
Photo archives Bombardier
Dix ans après avoir fermé le capital de Bombardier Produits Récréatifs, ancienne division du groupe Bombardier devenue BRP, la famille fondatrice et ses alliés financiers veulent alléger leur implication financière à la faveur d’un appel public à l’épargne. Mais pas leur emprise sur la direction puisqu’ils se réservent des actions comportant six voix chacune, alors que les titres offerts aux nouveaux actionnaires n’en comporteront qu’une.
Cette catégorie d’actions est créée de toutes pièces dans le cadre d’une réorganisation du capital-actions préalable à l’émission publique de BRP. Présentement, les initiés se partagent des actions comportant au plus un droit de vote chacune. Le groupe américain Bain Capital détient 50 % des parts, le Groupe Beaudier, qui compte des membres des familles Beaudoin et Bombardier, a 35 %, et la Caisse de dépôt et placement du Québec, 15 %.
Le modèle n’est pas étranger à Bombardier. La multinationale a elle-même deux catégories d’actions, les « B » comportant un droit de vote seulement et les « A » avec dix votes chacune, depuis son entrée en Bourse il y a 44 ans. La famille fondatrice contrôle ainsi 58 % des votes avec seulement 17 % du capital. Cela a longtemps nui à son entrée à la Bourse de New York.
Tous les titres de BRP seront toutefois traités sur un pied d’égalité, advenant une offre publique d’achat, comme l’oblige maintenant la réglementation des valeurs mobilières. Des dispositions volontaires prévoient aussi la conversion automatique des actions à droit de vote multiple en actions subalternes, si l’emprise du groupe de contrôle actuel tombe à moins de 15 %. La famille fondatrice a un droit de premier refus sur les actions de la Caisse, mais pas sur celles de Bain Capital qui veut retirer ses billes depuis longtemps. Les actions à droit de vote multiple perdent leur caractéristique du moment qu’elles passent à de nouvelles mains.
Vues le plus souvent dans les entreprises d’origine familiale, les actions à vote multiple vont à l’encontre des règles de base de la démocratie corporative qui veut que toutes les actions aient le même poids. Elles ont néanmoins favorisé le développement d’entreprises québécoises dont le rayonnement dépasse aujourd’hui nos frontières, Bombardier étant le plus souvent donnée en exemple à ce chapitre avec le Groupe Jean Coutu et Alimentation Couche-Tard. Ces entreprises auraient pu être des proies faciles si leurs fondateurs en avaient perdu le contrôle après leur entrée en Bourse, en raison de leur développement encore embryonnaire.
Le montant de l’émission et le prix des actions de BRP ne sont pas encore connus. Le fabricant de motoneiges et motomarines, qui a nettement redressé ses affaires depuis trois ans mais demeure lourdement endetté, surfe sur la vague boursière qui a emporté ses compétiteurs Polaris Industries et Brunswick Corp. au cours des quatre dernières années. Ceux-ci profitent de multiples boursiers de près de 20 fois les profits courants.