de communication en images, avec l’aide du Centre hospitalier universitaire (CHU) Ste-Justine.

    « À la suite du projet de quatrième année, on a décidé de développer surtout le côté sémiotique des symboles des pictogrammes, pour qu’il y ait une reconnaissance interculturelle, indique-t-elle. Il s’agissait de voir comment les gens de différentes cultures reconnaissaient les couleurs et les formes, pour que les gens puissent les comprendre le plus rapidement et le plus facilement possible. »

    La recherche a duré deux ans, en étroite collaboration avec le personnel des urgences du CHU Ste-Justine et de son Unité de pédiatrie interculturelle.

    C’est en fait tout un vocabulaire et une grammaire en images qu’il a fallu créer de toutes pièces. L’application compte plus de 300 pictogrammes différents.

    « L’arborescence va de tous les traumas jusqu’à tous les symptômes de l’échelle de triage pancanadienne, décrit Mme Alvarez. La seule partie qui manque est la section psychiatrique de l’évaluation, qui est plus difficile à symboliser. »

    Les allergies alimentaires ne sont pas incluses non plus, mais elles seront considérées pour la deuxième version.

    « C’est surtout un outil d’évaluation, explique-t-elle. Il serait extrêmement dangereux de dire qu’il s’agit d’un outil d’autodiagnostic, ou même de diagnostic tout court, car il ne fait qu’identifier des signes et des symptômes qui peuvent mener à une conclusion. »

    Avec ses deux partenaires de IDE3S, les designers Ignacio Alvarez et Simon Marino Fortier, Juliana Alvarez a conçu une application électronique pour tablette numérique iPad. Des versions pour les téléphones intelligents iPHone et Android sont en cours de développement.

    La version finale a été lancée à l’occasion du Symposium de médecine francophone, tenu à Montréal en octobre 2012.

    « On a eu de bonnes réactions de ceux qui venaient de centres urbains comme Montréal, Ottawa et surtout Toronto, relate Mme Alvarez. Ceux des régions ne voyaient pas nécessairement d’applications pratiques. »

    Malheureusement, l’intérêt ne s’est pas concrétisé en intention d’achat.

    « Les gens en provenance de Montréal et de Laval ont dit qu’ils attendraient que leurs institutions l’implantent plutôt qu’en faire eux-mêmes l’acquisition, poursuit-elle. C’est notre plus grand défi : au Québec, l’implantation est plus complexe parce que ce sont des institutions publiques avec plusieurs paliers administratifs. On essaie de voir comment intéresser les médecins, pour qu’eux-mêmes mettent de la pression sur les gestionnaires.  »

    Le prix n’est certainement pas un obstacle insurmontable : l’application peut être achetée sur App Store pour 4,99 $.

    L’entreprise vise d’abord le marché québécois, le marché canadien ensuite, et éventuellement le marché américain. « On essaie de toucher les particuliers et le plus grand nombre possible d’utilisateurs professionnels », précise Mme Alvarez.

    Il sera difficile de rentabiliser un produit spécialisé à coups de 4,99 $.

    D’autant plus que dans le secteur médical, la crédibilité est indispensable au succès. « Dans les foires et expositions, on est à côté des grandes compagnies pharmaceutiques, constate Juliana Alvarez. On a des ressources financières limitées et on se trouve petits à côté d’eux. C’est une question de se faire un nom peu à peu et de s’affilier aux bonnes personnes et aux bonnes institutions. »

    Une étape typique de l'arborescence.

    Une étape typique de l'arborescence.

    ***

    L’opinion d’un expert

    INVESTIR DANS LA GRATUITÉ TEMPORAIRE

    « L’idée est bonne », constate d’emblée Simon Lamarche, associé chez la firme de stratégie et marketing sur internet Adviso.

    « Le iPad est utilisé dans le milieu médical, mais il n’est généralement pas la propriété de l’hôpital, observe-t-il. Beaucoup de médecins ont un iPad et l’utilisent, mais je ne sais pas s’ils vont payer une application 5 $ pour le bien de leurs patients, en se disant qu’ils pourraient mieux les aider. »

    Il reconnaît que cette dépense somptuaire ne les menacerait pas de faillite. « Cinq dollars, ce n’est pas grand chose, mais c’est quand même une barrière à l’entrée, fait-il valoir. Il y a beaucoup d’applications gratuites. »

    Pour inciter les médecins à faire l’essai de Lingvô, IDE3S pourrait offrir pendant quelque temps une version gratuite, qui deviendrait payante après un certain délai ou un certain nombre d’utilisations.

    « C’est un modèle très courant dans les applications, souligne Simon Lamarche. On offre soit une version allégée, soit une version qui ne permet de régler que certains problèmes, pour que les utilisateurs s’habituent et évaluent sa valeur. »

    Il suggère de faire tester l’application par plusieurs médecins, afin qu’ils en fassent l’évaluation dans des revues et sites spécialisés.

    « Des commentaires favorables, par exemple sur App Store, permettraient d’associer un bruit positif à l’application. Il existe beaucoup de forums et de groupes d’intérêts dans le secteur médical. »

    Le site de l’entreprise ne contient pas beaucoup de témoignages d’utilisateurs, observe-t-il à ce propos.

    Il souligne au passage que la déclinaison de l’application sur iPhone, un outil plus courant que le iPad en milieu de travail, favoriserait davantage sa diffusion. IDE3S aurait intérêt à réaliser ce passage le plus tôt possible, comme elle en a l’intention.

    Par ailleurs, l’entreprise trouverait peut-être un plus vaste marché auprès des communautés culturelles. « Il y a de nombreuses communautés, plusieurs endroits où ils se regroupent, où ils discutent en ligne. Il serait utile d’entrer directement en contact avec eux pour leur en parler. »

    Autre avenue pour rentabiliser les coûts de développement : parmi les autres applications déjà utilisées par les médecins, quelles sont celles qui présentent des similarités avec Lingvô ? Une firme bien établie qui obtient déjà un grand nombre de téléchargements serait peut-être intéressée à acheter une licence pour intégrer Lingvö à certains de ses programmes.

    Le consultant souligne qu’un dictionnaire électronique porte le même nom de Lingvo (sans accent, toutefois). « Il pourrait valoir la peine de s’assurer que la personne qui cherche l’application la trouve immédiatement », avise-t-il.

    Lui-même l’a cherchée quelque temps. « On parle de quelqu’un qui était convaincu, qui voulait la télécharger et qui n’était pas en mesure de le faire tout de suite parce qu’il ne la trouvait pas. C’est très dangereux. »

    Il recommande d’investir dans une petite campagne publicitaire sur Google. « Ça ne coûterait vraiment pas cher parce que peu de gens cherchent Lingvô de cette manière. »


    • La gratuité apporte la santé.
      Plus c’est cher,que ça coûte quelque chose ou qu’il faille penser calcul et rentabilité économique plus cela provoque du stress inutile à l’humain et augmente tous les risques que celui-ci nous cause.
      Arrêtons de faire des choses toujours en fonction de leurs coûts ou rentabilité et nous serons bien plus heureux.
      Gilles Ménard

    • IDE3S a mis l’application gratuite sur le AppStore.

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