La rémunération des PDG est souvent tordue. La désormais célèbre «indemnité de départ» de 4,9 millions de dollars versée par SNC Lavalin à son ancien chef de la direction, Pierre Duhaime, en est la plus belle manifestation.
D’abord, on va arrêter de jouer avec les mots. Pierre Duhaime n’a pas démissionné. On l’a «relevé de ses fonctions». Une façon contournée de dire qu’on l’a mis à la porte en raison de ses erreurs de jugement. Et j’ajouterais de son hypocrisie, puisqu’il clamait son innocence et celle de son entreprise en se drapant dans la plus belle indignation. SNC Lavalin n’avait-elle pas un code de déontologie en béton armé ?
Si SNC Lavalin n’a pas voulu le renvoyer de façon plus sèche, c’est notamment parce que des investisseurs qui s’estiment floués demandent la permission d’intenter un recours collectif contre l’entreprise.
Mais ce renvoi sans motif officiel fait en sorte que les clauses du contrat de travail de Pierre Duhaime s’appliquent. Or, dans ce type de contrat, un congédiement sans motif entraîne habituellement le versement d’une indemnité de départ selon des modalités qui sont fixées à l’avance.
Le conseil n’a pas eu le courage de se tenir debout, de prendre une décision qui s’appuie sur ses convictions, quitte à se faire poursuivre. On a déjà perdu la trace de 56 millions US, on n’en est plus à 5 millions de dollars près !
En fait, les administrateurs de SNC ont fait tout le contraire. Le conseil d’administration s’est montré accommodant avec Pierre Duhaime. Comme l’a expliqué ma collègue Marie Tison dans cet article, on a même reporté son départ au 27 juin, pour qu’il puisse prendre sa retraite dès le 28 juin. Quelle délicate attention !
Les rémunérations élevées des PDG sont censées refléter les capacités exceptionnelles d’un dirigeant à formuler la stratégie à suivre pour une entreprise et à la déployer. Mais en échange de ces millions de dollars, ces dirigeants doivent exercer un jugement sûr. Etre un exemple à suivre pour tous les employés de leur entreprise.
Pierre Duhaime n’a malheureusement pas manifesté ce discernement. Lui verser des millions de dollars quand il a cautionné des errements et contourné les décisions de ses propres lieutenants revient à travestir les fondements mêmes de la rémunération au rendement.
C’est aussi grossier que navrant.
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