Sophie Cousineau

Archive du 12 janvier 2012

Jeudi 12 janvier 2012 | Mise en ligne à 10h22 | Commenter Commentaires (22)

Le blues de la métropole

Montréal a le blues. Et il n’y a aucune petite granule qui réussira, ce matin, à lui remonter le moral.

Coup sur coup, cette semaine, deux géants pharmaceutiques ont annoncé des coupes importantes.

La société française Sanofi supprime une centaine d’emplois, et l’essentiel de ces postes en R&D se trouvent à Montréal. Le groupe américain Johnson & Johnson ferme carrément le centre de recherche spécialisé dans les produits hygiéniques attenant à son usine d’Hochelaga-Maisonneuve, où travaillent 126 professionnels.

Ces réductions d’effectif reflètent la volonté des multinationales de la santé de réduire leurs coûts à l’échelle mondiale. Leurs brevets expirent, et elles ont de plus en plus de mal à remplacer leurs médicaments-vedette, les molécules étant moins prometteuses et plus coûteuses à développer et à mettre en marché. À l’été de 2010, par exemple, Merck a fermé son centre de recherche de Kirkland où travaillaient 180 scientifiques et laborantins.

Mais cela ne rend pas la chose plus facile à avaler pour le Québec. La province a historiquement misé gros sur le secteur pharmaceutique et en particulier sur les médicaments dits d’origine par opposition aux médicaments génériques.

Le gouvernement l’a fait avec de généreux crédits d’impôt à la recherche et au développement. Et avec la fameuse «règle de 15 ans». En vertu de cette règle, Québec rembourse le médicament d’origine pendant 15 ans à partir de son inscription sur la liste des médicaments de la province, même si son brevet expire avant. Ce faisant, le Québec se prive d’économies importantes.

Or, il n’y a pas que la recherche dans les multinationales qui se porte mal. Les PME en biotechnologies crient famine. Elles ont de plus en plus de mal à attirer des capitaux, les financiers étant déçus par les rendements historiques de ces entreprises. Même la vedette Theratechnologies, qui a vu son médicament Egrifta approuvé par la FDA aux États-Unis en 2010, a dû licencier une soixantaine de salariés – les deux tiers de son effectif! – pour protéger ses liquidités.

Le secteur pharmaceutique n’emploie plus que 7550 personnes au Québec en R&D et en fabrication, selon les données les plus récentes de Statistique Canada, contre plus de 10 420 salariés à la fin de 2006, rapporte le Globe & Mail. Une chute dramatique.

Le gouvernement et en particulier le ministre du Développement économique, Sam Hamad, ont de sérieuses questions à se poser, sans plus tarder. Il faut revoir de toute urgence la stratégie biopharmaceutique mise au point en 2009 qui, à l’évidence, ne fonctionne pas.

Et il faut oser remettre en question la règle du 15 ans. Vu l’état précaire de ses finances publiques, le Québec n’a pas les moyens de jeter de l’argent par les fenêtres au nom d’une politique industrielle périmée. Si Québec est incapable de faire la démonstration que cette politique rapporte à la province, il faut la balancer sans plus tarder.

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