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Archive du 13 décembre 2012

Jeudi 13 décembre 2012 | Mise en ligne à 17h18 | Commenter Commentaires (3)

Puiser dans le financement populaire

Pour lancer la fabrication de sa nouvelle bouteille d’eau filtrante, AquaOvo demande le soutien du public.

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La bouteille filtrante Alter Ego, d'AquaOvo. Photo fournie par AquaOvo.

Que faire quand on est une TTE et qu’on cherche de l’argent pour lancer un nouveau produit ?

On fait appel au financement populaire.

C’est comme l’œuf de Christophe Colomb : il fallait y penser. Cette fine (!) allusion réfère à l’œuf emblématique de la compagnie montréalaise AquaOvo, qui a donné son nom à l’entreprise et sa forme à son principal produit, un distributeur-filtreur d’eau en céramique, appelé Ovopur.

Fondée en 2008 par le designer Manuel Desrochers et sa sœur Noémie, AquaOvo a bâti sa réputation autour de son produit ovoïde, déposé sur un socle en acrylique ou en bois. L’eau traverse un quadruple filtre pour surgir pure à plus de 99.

Manuel Desrochers vient de concevoir une bouteille d’eau individuelle qui utilise un filtre similaire. Il s’agit d’aspirer par l’embout, à la manière d’une paille, pour forcer l’eau au travers d’une cartouche de filtration amovible. En forme d’œuf, cette cartouche utilise la technologie de filtration de la compagnie américaine Revolve.

La bouteille de plastique transparente s’évase doucement depuis sa base circulaire jusqu’à son sommet triangulaire. Cette subtile transition prismatique favorise la préhension de la bouteille, l’usager pouvant la saisir plus ou moins haut sur son fût, selon la taille de sa main. « Quand la bouteille est couchée, ça l’empêche aussi de rouler », expliquait son concepteur, lors du lancement du produit, le 22 novembre dernier. Elle comporte un couvercle vissé à chaque extrémité pour faciliter le nettoyage.

Mais dans la petite boutique qui sert aussi de siège social, sur le boulevard Saint-Laurent, Manuel Desrochers ne pouvait encore montrer qu’un prototype. Les moules d’injection coûtent au bas mot 20 000 $. Une campagne de marketing peut en coûter presque autant.

La petite entreprise – une affaire de famille et d’amis d’une demi-douzaine de personnes – ne fait encore qu’un chiffre d’affaires d’environ 700 000 $.

Plutôt que faire appel à des investisseurs externes ou se plier aux exigences d’un créancier institutionnel, AquaOvo a préféré lancer un appel à tous, sur la plateforme Internet de financement populaire indiegogo.com. L’équipe d’AquaOvo, qui a tourné pour l’occasion une courte vidéo, y présente en détails son produit et les objectifs humanitaires de sa campagne.

(Voir http://www.indiegogo.com/alter  ici et en version française ici)

Les consommateurs séduits par le projet peuvent acheter sur ce site le produit en prévente, avec la promesse d’en être les premiers propriétaires lorsqu’il sera en production.

On y offre la bouteille Alter seule (25 $), le duo bouteille et filtre Alter Ego (65 $), un ensemble de trois Alter Ego (180 $). « On a même ajouté une option où les gens peuvent payer pour avoir leur visage sur un emballage », indique Manuel Desrochers, pour la modique somme de 5000 $.

« Il y a aussi des commentaires de gens qui ont contribué et qui nous encouragent, souligne Noémie. C’est vraiment excitant. »

La livraison est prévue en mai.

Un gigantesque groupe de discussion

« Il y a deux dimensions importantes à ce concept, fait valoir Manuel Desrochers. Oui ça permet d’aller chercher des fonds pour développer le produit, ce qui est notre objectif principal, mais ça aide aussi à faire connaître le produit. C’est une espèce de focus group géant à l’échelle mondiale. C’est une façon de valider le produit. »

AquaOvo a fixé l’objectif de sa campagne à 45 000 $. « On a choisi une campagne de 50 jours, qui va se terminer le 7 janvier », précise Noémie Desrochers.

Si l’objectif est atteint,  indiegogo prélèvera alors 4 % des sommes recueillies.

« L’objectif peut être atteint dans les 10 à 20 premiers jours, et ensuite ça continue de monter, décrit Manuel Desrochers. Avec un projet comme ça, on peut aller chercher 200 000 $, 300 000 $, 400 000 $. À partir du moment qu’on a atteint notre objectif de base, on sait qu’on peut aller de l’avant. »

Optimisme de bon aloi ?

Sur la page d’Alter Ego de la plateforme indiegogo, la mention suivante est inscrite sous l’invitation à contribuer : cette campagne ne touchera ses fonds que si au moins 45 000 $ ont été recueillis en date du 7 janvier à 11 h 59.

Après 25 jours, 18 805 $ sur 45 000 $ avaient été recueillis.

Tic, tac, tic, tac…

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Alter ego et son emballage. Photo fournie par AlterEgo.

L’opinion d’un spécialiste

FINANCEMENT POPULAIRE, MAIS POPULAIRE PENDANT COMBIEN DE TEMPS ?

Le financement populaire ? « Je pense que c’est un excellent dépanneur, une alternative intéressante, mais je ne voudrais pas y voir l’alternative magique et idéale pour toute nos entreprises en démarrage », déclare Claude Dulude, associé chez Stratmark, firme spécialisée dans la consultation stratégique et le management.

Cela dit, la visite de la page d’AquaOvo sur indiegogo.com l’a laissé favorablement impressionné, autant par la bouteille Alter Ego que par ses dynamiques promoteurs.

« Le produit est très innovateur, il est très bien positionné et on voit qu’il répond à un besoin », commente-t-il. « On a une jeune équipe qui a fait ses devoirs. Ils sont capables de convaincre les gens d’aller donner 25 ou 50 $. »

Le risque du financement est ainsi réparti entre une myriade de micro-investisseurs. « L’approche est donc facilitante pour certains produits qui pourraient présenter un intérêt pour le marché. »

La bouteille Alter Ego a justement toutes les vertus : séduisante, élégamment fonctionnelle, à vocation écologique, elle est susceptible de se gagner l’adhésion d’une clientèle aux convictions bien affirmées.

Mais tous les produits n’ont pas ce charme. En outre, le financement populaire, encore peu courant, jouit sans doute pour l’instant de l’attrait de la nouveauté. « Ça risque peut-être de se diluer avec le temps, parce que des gens auront eu de mauvaises expériences, ou auront été sollicités à répétition, fait valoir le consultant. Il pourrait y avoir un désengagement. »

Or, les besoins d’AquaOvo ne s’arrêteront pas aux 45 000 $ visés. « Il y aura une deuxième ronde, puis une troisième, et une quatrième, dit-il. Il n’est pas évident que ça pourrait nécessairement se faire sous cette forme. »

Le financement populaire, parce qu’il ne fait courir qu’un risque minime au contributeur, peut jouer sur les cordes émotives, en faisant valoir des arguments auxquels le financier traditionnel sera beaucoup moins sensible. « C’est un avantage et un désavantage, observe Claude Dulude. L’engagement du contributeur sera aussi rapide que son désengagement. Si pour une raison ou une autre il y avait déception, les portes risquent de se fermer rapidement. Le financier est peut-être plus lent à monter dans le navire, mais lorsqu’il décide d’embarquer, il sait que le voyage va durer un certain temps. »

Bref, AquaOvo doit planifier dès maintenant l’étape suivante, pour ne pas être prise de court quand de nouveaux fonds seront nécessaires. Sans doute faudra-t-il faire appel alors à une forme plus conventionnelle de financement.

« Le plan financier et le plan de mise en marché sont fondamentaux, tout comme de bons indicateurs financiers pour suivre au fur et à mesure cette progression de notre entreprise, prescrit M. Dulude. Ça prend une très grande discipline et pour certains entrepreneurs, c’est souvent la partie la moins réjouissante. »

Plusieurs questions doivent déjà être posées. Quels marchés veut-on pénétrer, et à quelle vitesse ? Quels seront les canaux de distribution ? Quel sera le rôle des sous-traitants ?

Le financement populaire trace néanmoins une nouvelle voie.

« Avec la mondialisation, internet et les médias sociaux, il y a aujourd’hui cette possibilité tout à fait extraordinaire d’utiliser à son profit la technologie et les moyens de communication pour promouvoir ses propres produits et accélérer son développement, y compris son financement », observe Claude Dulude.

Un produit québécois suffisamment méritant pourrait ainsi trouver des investisseurs ou des prêteurs n’importe où sur la planète.  « Et ça, c’est drôlement intéressant, ajoute-t-il. Ça va affecter le monopole qu’ont eu jusqu’à maintenant certaines institutions financières. »

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