L’enjeu
Un incendie a frappé Voitures Robert, petit fabricant de carrioles, calèches et traineaux. Mais quand on fabrique des voitures issues du XIXe siècle, on sait voir loin dans le temps.
Denis Robert dessine lui-même toutes ses voitures. Photo Martin Chamberland, La Presse.
L’HISTOIRE
Dans la cour de Voitures Robert, une carriole calcinée. Plus loin, une sphère de métal rouillé en forme de citrouille, qui aurait dû former le carrosse d’une Cendrillon d’un jour. Des machines-outils exposées aux intempéries.
Un mois et demi plus tôt, le fabricant de calèches, traîneaux et autres voitures hippomobiles a été victime du fléau qui s’est abattu sur tant de ses prédécesseurs du XIXe siècle : le feu.
Le 28 septembre, la moitié de l’usine de Saint-Pie-de-Bagot a été rasée par un incendie.
Les dommages ont atteint 2 millions de dollars.
Mais avec la calme obstination d’un percheron, son président Denis Robert s’est attelé à la reconstruction de l’entreprise.
Le cheval de tête
Difficile à croire, mais cette petite entreprise québécoise de 25 employés exporte 65 % de ses voitures d’un autre âge aux États-Unis, en Europe et en Asie.
Au début des années 2000, Voitures Robert produisait près de 2500 voitures par année. La force du dollar canadien et la récession ont toutefois fait mal au transport hippomobile. « On fabrique encore de 1200 à 1500 voitures par année, constate Denis Robert, ce qui nous maintient leader. »
Au Canada ? « Dans le monde. »
Son catalogue compte une quarantaine de modèles de voitures et une dizaine de traîneaux. Résurgence d’une époque révolue, on y trouve chariots, cabriolets, victorias, vis-à-vis, limousines, corbillards et autres phaétons.
La plupart comportent des pièces esthétiques en bois, mais le châssis est fabriqué en acier, plus léger et plus robuste. En comparaison du XIXe siècle, la part du métal est passée de 10 % à 70 %. La technologie a pris une place discrète : les anciens freins à sabots de bois ont été remplacés par des freins à disques.
Quand on a le feu sacré
Peut-être causé par une étincelle de meulage, l’incendie du 28 septembre a détruit l’essentiel de l’espace dévolu au travail de l’acier, soit 20 000 pi2 sur un total de 45 000 pi2. Machinerie et outils sont irrécupérables, mais c’est la perte des gabarits de fabrication qui est la plus douloureuse. Faits sur mesure, il faudra les reconstruire un à un, à partir des dessins d’origine.
L’indemnisation suit son cours mais le dossier n’est pas encore complété. Pour l’instant, Denis Robert préfère réaménager ce qui reste de l’usine plutôt que reconstruire la section détruite.
Il organisera deux quarts de travail, ce qui lui permettra de maintenir la même cadence sur une surface deux fois moindre. « On aime mieux investir de l’argent sur des machines plus haut de gamme qu’actuellement », dit-il.
Denis Robert veut en profiter pour lancer de nouveaux modèles, mieux adaptés aux tendances qui naissent sur le marché européen – une roulotte d’inspiration gitane, par exemple.
« L’incendie a été une mauvaise journée, confie-t-il d’un air résolu, mais je pense qu’il faut se relever plus fort et montrer à nos clients qu’on est là pour rester. »
Vous pouvez lire le texte complet sur http://affaires.lapresse.ca, dans le dossier Portfolio Entrepreneurs.
L’opinion d’un spécialiste
UN MALHEUR N’ARRIVE JAMAIS SEUL: VOICI VENIR LE FISC
Un sinistre en entreprise fait déjà mal, mais comme si ça ne suffisait pas, il faut encore compter avec les impacts fiscaux.
Daniel Dalpé, associé en fiscalité chez Raymond Chabot Grant Thornton, donne ici un petit exemple des choix qui se poseront.
Peut-être Denis Robert envisagera-t-il de remplacer certaines pièces d’équipement détruites par de la machinerie d’occasion. Daniel Dalpé rappelle que l’achat d’équipement de fabrication donne droit au Québec à un crédit d’impôt de 10 %, « en autant qu’il soit neuf, et qu’il soit utilisé au Québec pendant 730 jours. »
Si l’entreprise achète des machines-outils neuves pour 200 000 $, elle aura droit à un crédit d’impôt de 20 000 $ au Québec.
Mais la perte d’équipements et d’une partie de l’immeuble entraîne également des conséquences fiscales directes.
Car un incendie constitue aux yeux du fisc une disposition involontaire des biens de l’entreprise.
Par exemple, la partie de l’usine qui a été détruite sera sans doute remboursée par l’assureur à sa valeur du jour. Si cette portion de l’usine a coûté 500 000 $ lors de sa construction et qu’elle en vaut aujourd’hui 750 000 $, l’indemnité procure un gain en capital de 250 000 $, dont la moitié est imposable.
Des articles de la loi de l’impôt s’applique à cette situation, notamment pour permettre le report de l’imposition, indique Daniel Dalpé. « La loi dit que l’entreprise ne s’imposera pas tant qu’elle ne se sera pas entendue avec l’assureur, ou qu’en cas de litige un jugement définitif ne sera pas rendu, ou que deux ans ne seront pas écoulés sans entente. Ce n’est qu’alors que l’indemnité est soumise à l’impôt. »
Il faut compter également avec la règle des biens remplacement.
Lorsqu’une entreprise se défait d’un bien et le remplace par un nouveau, une règle fiscale permet généralement de ne pas s’imposer sur le profit réalisé lors de la disposition du bien initial, en lui opposant la dépense que constitue l’achat du bien de remplacement.
« Cette règle ne s’applique pas toujours aux immeubles, mais les conditions sont plus généreuses lors d’un incendie, parce qu’il s’agit d’une disposition involontaire », précise Daniel Dalpé.
Le moment de l’acquisition des nouveaux biens va être important, souligne le fiscaliste. Supposons ici que l’entreprise achète son nouvel équipement dans la même année fiscale que l’encaissement de son indemnité. Dans une même catégorie d’amortissement, le gain réalisé lors de la disposition (forcée !) de l’équipement initial est compensé par la dépense que constitue l’achat du bien de remplacement.
Si le nouveau bien est acquis dans les deux années suivant l’année de la disposition, les règles permettent de réduire rétroactivement l’impact fiscal.
Reste encore à savoir si l’entreprise doit faire ou non ce choix de reporter ainsi cet impôt. « Seule la moitié d’un gain en capital est soumise à l’impôt, alors qu’un paiement de dividendes à un individu est fortement imposable, rappelle Daniel Dalpé. En acceptant de payer l’impôt sur le gain en capital dès le versement de l’indemnité, on ouvre la porte ensuite au paiement d’un dividende libre d’impôt aux actionnaires, ce qui peut être très avantageux ».
L’entreprise souhaitera peut-être payer immédiatement l’impôt sur le gain en capital réalisé avec la partie détruite de l’usine, pour pouvoir verser ensuite des sommes libres d’impôt aux actionnaires.
Il se résume : « Si le produit de l’assurance donne lieu à un impôt, il est possible de faire des choix fiscaux en fin d’année pour éviter cette récupération d’amortissement et repousser l’impôt le plus loin possible. »
Résumons encore plus : quand vous perdez des biens lors d’un sinistre, consultez un conseiller fiscal.