Le fonds spéculatif américain Mason a réussi à contrecarrer les plans de Telus. Ce groupe de télécommunications a finalement retiré sa proposition de fusionner ses deux catégories d’action en une seule, à quelques heures du vote qui devait se tenir aujourd’hui à son assemblée annuelle à Edmonton.
Telus n’avait visiblement pas tous les appuis requis. La proposition de convertir toutes les actions non votantes en actions avec droit de vote, selon une proportion d’échange de une contre une, nécessitait l’appui des deux tiers des actionnaires dans chacune des catégories d’action. Or, Mason avait accumulé assez d’actions avec droit de vote et reçu assez d’appuis d’investisseurs institutionnels pour bloquer cette conversion.
Sur le fond, Mason avait raison de mener cette bataille. Les actions avec droit de vote se sont historiquement négociées avec une prime d’environ 5% comparativement aux actions sans droit de vote. Et il y a une bonne raison à cela. Avoir la possibilité d’exercer son influence, cela vaut quelque chose. Aussi, donner ce vote gratuitement aux détenteurs d’actions sans droit de vote revenait à déshabiller Pierre pour habiller Paul.
Mais il y a la manière, comme chantait Jacques Brel. Mason n’était pas autant animé par son sentiment d’iniquité que par sa rapacité. Ce fonds a parié qu’il réussirait à bloquer la conversion en vendant à découvert au moins 21,6 millions d’actions sans droit de vote, selon ses déclarations aux autorités réglementaires. Comme ces actions, qui avaient commencé à combler l’écart de prix historique avec les actions votantes, retomberaient à la suite d’un échec de la conversion, Mason pourra empocher cette différence.
Telus a demandé aux autorités réglementaires d’intervenir, mais la Commission des valeurs mobilières de la Colombie-Britannique a refusé de mettre son nez dans cette histoire. En revanche, elle entend se pencher sur la question plus large des actionnaires qui peuvent exercer une influence démesurée sans avoir un intérêt économique réel dans l’entreprise. Il s’agit d’un enjeu de gouvernance bien réel.
Telus prévoit revenir à la charge, a indiqué son président et chef de la direction, Darren Entwistle. Mais l’entreprise de Vancouver devra mieux faire ses devoirs la prochaine fois.
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