La ministre québécoise de la Condition féminine, Christine St-Pierre, a convaincu son ex-collègue Monique Jérôme-Forget de quitter le soleil du Mexique où elle migre en hiver pour une petite semaine à patauger dans la gadoue montréalaise. Et à entendre l’ancienne ministre des Finances du Québec, si elle a enfilé ses bottes d’hiver, c’est uniquement parce que la cause lui tient à coeur.
Monique Jérôme-Forget coprésidera la nouvelle Table des partenaires influents avec Guy Saint-Pierre, l’ancien grand patron de la firme d’ingénierie SNC-Lavalin. Ce comité a pour tâche de conseiller le gouvernement du Québec sur les meilleurs moyens d’inciter le secteur privé à accroître la présence des femmes dans les équipes de direction et les conseils d’administration.
«C’est clair qu’il y a toujours un plafond de verre ou un plancher collant», dit Monique «la Sacoche» avec son sens de la formule proverbial.
Le qualificatif d’influents n’est aucunement galvaudé. Les gens d’affaires qui siègent sur ce comité sont des dirigeants accomplis: Yvon Charest (Industrielle Alliance), Jacynthe Côté (Rio Tinto Alcan), Paule Gauthier (Stein Monast), Serge Godin (CGI), Isabelle Hudon (Financière Sun Life – Québec), Hubert T. Lacroix (Radio-Canada), Monique Leroux (Mouvement Desjardins), Brian Levitt (Osler).
Plusieurs raisons expliquent la faible représentation des femmes à la tête des entreprises. Il arrive que certaines femmes hésitent à accepter une nomination parce qu’elles refusent de sacrifier leur vie de famille ou leur qualité de vie. Mais le plus souvent, les dirigeantes compétentes ne reçoivent aucun coup de fil, étant hors circuit. «Elles n’ont pas nos contacts et nos réseaux d’affaires, tout simplement», note Guy Saint-Pierre.
Cette discrimination est documentée, déplorée, dénoncée depuis des années. Pour remédier au problème, on a même monté un volumineux répertoire de candidates administratrices avec leurs compétences et leurs expériences. Et pourtant, la situation n’évolue à peu près pas. Enquête après enquête, il y a toujours moins de 15% de femmes sur les conseils au pays. Et le Québec ne fait pas meilleure figure.
«Je suis confiante que nous verrons des progrès prochainement», dit la ministre St-Pierre, sans fixer d’échéancier précis pour atteindre une représentation équitable qu’elle situe dans une fourchette de 40% à 60% de femmes administratrices.
On aimerait tellement partager son enthousiasme !
Les conseils d’administration se renouvellent très lentement, avec les mandats de plusieurs années qui ne viennent pas tous à échéance en même temps. Et à ma connaissance, aucune juridiction n’a réussi à faire évoluer les choses de façon marquée sans une loi contraignante.
C’est ce que la Norvège a fait. Depuis 2008, toutes les entreprises à capital ouvert du pays doivent compter au moins 40% de femmes sur leur conseil.
C’est ce que le Québec a fait en 2006 à l’instigation du premier ministre Jean Charest. Le gouvernement libéral a donné cinq ans aux 22 sociétés d’État du Québec pour atteindre la parité hommes-femmes sur leurs conseils d’administration. Et si neuf de ces sociétés n’ont pas encore atteint cet objectif, toutes s’en approchent.
Bref, penser qu’on va récurer ce «plancher collant» grâce à un pouvoir quasi télépathique de persuasion tient je le crains de la pensée magique. Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie…
Remarquez, je ne demande qu’à être contredite. Car légiférer la place des femmes à la haute direction des entreprises privées est un moyen hautement controversé qui répugne d’ailleurs à bien des femmes.
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