Sophie Cousineau

Archive du 30 avril 2012

Lundi 30 avril 2012 | Mise en ligne à 12h32 | Commenter Commentaires (19)

SNC-Lavalin : encore plus de questions

C’est drôle comment plus il y a de révélations dans le dossier de SNC-Lavalin en Afrique du Nord, plus il y a de zones d’ombre.

Plusieurs questions se posent à la suite de l’arrestation, par les autorités suisses, de Riadh Ben Aïssa, cet ancien haut dirigeant de SNC-Lavalin qui était responsable de l’importante division Construction.

Qu’est-ce qui a déclenché l’enquête des autorités suisses ? C’est cette investigation, lancée il y a un an, qui a mené aux perquisitions de la Gendarmerie Royale du Canada au siège social du boulevard René-Lévesque. Contrairement à ce que tous croyaient, ce n’est donc pas l’enquête pilotée par le conseil d’administration de SNC-Lavalin, qui a été transmise aux autorités policières, qui est à l’origine de ces perquisitions.

On suppose que c’est relié à des transactions financières dans des comptes en Suisse, longtemps considéré comme le pays du secret bancaire. (C’est un peu moins vrai que par le passé.) Mais comme le disent les anglophones, c’est ce qu’on appelle un «educated guess».

Et puis, qui savait quoi chez SNC-Lavalin ? Autrement dit, est-ce que Riadh Ben Aïssa agissait seul ? Ou est-ce que l’entreprise était au courant de ses magouilles présumées ? Et a-t-elle fermé les yeux parce que ce Canadien d’origine tunisienne a décroché des contrats d’envergure en Libye et en Tunisie ?

Depuis que SNC-Lavalin a remercié Riadh Ben Aïssa, début février, l’entreprise ne cesse de pointer du doigt ce dirigeant qui faisait partie d’une de ses plus hautes instances décisionnelles, le bureau du président. Bref, SNC tente de circonscrire les dommages.

Mais on sait que certaines des transactions controversées de Riadh Ben Aïssa étaient connues en haut lieu. Il y a le chef de la direction financière et le président du conseil de SNC Lavalin International, qui avaient refusé d’approuver le paiement de commissions à des lobbyistes totalisant 33,5 millions US. Il y a l’ancien président et chef de la direction, Pierre Duhaime, qui les a finalement approuvés.

Il y a un complice dans le bureau de SNC-Lavalin International en Tunisie, qui a aidé Riadh Ben Aïssa à faire approuver de «façon non conforme» un paiement de 22,5 millions US. Cette personne n’a jamais été identifiée.

Ma collègue Isabelle Hachey rapporte, par ailleurs, que le directeur général de la firme en Tunisie, Hugues Crener, a été remercié, tout comme un employé à qui SNC avait confié la gestion de l’aéroport de Benghazi en Libye, Anis Mahmoud.

Cela commence à faire pas mal de monde qui savait ou qui, à tout le moins, devait savoir que l’entreprise avait versé 56 millions US à des agents qui se sont révélés fictifs.

Chose certaine, les accusations portées par les autorités suisses sont graves. Très graves. Blanchiment d’argent, corruption d’agents publics à l’étranger et fraude ne sont pas des accusations à prendre à la légère.

SNC essaie de se dépeindre comme une victime. Mais c’est à se demander si ce n’était pas une victime très consentante.

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