Sophie Cousineau

Archive du 11 janvier 2012

Mercredi 11 janvier 2012 | Mise en ligne à 13h24 | Commenter Commentaires (11)

Procès Nortel: sentiments partagés

C’est lundi que s’ouvrira à Toronto le procès criminel des trois anciens dirigeants de Nortel qui sont accusés d’avoir tripoté la comptabilité de ce fabricant d’équipements de télécommunications entre 2000 et 2004. Il s’agit de Frank Dunn, ex-PDG de Nortel, et de deux de ses adjoints de l’époque, Douglas Beatty, chef des finances, et Michael Gollogly, contrôleur.

Ce procès pour fraude et falsification de documents survient trois ans après la faillite de Nortel, quatre années après le dépôt des accusations par la GRC et huit ans après le renvoi de ces dirigeants par Nortel.

Enfin, pourrait-on dire. Car la difficulté à traduire en justice les présumés fraudeurs à cravate et la lenteur de ces procès laissent les investisseurs sur l’impression que PDG jouissent d’une quasi immunité.

En même temps, ce procès ne fait que rappeler un drame que tous préféreraient oublier. Le Canada a perdu son entreprise phare en R&D. Une entreprise qui, au tournant de l’an 2000, employait près de 6000 salariés dans la région de Montréal. Dont nombre de jeunes ingénieurs talentueux qui sont depuis repartis aux quatre vents.

L’un des avocats de la défense, Brian Greenspan, dénonce ceux qui établissent un lien entre ce scandale financier et la faillite de Nortel. Accusation grossière, affirme-t-il.

Mais, personne ne peut nier que la direction de l’entreprise ait été distraite par le retraitement de ses états financiers et la recherche d’un nouveau PDG. Ainsi, l’entreprise a perdu de vue les bouleversements technologiques et économiques qui s’opéraient chez ses clients dans les années qui ont suivi l’éclatement de la bulle techno.

Or, le monde de la technologie est sans pitié pour les entreprises qui s’égarent. On le voit actuellement avec RIM, qui peine à reprendre son ascendant dans les téléphones intelligents.

Oui, on préférerait oublier la descente aux enfers de Nortel. La plus grande capitalisation boursière du pays a fait perdre sa chemise aux grands comme aux petits investisseurs, que ce soit par leurs actions ou, indirectement, par leur régime de retraite.

Aussi douloureux soit-il, ce rappel est toutefois essentiel. Parce que la culture de la rapacité et la recherche du profit à court terme n’ont pas disparu du monde des affaires. Même après la crise financière, la leçon n’a pas été retenue.

On voit encore, dans les circulaires d’information de certaines entreprises, des structures de rémunération qui récompensent la médiocrité ou les succès à court terme. Et cela, sans égard aux conséquences à long terme pour l’entreprise, conséquences qui toucheront les actionnaires qui ne se livrent pas à de la spéculation.

En ce sens, même si ce procès s’est fait longtemps attendre, il est toujours autant d’actualité.

Lire les commentaires (11)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

  • Calendrier

    octobre 2011
    L Ma Me J V S D
    « sept   nov »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives

  • publicité