Café PME

Les petites entreprises créent-elles plus d’emplois que les grandes, comme le veut la légende ?

Oui… mais non. La réponse varie en fonction des facteurs considérés, selon une étude conjointe de Statistique Canada et d’Industrie Canada publiée en juillet 2012.

Il est vrai que le taux annuel de croissance de l’emploi est plus élevé chez les petites entreprises, si on ne considère que les trois tailles traditionnelles. Voici les chiffres.

Taux moyen de croissance de l’emploi selon la taille de l’entreprise (1999 à 2008, en unités moyennes de main-d’œuvre)

0 à 99 employés : 0,0461

100 à 499 employés : 0,0272

500 employés ou plus : 0,0209

Mais le portrait change lorsque les auteurs de l’étude, Jay Dixon et Anne-Marie Rollin, utilisent des tailles plus nombreuses et plus fines et font intervenir des facteurs supplémentaires pour pondérer les résultats (type d’industrie, année d’observation, âge de l’entreprise). Première observation, pour les entreprises de moins de 20 employés, plus l’entreprise compte d’employés, plus le taux de croissance de l’emploi augmente.

Mais dès que les  entreprises comptent plus de 20 employés, les auteurs ne constatent plus de lien entre le nombre d’employés et la croissance de l’emploi.

Bref, la taille ne fait rien à l’affaire.

Source : Dynamique des entreprises : taux de croissance de l’emploi dans les petites et grandes entreprises au Canada, juillet 2012.

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Jeudi 4 avril 2013 | Mise en ligne à 9h26 | Commenter Commentaires (2)

Enjeu: transfert de ferme sans perdants

Comment conjuguer jeunesse et retraite ?

Frédéric Boire, Jean-François Boire et leur père Arthur Boire, appuyé au chasse-débris, sur leur ferme de Napierville. Photo Alain Roberge, La Presse.

Frédéric Boire, Jean-François Boire et leur père Arthur Boire, appuyé au chasse-débris, sur leur ferme de Napierville. Photo Alain Roberge, La Presse.

Fin mars, dans la cour de la ferme familiale, près de Napierville en Montérégie, Frédéric et Jean-François Boire soudent des socs sur leur chasse-débris – un instrument de 20 m de largeur, accroché comme une poutre à l’arrière d’un tracteur à roues doubles. « On n’a pas acheté les morceaux, on les a fait nous-mêmes », indique Frédéric. Les pièces leur coûtent ainsi 1800 $ plutôt que 6000 $. Sur une ferme, chaque dollar compte.

Sous peu, l’engin dégagera les champs des vestiges végétaux de l’année précédente, pour former des bandes prêtes à semer en maïs et en soja.

Jean-François, âgé de 31 ans, a pris la ferme de ses parents en main en 2004. Son frère Frédéric, 33 ans, l’a rejoint quatre ans plus tard.

En 2012 est venu le temps de leur transmettre l’entreprise familiale. Leurs parents, Arthur et Lucille Boire, ne voulaient pas étouffer leurs fils sous les dettes, mais leur ferme constituait en même temps leur fonds de retraite.

Un équilibre délicat et un problème typique.

Quatre générations

En 2011, la ferme Boire couvrait 850 arpents. Au premier lopin de 160 arpents, acquis en 1902 par leur arrière-grand-père, se sont ajoutés près de 400 arpents en 1953, puis encore 300 arpents achetés par Arthur Boire en 1995.

Pour accroître la production, les deux frères ont loué une terre voisine de 400 arpents. « 1250 arpents, c’est une bonne grandeur pour faire vivre deux familles », souligne Frédéric.

À l’échelle urbaine, cette superficie est impressionnante : 427 hectares, ou 4,27 km2, ou 525 terrains de football canadien, zones de but inclues.

Il y a deux ans, une telle surface valait 5,5 millions $. Il faudrait payer les 400 arpents du voisin à la valeur du marché. Les 850 arpents de la ferme familiale seraient acquis à prix… familial.

« Pour acheter la terre de nos parents, ce n’était pas un problème, mais on se demandait comment on allait faire pour acheter la terre qu’on louait », narre Jean-François.

Juste assez pour être bien

Arthur Boire a 72 ans. Lucille en a 70. « Ça ne paraît pas, hein ? », lance Frédéric, dans la cuisine de la maison familiale. Mme Boire tient la comptabilité de la ferme Boire depuis 1994.

Les deux parents ne voulaient pas faire une fortune, mais simplement toucher un revenu annuel suffisant pour vivre sans inquiétude jusqu’à la fin de leurs jours. « Il fallait que nos parents aient suffisamment d’argent pour le reste de leur vie, mais qu’on soit capable d’arriver », résume Jean-François.

Avec les prestations de Sécurité de la vieillesse et de la Régie des rentes du Québec, Arthur et Lucille estimaient avoir besoin d’un revenu annuel supplémentaire de moins de 30 000 $.

Leur conseiller en transfert de ferme de la Banque Laurentienne a suggéré une rente viagère équivalente.

Le montage financier s’est divisé en trois prêts.

Un premier pour le remboursement des avances accordées précédemment aux fils. Un second prêt de près de 3 millions pour l’achat de la terre des voisins. Et enfin, un prêt pour l’achat de la rente viagère des parents, qui scelle la cession.

Cette dernière portion est garantie par une assurance vie d’un montant équivalent, sur la tête des parents. L’indemnité, versée au deuxième décès, servira à rembourser le capital. Durant les cinq premières années, seuls les intérêts sont exigibles.

Parce que les prêts sont relatifs au transfert d’une exploitation familiale, l’amortissement peut être étalé sur 40 ans. Les paiements, moins élevés pour l’instant, permettent aux deux frères d’investir dans l’amélioration de leurs terres.

Céder aux suivants…

« Nos enfants travaillent sur la terre depuis qu’ils sont haut comme ça », commente Lucille Boire.

« C’est sûr que si on avait vendu à des étrangers, on aurait peut-être eu un gros montant, mais d’un autre côté, la ferme se perpétue. Ce qu’on a reçu fait notre affaire et on est capable de vivre avec ça », conclut-elle, avant de partir, mallette à la main, faire la comptabilité chez un autre producteur.

Arthur Boire n’est pas en reste de sérénité. « Je suis content d’avoir vendu à mes fils. Si j’avais vendu à quelqu’un d’autre, je ne pourrais pas les regarder dans les yeux. »

Un jour, la ferme Boire sera peut-être transmise à la génération suivante.

« On pourra faire comme nos parents ont fait pour nous, exprime Jean-François. On va leur faire un beau cadeau. »

***

Les observations d’un expert

PRUDENCE APRÈS LE TRANSFERT !

Il fallait profiter du transfert de la ferme familiale pour acheter la terre louée au voisin, malgré l’endettement beaucoup plus élevé que cette transaction entraînait.

« Si tu laisses passer une terre mise en vente, tu ne la reverras que dans 30 ans. Il se passe une génération avant qu’elle redevienne en vente », indique Gérald Tétreault, directeur de comptes, transfert de ferme, à la Banque Laurentienne, qui a conseillé la famille.

Lors d’un transfert de ferme aux enfants, les parents sacrifient en moyenne entre 40 et 45 % de la valeur marchande de leur exploitation, observe le conseiller en transfert de ferme. « Si un producteur veut obtenir la pleine valeur de son exploitation, son seul choix est de démanteler son entreprise puis de la vendre en morceaux », dit-il.

La situation était ici idéale : les deux seuls enfants du couple Boire s’entendaient pour racheter la terre en commun. « Les parents n’ont pas eu à se soucier de la question de l’équité envers d’autres enfants. Ça constitue souvent un problème important dans les situations de transferts. »

Dans ces cas, les parents souscrivent une assurance vie au bénéfice des enfants qui ne rachètent pas la terre. « Équité et égalité ne sont pas la même chose, souligne M. Tétreault. Les enfants qui reprennent la ferme ont généralement travaillé 10 à 15 ans avec les parents et ils ont fait bénéficier l’entreprise d’une plus-value avec leur travail. »

La rente viagère offre l’avantage d’acquitter complètement la vente de l’exploitation. Dans le cas d’un solde de vente, où les enfants remboursent peu à peu aux parents la part qui n’a pu être payée immédiatement, ces derniers ont souvent tendance à conserver un intérêt insistant dans le développement de l’entreprise. « Bien souvent, pour la relève, ça devient un peu fatigant de sentir le souffle de tes parents dans ton cou à chaque fois que tu fais un investissement. »

La période qui suit le transfert n’est pas exempte de menaces. «  Un des écueils, c’est généralement le fait que les gens vont partir en grande et vouloir développer trop rapidement l’exploitation, relève Gérald Tétreault. Nos amis pourraient faire face à ce danger, compte tenu des bonnes années financières qu’ils ont connues depuis deux ans. »

Autres eaux troubles en potentiel : ils sont deux. « Il suffirait que l’un ne soit plus sur la même longueur d’onde que son frère et on se retrouverait avec des difficultés, note-t-il. Mais le fait qu’ils aient mis en place une convention d’actionnaires minimisera les problèmes qu’ils pourraient rencontrer. »

Cette convention, signée devant notaire, fait notamment état des modalités de partage des biens en cas de séparation ou de décès. « C’est la procédure normale mais un bon nombre d’entreprises ne sont jamais pressées de la mettre en place. »

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Jeudi 21 mars 2013 | Mise en ligne à 7h00 | Commenter Un commentaire

Enjeu: le Kaskoo, la sentinelle du Saguenay

Il y a un petit côté Sentinelles de l’air dans le Kaskoo X04. Tout comme les fameux appareils de la vieille série télévisée, ce véhicule chenillé, surmonté d’une cabine pour quatre passagers, peut intervenir en terrain accidenté, sur la neige, dans les marécages, et même flotter au travers des plans d’eau. « On vise le marché de la survie et du sauvetage », indique Marius Allaire, président de l’Équipe Fabconcept, son fabricant installé à Saguenay. « On veut remplacer l’hélicoptère pour des interventions à courte distance, sur 50 ou 100 km. »

On pourrait croire que le plus grand enjeu de la petite firme de Saguenay serait de vendre un appareil précurseur, fabriqué dans un atelier peu connu en dehors de sa région, au prix de 285 000 $.  Mais ce n’est rien pour inquiéter Marius Allaire. « J’en ai vendu un en cinq minutes alors qu’il n’était pas encore fabriqué, soutient-il. Le défi important au cours des prochaines années est de garder la production ici au Canada. »

Les ouvriers spécialisés sont rares, donc précieux. « Les coûts de main-d’œuvre, les coûts de gestion de main-d’œuvre, les coûts pour répondre aux gouvernements, tout ça gruge les entreprises, poursuit-il. Quatre compagnies m’ont déjà appelé pour acheter la technologie, et on ne l’a pas encore montré beaucoup. »

Le véhicule tout terrain Kaskoo. Photo fournie par Fabconcept.

Le véhicule tout terrain Kaskoo. Photo fournie par Fabconcept.

L’ENJEU : LE FABRIQUER ICI

Tintin l’avait appris aux dépens de la tête du capitaine Haddock : il n’est pas facile de conduire un engin à chenilles. « Je suis le meilleur pilote et en mode manuel, je ne peux pas dépasser 14 km/h », raconte Marius Allaire. Heureusement, le Kaskoo est doté d’un système informatique qui gère la traction des chenilles et contrôle la conduite du véhicule, autorisant une vitesse de 40 km/h. Ce n’est qu’un seul des innombrables problèmes techniques qu’il a fallu résoudre en douze ans d’efforts.

Les chenilles par exemple.

Elles accentuent la traction et réduisent la pression au sol – ce qui permet de traverser sans encombre les marécages – mais elles doivent conserver un très fort débattement pour franchir les obstacles.

« C’était toute une galère, les suspensions, raconte Marius Allaire avec la célèbre faconde saguenéenne. Lorsqu’on a commencé à finaliser le dernier modèle de suspension, j’ai dit à ma secrétaire de prendre les messages. Quand j’ai relevé la tête, trois mois s’étaient écoulés. »

Grâce à sa structure monocoque en aluminium renforcée d’acier, le poids du Kaskoo ne dépasse pourtant pas 4000 lb. « C’est surtout la conception et la forme des pièces qui fait gagner du poids », explique Marius Allaire.

Distribué par ALL Technologie, fondée pour l’occasion par Marius Allaire, le Kaskoo est fabriqué par son Équipe Fabconcept, une entreprise spécialisée dans la conception et l’usinage de pièces mécaniques complexes.

Il estime avoir investi plus de 3 millions de dollars dans le développement de son véhicule. La seule étape de prototypage et d’essai a duré trois ans.

Le modèle de production a été présenté en novembre dernier. Le premier appareil a été vendu à l’entreprise d’exploration minière IOS Services Géoscientifique – un autre marché au potentiel important, tout comme le secteur militaire.

L’entreprise ne compte que trois ingénieurs et quelques techniciens, « mais on est bien équipés et on est très innovants », assure M. Allaire.

Avec les machines-outils de l’entreprise, il faut actuellement près de 2000 heures de travail pour construire un Kaskoo. Marius Allaire espère abaisser le délai de livraison à quatre mois. « On ne peut pas arriver à un coût intéressant si on n’en fait qu’un à la fois, dit-il. Six, c’est vraiment le minimum. Les prochaines années, il est possible qu’on en fasse 12 ou 18. »

Pour compenser son personnel restreint, l’entreprise fabrique des pièces depuis plus d’un an, en vue de la production qui devrait débuter l’été prochain. « Ce qui nous a bloqué, c’est beaucoup le manque de main-d’œuvre, indique le double président. C’est pourquoi je me donne un an et demi pour le produire ici, sinon, c’est bonsoir. À l’impossible nul n’est tenu. »

François-Alexis Provost,  de IOS Services Géoscientifique, acheteur du premier véhicule, et  Marius Allaire,  président de L'Équipe Fabconcept. Photo fournie par Fabconcept.

François-Alexis Provost, de IOS Services Géoscientifique, acheteur du premier véhicule, et Marius Allaire, président de L'Équipe Fabconcept. Photo fournie par Fabconcept.

Le regard d’un expert

MODULES ET SOUS-TRAITANCE !

Impressionné, Georges Abdul-Nour, professeur en génie industriel à l’UQTR et codirecteur de l’Institut de recherche sur les PME, s’attendait à voir un petit véhicule récréatif, alors qu’il a découvert sur internet un appareil qui s’apparente à un véhicule blindé.

« La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est pourquoi ne pas faire trois plateformes ?, lance-t-il. Une première plateforme de type petit véhicule amphibie à quatre roues pour les chalets de chasse et pêche. Une autre plateforme de la grandeur d’une voiture pour les terrains difficiles, genre Hummer. Et la version actuelle, pour laquelle je vois des applications même militaires. »

Avec trois platesformes qui partagent des éléments modulaires, Fabconcept pourrait lancer une production à plus grande échelle, même si les trois segments de marché ne suffisent pas individuellement à justifier un tel investissement.

« Il suffit qu’il prenne un de ces trois marchés, indique le professeur. Avec trois plateformes de dimensions différentes, on peut toujours trouver des façons de standardiser et de faire des éléments communs. »

Si l’entreprise veut conserver une taille plus modeste tout en continuant à fabriquer au Canada, il lui faudra utiliser des structures modulaires.

« Elle pourra alors trouver des réseaux de fournisseurs qui pourront lui fournir ces modules », évoque M. Abdul-Nour.  Fabconcept se consacrerait alors davantage à l’assemblage. « L’entreprise réduirait l’investissement et je crois qu’elle pourrait couper un peu sur le prix. »

Fabconcept reporterait ainsi sur ses fournisseurs la difficulté de trouver des employés spécialisés.

Sinon, que faire pour les attirer ? « Ça reste une question de salaire », fait-il valoir.

Fabconcept pourra tenter de meilleures conditions de travail pour concurrencer les salaires proposés par les minières, qui drainent beaucoup de travailleurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais il faudra en même temps accroître la productivité.

Mais l’entreprise pourrait aussi faire preuve d’imagination. Rien ne l’empêchera de lancer des offres d’emplois créatives sur internet, en faisant par exemple valoir l’intérêt de travailler à la fabrication d’un engin aussi spectaculaire.

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