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  • Marc Tison

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    Jeudi 6 décembre 2012 | Mise en ligne à 8h34 | Commenter Aucun commentaire

    Céder ses boutiques de fleurs pour une retraite sans épines

    Ce n’est pas la vente de leurs boutiques de fleurs qui assure la retraite de Francine Beaudet et Cyrille Côté. Ils avaient pris leurs précautions.

    L'équipe du Centre des roses: Mariève Côté, Cyrille Côté, Francine Beaudet et Isabelle Côté. Photo: Émilie O'Connor

    L'équipe du Centre des roses: Mariève Côté, Cyrille Côté, Francine Beaudet et Isabelle Côté. Photo: Émilie O'Connor

    Plus que 25 jours.

    Pour Francine Beaudet et son conjoint Cyrille Côté, la fin de l’année 2012 marque aussi le terme de leur longue aventure à la tête de l’entreprise qu’ils ont fondée en 1976.

    Le 1er janvier prochain, leurs filles Isabelle et Mariève prendront les commandes des trois boutiques de fleurs Le Centre des roses, dans la région de Trois-Rivières.

    Bref, Francine et Cyrille prennent leur retraite. On sent toutefois leur déchirement. « Il y a des gens qui rêvent de prendre leur retraite, exprime Francine. Ce n’était pas notre cas. »

    Ils ont respectivement 56 et 59 ans. Ils étaient à peine âgés de 20 ans quand ils ont ouvert leur première boutique, en 1976. Une deuxième a suivi 12 ans plus tard, et une troisième en 1994.

    Isabelle et Mariève sont revenues de Montréal pour travailler dans l’entreprise familiale au milieu des années 2000. Puis est venu le temps de leur faire davantage de place. L’échéance de la fin 2012 est une manière de compromis, arrêté il y a deux ans, entre les ambitions de la jeune génération et la passion inentamée des fondateurs.

    La cession de l’entreprise se fait sous la forme d’un solde de prix de vente dont le remboursement est étalé sur dix ans. « Nos filles n’avaient pas les liquidités », relate Francine Beaudet. « On les finance pour dix ans, pour leur donner le vent dans les voiles. En même temps, on surveille l’économie, car ce n’est pas rose. »

    Le transfert se planifie depuis quelques années, avec l’aide de divers consultants. Mais en prévision de leur lointaine retraite, Francine et Cyrille avaient déjà pris d’autres précautions, plusieurs années plus tôt.

    « On ne s’est pas fiés à la vente de l’entreprise, décrit Francine Beaudet. Il y a 20 ans, on s’est acheté un immeuble de quatre commerces et huit logements. On s’était donné comme objectif de ne pas utiliser ces revenus et de les conserver pour notre retraite. »

    Leurs revenus de location et de placements leur assurent une retraite confortable, sans qu’ils aient à compter sur le remboursement de la créance. Francine et Cyrille se réservent en outre une quinzaine de semaines par année pour donner aux magasins un coup main – rémunéré – durant les périodes d’affluence.

    Dans dix ans, une fois le transfert de l’entreprise complété, ils prévoient céder leur immeuble à leurs filles, pour qu’elles puissent à leur tour se constituer un fonds de retraite.

    En janvier, Francine et Cyrille inaugureront leur nouvelle vie avec un voyage. Ils seront de retour à temps pour répondre à la ruée de la Saint-Valentin. Avec bonheur. « On a été passionnés pendant 36 ans, reconnaît Francine. Ce n’est pas évident de faire ce deuil. »

    Un deuil entouré de fleurs, comme il se doit.

    L’opinion des spécialistes

    Bâtir son entreprise d’un côté, et sa retraite de l’autre

    « Beaucoup de fondateurs devront travailler longtemps avant de pouvoir prendre leur retraite », observe Daniel Vezeau, conseiller au Centre de transfert d’entreprises de Mauricie, bardé d’une longue expérience. « Un comptable m’a déjà dit : “J’avise mes clients qu’ils n’ont pas les moyens de cesser leurs activités d’entrepreneur mais ils vendent tout de même. Je les retrouve souvent dans des emplois comme chez Rona pour réussir à survivre.”»

    Trop souvent, les propriétaires vieillissants de petites entreprises n’ont plus l’énergie physique et intellectuelle pour continuer à mener leur barque. Ils cèdent leur entreprise précipitamment, même si la vente ne leur procure pas des revenus de retraite suffisants.

    « Plus le cédant tarde à planifier le transfert de son entreprise, plus il met en péril sa valeur, poursuit-il. En approchant de l’âge de la retraite, les propriétaires ne veulent plus prendre de risques financiers pour réinvestir dans l’innovation. Ils ne sont plus disposés à travailler autant d’heures par semaine. Ils négligent de garder leur entreprise active dans leur marché. Ils oublient que certaines entreprises concurrentes seront transférées et que leurs nouvelles équipes de gestion chercheront à élargir leur base de clients. Il est prouvé qu’un transfert d’entreprise réussi a un impact sur sa croissance. La meilleure façon de protéger la valeur de son patrimoine, c’est de planifier la continuité. »

    Pour compliquer encore les choses, les propriétaires de petites entreprises sous-estiment fréquemment leur coût de vie à la retraite, parce qu’ils oublient qu’ils perdront les avantages qu’ils s’accordaient avec leur entreprise. « Il y a des tout-terrains, des camionnettes, et même des véhicules récréatifs au nom de la compagnie », souligne M. Vezeau.

    De leur propre chef, les propriétaires du Centre des Roses ont fait précisément ce que recommandent les conseillers : planifier leur retraite longtemps à l’avance, et indépendamment de la vente de leur entreprise.

    « Si les propriétaires commençaient à sortir de l’argent de leur entreprise pour faire des placements autres que dans leur propre société, ils bâtiraient leur indépendance financière », énonce Nathalie-Anne Croft, conseillère en transfert d’entreprise au Groupe conseil Pissenlits. « Si on est dépendant de son entreprise à 50 %, on n’aura pas les mêmes réflexes que si on l’est à 90 %. »

    Si la retraite s’appuie trop lourdement sur la vente de l’entreprise, les besoins pour la retraite et les besoins de l’entreprise risquent d’entrer en concurrence. L’investissement dans de nouveaux équipements diminuera-t-il mon gain en capital, s’inquiètera le propriétaire.

    « Une grosse dualité s’installe, décrit Mme Croft. Mais si depuis 5, 10 ou 15 ans, une partie des dividendes de l’entreprise sont extraits pour planifier la retraite de l’individu, ça devient partie intégrante de l’évolution de l’entreprise. »

    Selon un récent sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, à peine 9 % des propriétaires de PME ont un plan de relève écrit, alors que 48 % prévoient vendre leur entreprise dans un délai de cinq ans.

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