Sophie Cousineau

Archive de la catégorie ‘Général’

Mercredi 9 mai 2012 | Mise en ligne à 10h44 | Commenter Aucun commentaire

Telus reste pris avec ses deux catégories d’action

Le fonds spéculatif américain Mason a réussi à contrecarrer les plans de Telus. Ce groupe de télécommunications a finalement retiré sa proposition de fusionner ses deux catégories d’action en une seule, à quelques heures du vote qui devait se tenir aujourd’hui à son assemblée annuelle à Edmonton.

Telus n’avait visiblement pas tous les appuis requis. La proposition de convertir toutes les actions non votantes en actions avec droit de vote, selon une proportion d’échange de une contre une, nécessitait l’appui des deux tiers des actionnaires dans chacune des catégories d’action. Or, Mason avait accumulé assez d’actions avec droit de vote et reçu assez d’appuis d’investisseurs institutionnels pour bloquer cette conversion.

Sur le fond, Mason avait raison de mener cette bataille. Les actions avec droit de vote se sont historiquement négociées avec une prime d’environ 5% comparativement aux actions sans droit de vote. Et il y a une bonne raison à cela. Avoir la possibilité d’exercer son influence, cela vaut quelque chose. Aussi, donner ce vote gratuitement aux détenteurs d’actions sans droit de vote revenait à déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Mais il y a la manière, comme chantait Jacques Brel. Mason n’était pas autant animé par son sentiment d’iniquité que par sa rapacité. Ce fonds a parié qu’il réussirait à bloquer la conversion en vendant à découvert au moins 21,6 millions d’actions sans droit de vote, selon ses déclarations aux autorités réglementaires. Comme ces actions, qui avaient commencé à combler l’écart de prix historique avec les actions votantes, retomberaient à la suite d’un échec de la conversion, Mason pourra empocher cette différence.

Telus a demandé aux autorités réglementaires d’intervenir, mais la Commission des valeurs mobilières de la Colombie-Britannique a refusé de mettre son nez dans cette histoire. En revanche, elle entend se pencher sur la question plus large des actionnaires qui peuvent exercer une influence démesurée sans avoir un intérêt économique réel dans l’entreprise. Il s’agit d’un enjeu de gouvernance bien réel.

Telus prévoit revenir à la charge, a indiqué son président et chef de la direction, Darren Entwistle. Mais l’entreprise de Vancouver devra mieux faire ses devoirs la prochaine fois.

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Mardi 8 mai 2012 | Mise en ligne à 13h51 | Commenter Commentaires (17)

Yellow Media: entreprise en voie de disparition

Juste au moment où tu te dis que, vraiment, les choses ne pourraient pas aller plus mal, il y a cette nouvelle, en apparence anodine, mais révélatrice de tout le reste.

L’entreprise montréalaise Yellow Media n’a même pas pu tenir son assemblée annuelle aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts (on mène encore grand train), parce que l’entreprise n’avait pas atteint son quorum, le minimum de votes d’actionnaires requis par les statuts de l’entreprise pour renouveler son conseil d’administration et choisir son vérificateur externe. Les investisseurs institutionnels ayant abandonné l’entreprise, Yellow Media ne compte plus, pour l’essentiel, que des actionnaires particuliers qui ont mangé leurs bas.

Pour le reste, c’était pas mal du déjà vu. Nouvelle radiation de 2,9 milliards de dollars sur la valeur de son écart d’acquisition et de ses éléments d’actif intangible. Yellow Media en avait annoncé une d’une pareille ampleur en septembre dernier.

C’est la vente des pages jaunes d’AT&T au fonds d’investissement privé Cerberus, annoncée en avril, qui a ouvert les yeux de Yellow Media. Ce géant américain des télécommunications a cédé 53% de cette filiale avec un chiffre d’affaires de 3,3 milliards US en échange de 750 millions en espèces et d’un billet à terme de 200 millions US. En comparaison, les activités de Yellow Media étaient encore une fois surévaluées.

Si l’on fait abstraction de cette charge qui ne représente pas une sortie de fonds, l’entreprise affiche encore un joli profit de 57,5 millions à son premier trimestre. Mais voilà, ce bénéfice net est un recul de 18% par rapport au profit enregistré à pareille date l’an dernier, sur des revenus qui sont eux-mêmes en baisse de 17%, à 289 millions de dollars.

Revenus traditionnels qui baissent (les espaces publicitaires dans les annuaires sont plus petits), cependant que les revenus des services en ligne n’arrivent pas à compenser cette chute : vous connaissez la chanson que Yellow Media fredonne depuis plusieurs années déjà.

Au 31 mars dernier, la dette nette de Yellow Media s’élevait à 1,5 milliard de dollars, ou encore 2,1 milliards si l’on inclut les actions privilégiées et les titres convertibles. Avec des échéances qui s’approchent, l’entreprise n’a plus beaucoup de temps devant elle pour refinancer ses emprunts. En date du 7 mai, l’entreprise disposait de 292 millions en liquidités.

Le conseil d’administration a créé un nouveau comité finances pour renégocier les emprunts de Yellow Media et examiner toute transaction de vente qui faciliterait la restructuration financière de l’entreprise. Mais, Yellow Media a déjà revendu certaines de ses activités les plus prometteuses comme Trader.

Que reste-t-il ?

La réponse du marché est encore une fois lapidaire. Au moment d’écrire ces lignes, les actions de Yellow Media ont perdu 4 cents ou 40% de leur valeur. Elles ne valent plus que 6 cents.

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Lundi 7 mai 2012 | Mise en ligne à 10h39 | Commenter Commentaires (13)

Austérité, prise deux

Le message que les Français et les Grecs ont envoyé au cours des élections tenues hier est on ne peut plus clair. L’austérité à la sauce «Merkozy», du nom de la toute puissante chancelière allemande et du président français défait, non merci !

Trop d’austérité, c’est comme pas assez. À trop vouloir couper, trop vite, on étouffe les économies européennes et on exacerbe les pressions sur les revenus et les dépenses de l’État. À preuve l’économie britannique, qui a officiellement replongé en récession, selon la définition technique du terme, soit deux trimestres consécutifs de décroissance.

Cela ne signifie pas que l’austérité soit finie. Seulement que les gouvernements doivent s’y prendre autrement. François Hollande, que la revue The Economist a décrit comme étant «plutôt dangereux», n’a jamais dit qu’il se fichait de l’équilibre budgétaire. Seulement qu’il reportera d’un an, soit en 2017, l’atteinte du déficit zéro. Nuance.

Les partisans de l’austérité pure et dure aiment donner le Canada en exemple pour ses efforts de réduction du déficit dans les années 90. Mais le pays pouvait compter sur une économie américaine qui tournait à plein régime. Alors que tous les pays européens se sont mis en mode austérité, les exportations aux pays voisins ne constituent pas une planche de salut.

Il est temps d’explorer les mesures pour relancer la croissance, en parallèle. Difficile de parler de la Grèce, compte tenu de l’éclatement de l’électorat qui rendra très difficile la constitution d’un gouvernement de coalition. Mais en France, le nouveau président, François Hollande, ne disposera pas d’une grande marge de manoeuvre, à tout événement. Cet homme politique modéré ne pourra faire abstraction des négociateurs d’obligations qui pousseront les coûts d’emprunts de la France à la hausse au moindre signe de dérapage. D’autant que la France a déjà perdu sa note parfaite de triple A.

Si François Hollande est dangereux, disons qu’il est drôlement attaché.

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