On le voit à la pompe. On le voit sur les sites financiers, où les cours du pétrole flambent. À Londres, le prix du brut a touché hier un sommet de huit mois, à 121,15$US, et le baril de Brent se maintient depuis à plus de 120$US.
Malheureusement pour les Québécois, c’est le cours du pétrole de la mer du Nord qui influence en grande partie les prix ici. Les raffineurs du Nord-Est s’approvisionnent de ce pétrole, n’ayant qu’un accès limité au pétrole américain, dont le prix de référence, le West Texas Intermediate, est significativement moins élevé.
Cet écart inhabituel s’est creusé ces derniers mois en raison de marchés discordants. Aux États-Unis, la demande a reculé avec le ralentissement de l’économie, cependant que l’offre a augmenté. En Europe, pendant ce temps, l’offre a diminué et les inventaires sont à leur plus bas en 15 ans en raison de la guerre en Libye. Même la contraction des économies européennes n’arrive pas à compenser cette offre restreinte.
On a fait grand cas, ces derniers jours, des tensions entre l’Iran et les pays occidentaux. La crainte d’une guerre pousse les cours à la hausse. Mais la fermeture partielle ou complète du détroit d’Ormuz, qui joue un rôle névralgique dans l’approvisionnement mondial, occulte une situation déjà précaire. La trop lente reprise de la production en Libye, les approvisionnements irréguliers en provenance du Soudan du Sud et du Yémen, entre autres.
Dans les circonstances, il n’est pas exclu que le prix du pétrole surpasse son sommet de près de 150$US le baril touché en 2008. C’est ce qu’avance Ian Taylor, chef de la direction de Vitol, le plus grand courtier indépendant en pétrole. «C’est possible, même si c’est improbable», a-t-il confié en entrevue au Financial Times.
Chose certaine, dit-il, le «risque géopolitique, surtout au Proche-Orient, crée un risque significatif de poussée.» Même si le prix du Brent reste à son niveau actuel, le prix moyen du brut pour l’année 2012 établirait un nouveau record, observe Ian Taylor.
De quoi raviver l’inflation dans une foule de produits. De quoi faire rager les automobilistes. De quoi relancer l’intérêt pour les transports collectifs et les voitures éco-énergétiques.
Bref, préparez-vous à revivre toute une série de débats que la crise financière avait enterrés il y a quatre ans.
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