Sophie Cousineau

Archive du 3 avril 2012

Mardi 3 avril 2012 | Mise en ligne à 22h51 | Commenter Commentaires (33)

De l’«indemnité de départ» de Pierre Duhaime

La rémunération des PDG est souvent tordue. La désormais célèbre «indemnité de départ» de 4,9 millions de dollars versée par SNC Lavalin à son ancien chef de la direction, Pierre Duhaime, en est la plus belle manifestation.

D’abord, on va arrêter de jouer avec les mots. Pierre Duhaime n’a pas démissionné. On l’a «relevé de ses fonctions». Une façon contournée de dire qu’on l’a mis à la porte en raison de ses erreurs de jugement. Et j’ajouterais de son hypocrisie, puisqu’il clamait son innocence et celle de son entreprise en se drapant dans la plus belle indignation. SNC Lavalin n’avait-elle pas un code de déontologie en béton armé ?

Si SNC Lavalin n’a pas voulu le renvoyer de façon plus sèche, c’est notamment parce que des investisseurs qui s’estiment floués demandent la permission d’intenter un recours collectif contre l’entreprise.

Mais ce renvoi sans motif officiel fait en sorte que les clauses du contrat de travail de Pierre Duhaime s’appliquent. Or, dans ce type de contrat, un congédiement sans motif entraîne habituellement le versement d’une indemnité de départ selon des modalités qui sont fixées à l’avance.

Le conseil n’a pas eu le courage de se tenir debout, de prendre une décision qui s’appuie sur ses convictions, quitte à se faire poursuivre. On a déjà perdu la trace de 56 millions US, on n’en est plus à 5 millions de dollars près !

En fait, les administrateurs de SNC ont fait tout le contraire. Le conseil d’administration s’est montré accommodant avec Pierre Duhaime. Comme l’a expliqué ma collègue Marie Tison dans cet article, on a même reporté son départ au 27 juin, pour qu’il puisse prendre sa retraite dès le 28 juin. Quelle délicate attention !

Les rémunérations élevées des PDG sont censées refléter les capacités exceptionnelles d’un dirigeant à formuler la stratégie à suivre pour une entreprise et à la déployer. Mais en échange de ces millions de dollars, ces dirigeants doivent exercer un jugement sûr. Etre un exemple à suivre pour tous les employés de leur entreprise.

Pierre Duhaime n’a malheureusement pas manifesté ce discernement. Lui verser des millions de dollars quand il a cautionné des errements et contourné les décisions de ses propres lieutenants revient à travestir les fondements mêmes de la rémunération au rendement.

C’est aussi grossier que navrant.

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Mardi 3 avril 2012 | Mise en ligne à 8h59 | Commenter Commentaires (10)

Molson avait soif !

Depuis le temps que Molson Coors projette une acquisition d’envergure, la brasserie nord-américaine a enfin réussi à mettre la main sur un brasseur européen.

Molson Coors allongera 3,5 milliards CAN pour acquérir StarBev. Ce brasseur exploite neuf brasseries en Europe centrale et de l’Est.

StarBev produit des bières locales comme Borsodi, Kamenitza, Bergenbier, Ozusko, Jelen et Niksicko. Ces marques n’ont pas de portée à l’extérieur de leurs marchés. Mais StarBev distribue sur ses marchés la Stella Artois, la Beck, la Hoegaarden, la Lowenbrau et la Leffe, grâce à des accords de licence.

Il s’agit de la plus grande incursion à l’étranger de Molson Coors depuis ses aventures malheureuses au Brésil, un pays où la brasserie montréalaise a englouti un milliard de dollars en pure perte, au début des années 2000.

Molson Coors a tiré la leçon, racontait son grand patron Peter Swinburn, lors de la dernière assemblée annuelle de l’entreprise, tenue à Montréal. Lire à ce sujet cette chronique qui était publiée dans La Presse. D’où la décision de cibler des marchés plus développés avec une forte culture de la bière.

StarBev cadre parfaitement avec cette stratégie. Ainsi, Molson Coors pourra distribuer plus facilement ses produits en Europe de l’Est, dont la Carling, la marque qu’elle mousse le plus sur le Vieux-Continent.

Et gagner en importance dans une industrie où la taille compte. Avant cette transaction, Molson Coors était le septième brasseur mondial en terme de volume. L’achat de StarBev devrait lui apporter des économies d’échelle avant impôt d’environ 50 millions US par année.

Évidemment, une acquisition qui cadre aussi bien à son prix. D’autant que les vendeurs sont des fonds d’investissement privés conseillés par CVC Capital Partners. CVC a acheté StarBev en 2009 pour que celle-ci reprenne certaines des brasseries européennes qui appartenaient à AB-InBev.

Au prix de 2,65 milliards d’euros, soit 3,5 milliards CAN, cette transaction représente un multiple de 11 fois le bénéfice d’exploitation de StarBev. Ce n’est pas donné.

Encore heureux que l’euro soit retombée des hauteurs où il se négociait encore il y a trois ans !

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