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Archive du 20 novembre 2012

Mardi 20 novembre 2012 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Commentaires (2)

L’invincible armada de Princecraft

L’enjeu

Pour mieux faire face à la concurrence, le fabricant d’embarcations Princecraft veut mettre le cap, à plein gaz, sur le développement de produits.

Beaucoup, beaucoup de produits.

Donald Dubois, président de Princecraft, à  la barre du ponton Vogue 25 XT. Photo fournie par Princecraft.

Donald Dubois, président de Princecraft, à la barre du ponton Vogue 25 XT. Photo fournie par Princecraft.

L’INVINCIBLE ARMADA DE PRINCECRAFT

Une véritable armada.

La flotte de Princecraft comptera près de 20 nouvelles embarcations en 2013, sur la soixantaine de modèles qui constituaient le catalogue 2012.

Des dizaines d’autres sont remaniés. Du jamais vu chez le manufacturier de Princeville, dans le Centre-du-Québec.

« Pour l’année modèle 2013, nous avons introduit une quantité sans précédent de nouveaux produits, tant dans nos pontons que dans nos bateaux de pêche, décrit le président de l’entreprise, Donald Dubois. Nous sommes aussi à recruter un chef de produit pour afin de mettre encore davantage d’accent sur le développement de produits. »

« On pense que c’est notre cheval de bataille. »

La touche québécoise

Toutes les embarcations de Princecraft sont fabriquées dans ses trois usines situées à Princeville, une petite municipalité de 5700 habitants. L’entreprise y emploie 225 employés. Les trois gammes de Princecraft – bateaux de pêche, pontons et bateaux pontés – sont fabriquées en aluminium, le matériau privilégié de l’entreprise depuis sa fondation, en 1954.

Quoiqu’il se prête plus difficilement aux formes complexes, ce métal présente l’avantage d’être 30 % plus léger que la fibre de verre, explique le président.

Les prix s’étalent de 2000 $ à plus de 85 000 $, vaste fourchette qui traduit l’étendue de la gamme.

C’est la qualité de fabrication et de finition qui fait la réputation de Princecraft, constate Donald Dubois. Mais la touche québécoise y fait pour beaucoup. Il mentionne les couleurs, le graphisme, la poupe d’un bateau de pêche Princecraft, qui le distingue immédiatement d’un concurrent. « Notre designer industriel est québécois et ça paraît. »

Maintenir la vitesse

Princecraft veut concevoir et mettre de nouveaux modèles sur le marché plus rapidement.  L’entreprise prévoit mener un sondage, organiser des groupes de rencontre de consommateurs, instituer une veille de concurrence systématique.

L’équipe de recherche et développement entreprendra une démarche kaizen pour améliorer sa méthode de travail.

Car l’architecte naval et le designer de Princecraft conçoivent toutes les embarcations de l’entreprise, même si une dizaine d’autres personnes interviennent à divers degrés. Ce petit équipage devra réussir à tenir une vitesse de croisière décoiffante.

Princecraft est un des rares manufacturiers à construire à la fois des bateaux et des pontons – une exigence supplémentaire de polyvalence pour ses concepteurs.

« Il ne faut pas trop manquer le bateau », lance le président en une métaphore nautique de circonstance. « Quand tu sors 15 ou 20 nouveaux produits chaque année dans une gamme de 60 produits, s’il y en a deux ou trois qui ne fonctionnent pas, c’est un coup d’épée dans l’eau dispendieux », ajoute-t-il avec une autre allusion aquatique.

Pourquoi ne pas faire appel à des consultants, en design industriel par exemple, question de donner un coup de main à son équipe ?

L’entreprise l’a déjà fait dans le passé. « La difficulté, c’est que les conditions pour une embarcation sont très rigoureuses », soulève le président.

« On se tourne davantage vers nos fournisseurs qui connaissent déjà le secteur de la marine et on  leur demande de nous proposer de nouveaux concepts », précise-t-il.

Il donne l’exemple d’une pièce de bois donnée à fabriquer à un nouveau fournisseur. Celui-ci a demandé s’il était essentiel qu’elle soit arrondie et rainurée. Non. « Il a réduit le prix de 50 %, juste parce qu’il a posé les bonnes questions. »

La créativité devra arriver à bon port.

Vous pouvez lire le texte complet sur http://affaires.lapresse.ca, dans le dossier Portfolio Entrepreneurs.

L’opinion d’un spécialiste

DESIGNER CONSULTANT : DE L’EAU AU MOULIN DE L’ÉQUIPE INTERNE

S’il faut réduire la charge de travail des concepteurs de Princecraft, c’est vers des designers industriels qu’on devra se tourner.

Notre spécialiste invité, en l’occurrence, n’a pas une opinion totalement impartiale : Mario Gagnon est président de l’Association des designers industriels du Québec (ADIQ).

Il reconnaît d’emblée la valeur des efforts de l’entreprise. « C’est impressionnant, toute la charge de travail qu’il y a là-dedans, observe-t-il. C’est rare qu’on parle d’une entreprise québécoise qui a une vision aussi large, avec une telle cadence de nouveaux produits. »

Il espère que la réticence du président à faire appel à des consultants n’est pas le résultat d’une expérience insatisfaisante.

«  Règle générale, la crainte qu’on observe et qui est exprimée vient de l’équipe à l’interne, indique-t-il.  C’est sûr que les designers de l’entreprise sont toujours un peu mal à l’aise là-dedans. Mais il n’est pas question de leur enlever leur travail, il s’agit seulement d’amener quelque chose de nouveau. »

Plusieurs années de travail dans le même domaine et pour la même entreprise procurent aux employés une grande expertise, mais également un certain confinement. « L’apport d’un designer externe casse la coquille », formule Mario Gagnon.

Il reconnaît que la personnalité et l’approche du consultant y font pour beaucoup dans l’accueil qu’il recevra. « S’il arrive comme Dieu le Père, c’est sûr qu’il est mal accueilli », remarque-t-il.

« Par contre, lorsque les consultants sont des gens ouverts, que l’apport et le besoin sont clairs, c’est nettement à l’avantage de l’entreprise. »

Pour lui, la spécialisation nautique des produits Princecraft n’est pas un obstacle à une intervention utile de la part de consultants. Les designers ne se mêleront pas de dessiner le profil des coques. Dans la phase de recherche d’idées, une trop grande préoccupation pour les contraintes techniques met d’ailleurs un frein à la créativité.

« L’apport du design est beaucoup plus globalisant, exprime Mario Gagnon. Nous avons fait de l’idéation à plusieurs reprises pour un fabricant de kayaks. Je ne connais pas la performance des coques de kayak dans l’eau. Par contre, une fois qu’on a ébauché des avenues de solutions, on travaille avec leurs spécialistes et on sculpte le produit dans la direction choisie, en fonction de la performance technique. »

Une étroite collaboration avec les fournisseurs est essentielle. Toutefois, ceux-ci n’ont pas de vision d’ensemble du produit et leurs recommandations, aussi utiles soient-elles, seront rarement la source d’une innovation marquante aux yeux des consommateurs.

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